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Full text of "Traitez nouveaux et curieux du café, du thé et du chocolate. Ouvrage également necessaire aux medecins et à tous ceux qui aiment leur santé. Par Philippe Sylvestre Dufour"

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I 


Ex Biblipthec^ 

% majori Coll. RoipSf^ 

b Societ. Jesu 

01 


Vf 

I 




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. . Dlgitfterfbir Google 





TRAITE Z 

Nouveaux &£ curieux 

DU CAFE', 
DU THE 

ET DU 

CHOCOLATE. 

\ 

Ouvrage également necejfaire aux Mé- 
decins , & a tous ceux qui aiment 
leur fanté. 

Par Philippe Sylvestre Dufour» 
SECONDE EDITION 



Mer-ciere à la Science. 


M. DC. LX XX VIII. 
AVEC FRiriLEGE D V ROT. 






A MONSIEUR 


CHEVALIER 

V A L O N, 


SEIGNEUR DE JANLIS 

ET DE VEUCHEY. 


Vous mV 


vcs afliiré fortfouvent depuis 

1 3 


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E P I T R E. 

que j’ay l’honneur de vous 
connoître, que mes Lettres 
vous failoient quelque plaifir. 
le dois le croire , car je vous 
ay reconnu toujours fort f in- 
cere. Je doute pourtant fi cel- 
le- çy aura ce bon-heur ; elle 
eft à la tête d un Livre que ie 
vous dedie, il n’en faut pas 
davantage pour alarmer vô- 
tre modeftie , qui fçait que 
l’Eloge eft infeparable de la 
dédicacé. R’affurez vous , 
Monfieur, ie ne fuis ny Ge- 
nealogifte 3 n y Panegirifte \ 
vos illuftres Anceftres font 
à couvert par là de tout 
ce que ie pourrois dire à 
leur gloire fans flaterie 6c 


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E -P I T R e; 

/ans menfonge : & vous le- 
tes aufli vous même , des 
grandes loiianges que ie 
pourrais vous donner avec 
vérité & avec juftice. Mais 
quen pourrois-je dire, qiïe 
tous ceux qui vous connoiC- 
fent ne fçachent aufïi bien 
que moy ? Qui d eux ne fçàic 
pas , que bien que votre 
famille foit des plus con- 
sidérables de Votre Provin- 
ce , tant par les employs de 
vos Ayeux , que par leur 
propre mérité ; Vous letes 
encore plus par le nombre 
& par l’éclat de vos ver- 
tus perfonnelles. Ils fçavent 
qu’il en eft peu que vous ne 


iPITR E, 
poiïèdiés dans un degré enu- 
nent ,* que vous êtes vail- 
lant fans témérité , liberal 
fans pïofufion, eomplaifant 
fans bafTelTe, genereux fans 
fafte,. bon fans foiblefle, 8c 
par deffus tout cela un amy 
à toute épreuve * franc * offi- 
cieux , y fincere , tendre , ar- 
dent , n’embraffimt pas feule-' 
ment avec joye les occafions 
de faire plaïfir, mais les cher- 
chant avec empreflement* 
8c détaché de tout autre in* 
tereft que de celuy des per^ 
fonnes que vous aimez. Je. 
pourrois, Monsieur, join- 
dre à ces vérités un grand 
nombre d’autres qui ne vous 

. i 

• V 


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E P I T R E 
feroient pas moins gloricu- 
£es y fi ie ne craignois de 
gendarmer votre modeftie;. 
Il me. femble même que: ie 
Tentens déjà me reprocher 
que ie luy ay fait une fuper- 
cherie : C’eft poùr luy plaire 
que. ie me tais : fouffrez 
pourtant que ce ne foitpas; 
fans, vous avoir informé dm 
fujet qui ma porté à vous* 
dedier ces Traitez. Larecon- 


noiflànce que ie dois à læ 
grâce que vous me faites de; 
m'aimer depuis long- teim» 
de la maniéré du monde: 


là plusi obligeante , en eftL 
lunique motif. Ne pouvant. 
Y.qus, faire, connaître; enpa% 

* 55 


EPITRE. 
ticulicr par mes fervices l 
combien ie fuis fenfible à 
cette faveur , elle m’a con- 
feillé d’en rendre publique 
la pafîion que j’en ay-,*& 
de me dédommager de mon 
impuiflance par les témoi- 
*gnages de ma bonne volon- 
té. Ce fut par ce principe , 
M o n s i e U r , qu’au mo- 
ment que ie formay le deflèin 
de donner cét Ouvrage au 
Public , ie conçus la pensée 
( de luy apprendre , que fi les 
obligations que ie vous ay 
Font infinies , le refTentiment 
quelles m’ont infpiré ne l’eft 
pas moins. Ainfi ie puis di- 
te que j’eus autant d’enviô 

..j r - 


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E P I T R E. 
de luy faire fçavoir la difpo- 
fition de naon cœur pour 
vos bontés, que de luy dé- 
couvrir les qualitez du Café, 
du Thé ôc du Chocolaté 
pour fon avantage. D’ail- 
lieurs les illufions de l’amour 
propre ne peuvent elles pas 
m’avoir fait fucomber à la 
tentation de quelque vanité? 

Il y en a de plus mal fondées . . 
que celle que je puis tirer-—- 
de l’honneur que vous me 
faites de me confiderer. Les 
gens qui connoiffènt la péné- 
tration de vôtre efprit , &: 
la folidité de vôtre Juge- 
ment , ne fçauroient lap- 
prendre fans juger que je dois 

a 6 


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EP.ITRE. 

valoir quelque chofe : don* 
nez leur fujet , Monsieur,, 
de le croire toujours , en 
me continuant cette même 
grâce, aufifi long-tems que 
mes refpeétueufes defferen- 
ces vous obligeront à me 
confiderer comme l’homme: 
du monde qui vous cft le- 
plus parfaitement aquis , & 
qui et! avec plus de vérité SC: 
plus de chaleur , 


MONSIEUR, 


, Vôtre très- humble & très*»- 
obeïflànt (erviceur* 
SYLVESTRE Dü.F.OCJRV, 


« 


* 


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•fcfei «H •&&■ *** *?*• -g®. •£&• •&$* ***•> 


PREFACE 


<** 



Z; f a environ douze 
ans ,. quun manu frit 
Latin qui- traitoit du 
' Café , me tomba entre 
les mains v je l'examina y , & 
je crus quil pouvait être utile au 
Publie , tant parce que perfonne 
dans ce Royaume n avait encore 
rien écrit fur cette matière -, , 
que parce que la boijfon qui Je 
fatt de cette fève , commençait 
a devenir a la mode. . C'efl. ce \ 
qui me fit refoudre a traduire ce-- 
difcourS ’, & à le faire imprimer. 
le> mis- ma traduction au jour ,, 
& fait que le charme de la non * 
veau té > qui fatt f auvent- tant, k-' 


P REFAC E. 
mente d'un Livre , eut in/pire 
À bien de gens , le défit de lire 
le mien : foit qu ils y fujfent por- 
tés p ai 'd antres motifs , tous les 
exemplaires en furent débitez en 
peu de mois. Ce fucccz me fur - 
prit , d autant plus que je ne de- 
vois pas m'y attendre. Je metois 
ataché fi fcrupuleufement a l'ori- 
ginal fur lequel je travaillais . 
que j' avois remply ma copie de 
quantité de chofes inutiles . L em- 
preffement que l'on eut pour cet- 
te première édition . me perfua- 
da que je devais ccfier d'être 
tradutteur , & que je pouvois 
afpirer a quelque chofe de plus 
grand. le me mis donc en tête 
de chercher des mémoires afsés 
précis & afsés fidelles , pour fau. 
te un Traité , qui n ayant rien 
de commun que le nom avec ce - 
luy que f avois traduit , put fe 


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PREFACE 

fendre confiderable par luy mê- 
me : la profefion que je fais de 
Marchand ne me parut pas in- 
compatible avec celle d' Auteur 3 
fur tout en cette occajîon , ou il 
s'agit dune drogue , dont les 
Marchands nous ont donné la 
connoijfance. c'ejl à ceux qui ont 
négocié dans le Levant , que 
nous devons en France la decou- 
verte du Café. C'eft eux qui 
nous en ont fourni , le confideray 
même en un fujet de cette natu - 
te , un grand nombre de ehofis -y 
dont un Marchand peut être 
Inieux informé qu'un Philofo- 
phe. Il peut mieux fç avoir le 
lieu d'ou il le faut tirer , la ma- 
niéré de le préparer , celle de le 
confcrver , les alterations quon 
y peut faire & pluficurs autres 
particularités dont fes corref. 
pondantes le rendent plus its- 


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PREFACE. 

fruit , que ne le pourroit ètr ô 
un Sçavant. par toutes fes mé- 
ditations.. Peu de tems m attr oit 
j Çuffi pour cela : mais diftrait 
par des occupations , qui mont, 
indijpenfablemcnt apelle & atta~ 
ché ailleurs , j'ay laifsé écouler 
plufieurs années fans y-? penfer... 
Ce nef- que depuis peu de mois, 
que je me fuis mis à y* travail- 
ler. I'ay fait par mes amis Y 
pour y reüjfir ce que fait l'A- 
beille pour faire fon miel : elle \ 
employé la rosée quelle trouve*, 
ftr diverfes fleurs : & moy pour, 
faire quelque decouverte r qui 
p:ût- rendre mon travail utile 
& agréable , je ne me fuis pas. 
contente de confulter dedans (jr% 
dehors le Royaume un grandi 
nombre de Sçavans 5 qui me font 
Chonneur d'entretenir, commerce 
*vec moy.. l'ay encore porté mc*\ 


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PRE F A C E. 

recherches dans le fonds de fû-* 
vient , ou je porte mon négoce * 
Peut-être me fiat ay- je , en difant 
que f ay fait par l'une & l autre 
de ces voyes , un amas de beau- 
coup de raretés , dont la leffure 
ne fera ny enmyeufe , ny inutile 
au Public. 

An ' traite' du Café y j'en ay 
joint un du Thé , & un du 
Chocolaté :■ a quoy je me fuis 
crû obligé , non pas feulement 
parce que lors que je fis impri- 
mer la Traduction dont j'ay par~ 
lé y . je /; fis de cette maniéré $; 
mais aujji par le grand rapport 
que cet boijfons ont enfemble 
J'avoiie de bonne foy que ce que 
je dis au fujet de ces deux derniers 
T unités ne fl en partie qu'une ré- 
pétition de ce que d'autres en 
ont dit Je me fuis étudié de le 
mettre en meilleur ordre qfiil& 


v- 

M 



•PREFACE, 
navoiént pas fait, le ne fiay fi 
fy aura) reüjji j mais je fçay bien 
que fi les Curieux ne font fat 
fatisfaits de mon travail , ils le 
doivent du moins être de mon 
intention. Jgjiand le contraire 
arriver oit je m en confier ay bien 
fins facilement „ que je ne le fe~ 
fois , fi ayant toujours ignore les 
qualités du Café , je ncn avois 
pas reçu le foulagement dont je 
iuy fuis redevable. 


m. *m 


fti-Y’ ■ 


H - 

j : 

Y ■ * ’ 


ê. J - 


r '-at. . 


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JÜ&Hlc 


cAVIS NECESSAIRE 

au Public. 

» 

E Public pardonne- 
roit aifcment à la paf- 
fion violente qu’onc 
certains Auteurs , de 
faire tous les jours de nou* 
Teaux Livres j S'ils luy fai- 
foient Ja grâce de luy donner 
des éclaircilfemens fur des 
matières du inconnues ou 
fort obfcures ,ou même déjà 
enfevelies dans l’oubly 5 Mais 
quand il voit que ces Mef- 
fieurs, pour former un nou- 
veau Volume, ne s’attachent 
qu’à changer l’ordre d’un pre- 
mier , ne s’étudient pour fe 
diftinguer , qu’à expliquer les 
mêmes chofes par un tour , & 





des termes qui pour être' dif- 
ferens , ne font bien fouvent 
que plus obfcurs , de dont tout 
le foin n’efl autre que de mar- 
quer leur mépris, pour un ou- 
vrage qui à mérité par fa net- 
teté , le filme &; l’a p probation 
univerfelle. Pour lors ils ont 
ordinairement le chagrin deï 
voir qu’on ne fe déclaré point 
en leur faveur , & qu’on 11c 
manque pas de dire ? faloit-il 
tant promettre pour donner fi 
peu j puifque la matière n’é- 
toit pas épuifée dans un pre- 
mier traité ? ne faloit-il en 
faire un fécond que pour le 
faire paroi tre en forme d'Ejfay > 
de advenir qu’on lu y donnè- 
rent Ici derniere main apres avoir' 
reçu- les obfervations des foavans ? 
Qui eft-ce de bonne foy , qui 
ne fera un bon Livre avec ce 


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— • r'.V' 


fecours , mais on l’attend en J 
cor. Au contraire dans la pre- 
mière Edition de cet Ouvra- 
ge , on a marqué précifement 
qu’on avoit donné tout ce 
qu’on fcavoit , &; qu’on étoic 
redevable des meilleurs cho- 
ies à un grand nombre de fça- 
vans qu’on avoit confultés : 
aufli cette ingénuité a plu , le 
Public a paru en être content, 
ç’e/t ce qui a fait qu on a été 
obligé d’en faire inceifamenc 
une féconde Edition , pour 
ûtisfaire à fon empreffement. 



Attejlation pour le Livre , ou 
Traitez nouveaux éf curieux 
du Café ' , du The & du Cho- 
colaté , par le Sieur Dufour , 
faite par ordre de Monfeigneur 
le Chancelier . 

Q Uelque Aprobation qu’on don- 
ne tous les jours au Café* il y 
a neanmoins des Médecins qui en 
croient l’ufàge pernicieux ÿ les foins 
que M 1 Dufour a pris d’en expliquer 
les proprietez , l’analyfe qu’il a fait 
faire de cette fève , & les raifons qu’il 
rend des effets differens qu’elle pro» 
duit font tres-capables de détromper 
les plus prévenus & d’inftruire ceux 
qui continuent à demander fi le Café 
échaufe ou s’il rafraîchit : on trouvera 
tous ces éclairciflemcns dans fon Li- 
vre , où rien ne nous paroit qui ne 
foit utile , fort curieux & tre s-propre 
pour perfuader tout le monde 3 qu’il 
faut être docile dans les chofes qu’on 
fie fçait pas. A Lyon le io. de May 
168$. ' Faiconet Fils, 


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"~ r 5T*V ■ « '?»»;• JV 


T\ < .. *--**-* 




A 


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CAF É. 



A Bonté , la 
Sàgeflc , 6c la 
Puillance in- 
finie de Dieu, 
ne nous per- 
mettent pas de 
douter qai’il n ait fufîifamment 
pourvu à la çonfçrvation des 


3 


mt: 1 











* 

Dtotaëd by Gçtoglé 
ÂA1 ♦«T# 


du Café'. 3 

font apportées du Levant. On 
fe perfuade que le Soleil fait 
plus de grâces à la terre où il fe 
leve,qu’à celle où il fe couche, 
de on ne fonge pas que tout eft 
' fi juftement compaffé dans 
njnivers,qu’iln’y a point d’a- 
nimaux , qui ne trouvent par 
tout où ils nai lient, ce qui peut 
être neceffairepour leur entre- 
tien , 6c po ur leur con fer vati o n , 
félon la différence de leur con- 
flitution , 6c de leur tempéra- 
ment. Il eft donc furprenann 
que les hommes faffent de fl 
longs voyages , par mer de par 
terre, 6c qu’ils s’expofent à tant 
de périls , pour trouver ce qui 
leur eft peut-être moins utile, 
que ce qu’ils ont chés eux. IL 
eft vray que l’avarice qui a été 
le plus puiffant motif, qui a 
fait entreprendre ces grandes 

A z 


4 Traite' 
courfes , n’a pas eu pour uni- 
que objet nos besoins $ 6c 
qu’elle n’auroit pas eu dequoy 
le remplir , fi elle n’avoit tra - 
vaillé pour nos. vanités, & pour 
nos plaihrs. Elle a fait fonds 
fur nos ignorances, fur nos le- 
geretez,lur nos craintes, & fur 
nos moleffes 5 de pour nous 
prendre par tous ces endroits , 
elle a ramalfé par tout des cho- 
fes rares , des chofes nouvel- 
les, des chofes falutaires,&; des 
chofes delicieufes.Elle a fouil- 
lé pour cela dans Eune 6c l’au- 
tre Inde, de dans tous les lieux 
de la terre les plus reculez. 
Mais parmy les chofes falutai- 
res qu’elle nous a procuré , la 
meilleure, & la plus uni verfel- 
lement bien- fai fante à mon 
gré eft le Café. J’ay entrepris 
de donner la connoiffance de 


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D U Ç A F E'. 5 

fe • mervéilleuiès qualités, d’en 
faire voir futilité, Si d’en en- 
feigner l’ulàge , avec le plus 
d’ordre , le plus de brièveté , 
6 c le plus de netteté qu’il me 
fera poffible 5 6 c c’eft ce que 
je vais cotiimencer de faire 
dans le Chapitre fui vant. 

Chapitre I. 

Ce que cejl que Café , & de 
fon véritable nom, 

L E Café eft une efpece de 
legume,ou de graine écra- 
gere,de la grofleur de nos plus 
petits haricots , à qui même il 
relTemble 5 rond d’un" côté , 6 c 
plat de l’autre, avec une fente 
au milieu, d’une couleur entre 
le blanc, ôc le jaune obfcur. Il 
efl: naturellement envelopé de 
deux écorcesjcelle qui le tou- 
che eft extrêmement deliée, 6 c 

D 3 



é Traite' 

de même couleur que ce légu- 
me } l’autre qui eft extérieure, 
eft noirâtre , 6c aftes épaifte : 
mais celuy que nous recevons 
en eft la plufpart ordinaire- 
ment dépouillé. L’Arbre qui le 
porte reücmble fort à l’Evony- 
me,ou Fiifain,qui produit cet- 
te graine que nous appelions 
bonnet de Prêtre, comme Prof- 
fer dlbw qui la veu dans fes vo- 
yages en Levant , l’afture dans 
fon Traité des plantes d’Egy- 
pte. Les mémoires qu’on m’a 
envoyés du Caire , me mar- 
quent aufli qu’il reftemble fort 
à nos Gériziers moyens , foit 
pour les feüilles 6c les bran- 
ches^bit pour la grandeur 5 car 
ce n’eft qu’un arbrifteau , fes 
branches l’ont fort déliées , fa 
feüille petite , unie , épaifte , 
toujours verte , 6c qui tombe 


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du Café' 7 

tôt 5 le fruit reliant à décou- 
vert fur l’arbre , jufques à une 
parfaite maturité. On com- 
prendra mieux la figure de cet 
arbrifleaU, & de cette graine , 
par la planche que j’enay fait 
graver au commencement de 
ce Traité , qu’on ne fçauroit 
faire par toutes les deferi- 
ptions. Les Auteurs qui en ont 
écrit , rangent la graine du 
Café entre les fèves , à caule 
de l’affinité qu’il femble avoir 
avecelles.il y a vingt-cinq ans 
qu’il étoit encore fi peu connu 
en France , que quelques-uns 
l’apelloient une meure, comme 
on le voit dans un écrit qui le 
vendoit alors à Paris , ou l’on 
commençoit d’en boire. 

Voila ce que tout le mon- 
de convient qu’efl le Café. 
Alaisil eftprefque incroyable, 

A 4 . 


8 Traite' 

que nous n’en fçachions, pas 
feulement le véritable nom , 
quoyque depuis quelques an- 
nées, il nous foie fi ordinai- 
re d’en boire. Les Auteurs 
mêmes qui en ont écrit, font 
prefque aufli differens dans 
leurs fentimens fur cela, qu’ils 
le font fur fes qualitez. Quel- 
ques-uns difent qu’avant que 
d’être mis en poudre , on doit 
lappeller en Latin Bunchumfc 
en François # 0 ;;, qu’ils pronon r 
cent Btm. Les autres luy don- 
nent divers noms , après qu’il 
a été pulverifé , 6c fe fervent 
indifféremment de ceux de 
Café , Cophef Cave , Cavet , 
M fi^ur Cahue', Cave ah , chatihe , Choa~ 
le Cheva- , chaona , ou Cahuch. Çc- 
lier d’Ar- pendant voicy ce que m’en 
fui des écrit d Alep un homme d une 
Fianjois, pénétration linguliere, * après. 


' DU C AF E f . 5 

s 5 être donné la peine a ma 
prière de chercher à s’en in- 
struire par diverfes conféren- 
ces qu’il a eues pour ce Sujet , 
avec des perfonnes capables 
de 1 en éclaircir , foit par les 
voyages qu’ils ont faits dans 
le lieu qui le produit, foit par» 
l’employ qu’ils en font ordi- 
nairement dans la Medecine 
qu’ils profeflent depuis lon- 
gues années en Levant. 

Le nom de la fève dont vous 
me parlés ( me dit-il ) dans la 
langue du païs d’où nous le 
tirons, qui eft l’Arabie, eft Oz- 
hoiieh , parce que lés Arabes 
n’ont point d’U confone com- 
me les autres Nations. Les 
Turcs, 6c les autres Orientaux, 
prononcent Cahueh. C’eft à 
mon avis la prononciation qui 
peut le 'mieux s’accorder a la 


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ïo Traite* 
Françoife fans trop afpirer les 
HH. Le mot de Cahnéh ^ vient 
de Cohue t , qui lignifie force 
8c vigueur: &; on appelle aind. 
cette fève , parce que Ion ef- 
fet le plus ordinaire ,’eft de 
fortifier^ de corroborer. Bien 
que cet avis m infinuë qu’il 
fàudroit me fervîc du nom de 
Cahuéh dans ce Traité , ce-, 
pendant comme la chofe me 
paroît i ndififerente poti r, m’ac- 
commoder à nôtre ufage , je 
ne l’appelleray plus q ue Café,. 

Chapitre IL. 

Du lieu d'ou vient le Café , & dà> 
la quantité quil en fort 
toutes les années . 

D E tous les endroits dl* 
monde , je ne penfe pas. 
qu’il y en ait d’autre qui prqy 


, * 


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v» 7 'toc* » * 




d a Café'. iï 
duife le Café que 1 Yemen,oiz 
l’Ayaman ( félon nos Géogra- 
phes peu correds ) qui eft l’A- 
rabie heureufe. Il croit dans 
des vaftes Campagnes tirant 
vers le Midy , fans culture , 8c 
point du tout ailleurs. Etant 
cueilly , on l’apporte à Moica , * 
a Louhaya , 8c autres ports 
de mer, qui font le long de 
la côte de la mer Rouge , ou 
on le charge fur de petites 
barques pour Gedda , ou Zei- 
den , qui eft un port de mer 
de l’Arabie Petrée, dans l’Etat 
du Chcrif de la Mcque 5 la 
on l’embarque, fur des Vaif- 
feaux , 8c fur des Galères , cjui 
font ordinairement deftinees 
pour ce tranfport , jufques à 
Sués, port de mer à la tetede 
la mer Rouge , éloigné du 
Caire d’çnviron vingt 8c deux 

A 6 


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IL ; ’t R A I T E\ 

Jieuës , où l’on en tranfporte 
toutes les années fur des Cha- 
meaux , du moins le nombre 
de vingt 6c cinq nulle balles , 
d’environ trois cens livres 
chacune. Outre cela il en vient 
bien encore annuellement dix 
mille balies par terre du meme 
° poids, par la Caravane qui re- 
tourne de Medme avec les Pè- 
lerins du Prophète , qui en 
chargent auffi quatre ou cinq, 
mille fur des Chameaux pour 1 
porter à Damas, &: à Alep. Cela — 
tf’empêche pas que les Arabes 
n’en tranfportent aufîi beau- 
coup à la Meque , pour cette 
efpcce dé foire qui s’y tient 
tous les ans à leur Bairam > qui. 
cft leur Pâque. C’eft là que. 
toutes ces differentes 6c nom- 
hrcufes Caravanes qui s’y 
trouvvnt,en chargent a leur re^ 


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j > u Café. ï$ 

tour x , chacune pour fon païs* 
Plufieurs aflurent qu’on fait 
boüillirle Café , ou qu’on le v* 
fait palier dans un four chaud, 
avant que de le mettre en ven- 
te , pour en tuerie germe , de 
peur qu’on n’en feme ailleurs.. 
D’autres foûtiennent le con- 
traire j ces derniers appuyent. 
leur fentiment fur une raifon. 

SBkh' * 

qui me paroît inconteffable.. 

S’il étoit vray(difent-ils)qu’orL 
fi fl boüillir le Café , ou qu’on 
le fifl pafier dans un four allu- 
mé , avant que de le faire for- 
tir de l’Arabie , il y aurait peu 
de fes grains qui reftafent gar- 
nis de leur écorce , qui étant 
tres-déliée , fe réduirait en. 
poudre va la moindre appro- 
che du feu j 6c cependant il 
s.’en trouve un grand nombre 
dans celuy qui nous vient § 


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i4 Traite' 

outre que le feu leur donne 
roit quelque goût, ou quelque 
odeur de brûlé quils n’ont 
« pas. Ceux qui ont une autre 
opinion , répondent que l’ar- 
bre qui porte le Calé , étant 
d’une aufli grande importance 
qu’il ell , il feroit impoffible 
que la cutiofité , la necefîicé , 
ou l’intereft, ne l’eu lient natir- 
ralifé dans q uelque autre en- 
droit que celuy dou il vient 
li la qualité du germe nei* 
avoit été entièrement éteinte..' 
Mais ces gens-là , ne reflo-- 
chiiTent pas lur les ordres de- 
là Providence , qui avant: 
donné à chaque païs à 1 ex- 
clu Ho n de tous autres la fa- 
culté de produire certaines 
chofes , toute l’induftrie , 8c 
coût le foin des hommes se-' 
puiferoiçaunutikment ? pour 


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du Café': r$ 

en cftfpofer d’une autre façon ,. 

Il ne faut pas s’étonner , s’il 
n’y a qu’un tres-petit terroir 
dans toute L’Arabie Heüreufe, 
qui produjfe le Café : il eneft 
de même de l’arbre qui porte 
la Gomme Thurique , qui ne 
croît que dans de grandes plai- 
nes vers le mont Sinay,le long 
delà mer Rouge ,, ou il y en 
a un nombre prefque in fin y „ 
6c dés que vous tournez à de- 
my journée vers ce mont, vous, 
n’en trouvez plus du tout j ou 
û par hazard la nature a fait 
-effort pour y en produire quel- 
qu’un ( cequiefl ëxtraordi- 
* nairement rare ) il eft tres- 
petit , 6c ne donne point du 
tout de Gomme. On ne doit 
pas être furpris de cecy , puif- 
que ceux qui ont été en ce- 
païs là affûtent ? que .la pluf- 


16 T R A r T B 

part des chofes qui croilîena 
dans un lieu, ne croiilent point 
du tout dans un autre fort voi- 
fin. La même chofe arrive en 
Egypte , ou on trouve dans un 
endroit l’arbre qui porte de la 
Galle d’une qualité excellen- 
te j au lieu que celle qu’on re- 
cueille à une lieue de là , ne 
vaut prefque rien, Se tant jfoit 
peu plus loin , il n en vient 
point du tout 5 ce qui eft 11 
vray,que Damiette en fournit 
toutes les années quatre ou 
cinq cens quintaux, 6e àRouf- 
fet , qui n’en eft gueres plus 
éloigné que d’une journée , il 
n’y en a que tres-peu d’ar- * 
bres, qui même font , ou peu 
s’en faut, fleriles, quelque foini 
que l’on prenne pour leur cul- 
ture. 


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DU C AF EV 17 

C$H A P I T R E III. 

Depuis quel tems la boiffon du Ca- 
fé efl en ufage public parmy 
nous , dr ches les Orientaux . 

L E Café n’a été connu en 
France que depuis envi- 
ron quarante ans 5 & ü je ne 
me trompe , il n’y en a gueres 
plus de vingt- cinq qu’on a 
commencé à s’en fervir. Sans 
doute la nouveauté n’y a pas 
peu contribué. On remarque 
dans les Oeuvres du Chance- 
lier Bacon , imprimées* il ’y a 
cinquante an s, qu’il n etoit en- 
core connu alors en Angleter- 
re,que de réputation, 6c qu’on 
ne fçavoit pas trop bien ce que 
c’étoit , non plus que fes qua- 
litez. Les Turcs, dit-il, ont.* 


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18 Traite' 

„ une forte d’herbe qu’ils apel- * 
v lent Café, qu’ils font fecher 5 
3 , & la mettent en poudre pour 
5, la boire dans de l’eau chau- 
„ de 5 ils difent qu’elle leur 
„ donne du courage^ de la vi- 
yvgueur d’efprit:mais qu’étant 
3 , prife en trop grande quanti- 
3 , té, elle le trouble 5 ce qui fait 
3, connoître , qu’elle eft de la 
„ nature des remedes fomnife- 
res.En quoy il fe trompoit fort. - 
Il ne feroit pas h facile d’é- 
tablir folidementen quel tems 
le Café s’effc introduit en Le- 
vant , puifqu’il n’y a pas lieu 
de doCiter qu’il n’y ait été con- 
nu plutôt en un endroit qu’en 
l’autre , ôc apparemment il a 
été pendant pluheurs années * 
en ufage chés les particuliers . 
avant que de palier dans la 
connoiflance du Public. Si je 


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I 


DU C A F e'. 19 

dois deferer aux mémoires que 
. l’on m’a envoyés de la plufpart 
des lieux les plus confiderables 
de tout l’Orient, il n’y a qu’en- 
viron deux fiecles que la cou- 
tume d’en boire eft devenue 
auffi commune qu’elle y eft > 
encore trouve- je la choie fort 
douteufe,puifque Louis Bajfmo 
qui a- écrit en l’année 1545. 
Antoine Menavin en 1548. 
J-'rançois Smfovin en 1563. par- 
lant tous trois des boilfons des 
Turcs , ne difent pas un feul 
mot du Café, bien qu’ils nom- 
ment toutes les autres dont ils 
fe fervoient en ces tems là. Si 
ce n’eft pas là une preuve 
alfés forte pour régler abfolu- 
ment la chofe , du moins c’efl 
un indice afles confiderable 
pour nous obliger d’en fufpem 
dre nôtre jugement. Pliudeurs 


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J 


T 


2.0 Traite' 
difent même que cette boiflon 
n’a été introduite dans la Tur- . 
quie , &; dans les pais voifins , 
que depuis que Sultum Selim 
■ lubjuga l’Egypte , aux années 
1517. &; 1518. où les Turcs 
en trouvèrent l’ufage étably 
depuis long-tems. Ils le dé- 
voient fans doute au voifina- 
ge des Arabes, qui connoifTent 
le Café il y avoir plus de fept 
cens ans : s’il faut s’en rapor- 
tcr à ce qu’en difent la pluf- 
part de nos Auteurs modernes, 
leurs Livres étant pleins de 
l’opinion que Razis,&c Avicen- 
ne en ont parlé fous le nom de 
Banchum: mais Velfchiusdans 
fon Traité de Fend Medine?iji , 
prouve que le Bunchum des 
Arabes n’eft point le Café. Il 
fait voir qu’on s’cft équivoque 
fur cc mot. Pour le prouver il 




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du Café', n 

• - ^ 

rapporte qu ' Ebcnbeithar dit que 
le Bunchum , eft le Nafcaphthum 
de Diofcoride,6c que Ebenma - 
remarque dans fon Diétio- 
naire , que le Bunchum eft une 
racine odoriférante : en effet 
Avicenne le inet entre les raci- 
nes , ce qui n’a aucun rapport 
avec le Café. D’ailleurs Vclf- 
chiut prétend que Profper AU 
pin a confondu ce qu Avicenne 
avoit dit du Glans unguentaria , 
que les Arabes appellent Ban , 
avec le B un. Voicy mot à mot 
le paffage d’ Avicenne. 

Qu’eft ce que c’eft que <c 
Bunchum ( dit-il ) C’eft une tC 
chofe apportée du Yamen , C£ 
quelques-uns difét que c’eft cc 
des racines de V Atiigailcn^or.s <c 
quelle vieillit quelle tom- a 
be. Le Choix, ajoûte-t’il , le <c 
meilleur eft le Citrin , leger “ 



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I 

ii Traite' 

5) Ôc de bonne odeur : le blanc, 
„ 6c pelant n’eft pas bon. Sa na- 
^ture . Il ell: chaud 6c fecau pre- 
„ mier degré , fuivant le fenti- 
,,ment de quelques-uns, ou 
„ froid au premier degré félon 
,, quelques autres : Ses opéra- 
ssions & fes propriété'*. Il forti- 
„ lie les membres , mondifie la 
„peau,delTeche fes humidités, 
„ procure une bonhe odeur au 
, corps, ôte les mauvaifes , 
„du dépilatoire , 6c ell bon à 
l’eftomach. Surquoy il femble 
qu’ Avicenne, parle plutôt de 
quelque autre chofe que du 
Café , 6c ainfi l'ancienneté du 
tems qu’on le connoît étant 
fuppofée fur les fentimens de 
cet Auteurjl eft fort incertain 
que cela foit d’aulfi vieille date 
qu’on nous l’a voulu perfuader. 
Marc Paulo , qui écrivoit envi- 


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du Cape'.' 13 

ron le milieu du treifiéme fié- 

de . fort exact dans toutes fes 
1 • . 

narrations, ne nous dit du tout 
rien du Café , dans les Rela- 
tions des divers voyages qu’il 
fit en Levant. Le premier de 
nos Européens qui nous en a 
donné des nouvelles , eft fi je 
ne me trompe , Prcfpcr Alpin , 
qui voyagea en Egypte il y a 
environ cent ans 5 éc aprez luy 
Vejlmgius , qui y fit afifés du 
fejour : ce qui nous confirme , 
que le nombre des fiecles qu’on 
a voulu donner a la decouver- 
te du Café , n’efi: peut-être 
pas aufiî certain,que l’on pour- 
roit bien croire. Ce qui l’eft 
fans aucune conteftation: c’eft 
qu’aujourd’buy on s’en ferc 
generalement par tout le Le- 
vant , 6c cela fi indifpenfa- 
blement , que tous les matins , 


24 Traite' 

aulfi-tôt qu ils font levez, ôc 
qu’ils ont fait leurs prierçs,foit 
qu’ils foient chés eux, ou qu’ils 
loient en voyage, ils ne man- 
quent pas, de toute condition , 
de tout fexe,8c prefque de tout 
âge, d’en prendre quelques taf- 
fes, qu’ils appellent Fingeans : 
non pas à jeun comme plu- 
fieurs perfonnes font en Fran- 
ce 5 mais apres avoir mangé 
quelque choie. Les Grands 
avant que d’en boire, font des 
dejûnés qui valent des repas, 6c 
qui les Ibûtienent jufques à 
deux heures apres midy fans 
manger. Les Marchands, 6c les 
Artifans, mangét quelque peu 
de pain fait exprez,qui s’appel- 
le en certain pais Futier:6c en 
d’autres , Qiiaqui. Cette forte 
de pain refifemble, fuivà't la fi- 
gure qu’on rn’en a donnée, à un 

bifcuit 


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DU - CAFE' 15 
bifcuit , large Ôc plat comme 
la main. Enfin les riches 6c les 
pauvres, mangent tous les ma * 
tins quelque chofe avant que 
d’en boire , eftimant que le 
Café pris à jeun fe convertit 
en bile , 6c y convertit tout ce 
qu’il trouve dans l’eftomac , 
qu’il le ronge , le dévoré 6c 
FafFoiblit jufques à l’inani- 
tion : qu’il caufe une pe- 
fimteur fenfible fur tous les 
membres : qu’il fait perdre 
l’appetit , qu’il rend l’efprit 
inquiet , chagrin , impatient : 
êc enfin qu’il met le corps 
dans un abattement incroya- 
ble. C’eft par cette raifon 
qu’on voit tous les matins aux 
portes des lieux deftinez à 
boire du Café, une infinité 
de vendeurs de Futiers , de 
bifcuits , ou d’autres pièces 

B 


I 


Traite' 

de patifferie , que ceux qui y 
vont pour prendre du Café > 
achètent pour en manger au- 
paravant , instruits par l’ex- 
perience , qu’il eft plus lain 
de cette façon qu’autrement. 
Cela a donné lieu au prover- 
be qu’ils ont parmy eux , que 
di avant que de boire du Ca- 
fé , ils n’avoient rien du tout 
à manger , il faudroit avaler 
un bouton de fa vefte , ou 
n’en point prendre. Cepen- 
dant n’en deplaife aux Orien- 
taux , qui ne font pas les 
plus habiles gens du mondé 
en Medecine , on éprouve 
tous les jours dans ces cli- 
mats , qu’il fait du bien à des 
perlonnes qui le prenent à 
jeun : quoy qu’à dire la véri- 
té , la plufparc fe trouvent 
mieux de le prendre après le 

«. y 

r 

* * 

Y 


/d 


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du Café'. 2.7 
repas , fur tout lors qu'on s’en 
fèrt contre les maux d’efto- 
mac , furquoy on ne peut 
donner d avis certain. La di- 
verfité de temperamens doit 
regler cela , puis que les re- 
medes , Ôc les alimens font de 
difFerens effets , félon les fu- 
jets fur lefqueîs ils agiffent. 
Tous les Turcs font pleins 
de cette opinion , que cette 
boiffon eft non feulement fotc 
faine , mais encore fort nour- 
riffante : ce que les fça~« 
vans attribuent aux effets de 
l’humeur oleagineufe natu- 
relle au Café , qui non feu- 
lement adoucit beaucoup le 
ferment , l’empeche de pico- 
ter les membranes de fefto- 
mac , 6c fufpend par là les 
irritations de l’apetit 5 mais 
fournit d’ailleurs quelque fub- 

B z . • 



18 Traite' 
fiance propre à être conver- 
tie en un fuc nourricier , 6c 
repare les efprits. Les pau- 
vres s’en fervent dans la feule 
vue d’œconomie , 6c en effet 
plu-fieurs amis que j’ay en ce 
païsffà , me marquent que 
diverfes perfonnes de rfiétier , 
apres en avoir beu quel- 
ques taffes le matin , 6c 
quelques autres dans la fui- 
te du jour , le paffent fou- 
vent de la forte jufques au 
foir fans rien manger. Je n ay 
pas trouvé que le Café ait 
cette qualité en ce païs , du 
moins aufîi fenfible 5 mais 
comme la plufpart des voya- 
geurs confirment la même 
chofe , je veux croire que 
çette différence peut .venir 
en partie , de celle que mec 
à fes vertus , la longueur du 


DU C A F E'. ±9 

tems qu’il faut pour le trans- 
porter du lieu d’où il vient 
jufques à nous. Ce qui me 
fortifie encore dans cette opi- 
nion , eft celle du fçavant. 
Monfieur Ber nier quia été fur 
les lieux , & étant homme 
d’une grande Sincérité , doit 
en être cru. On verra enfuite 
ce qu’il en dit dans une lettre 
qu’il ma fait l’honneur de 
m’écrire. 

Les Turcs , généralement 
parlant , ne fe contentent pas 
de boire du Café en particu- 
lier dans leurs maifons : il y 
a encore dans les endroits les 
plus confîderables des villes , 
quantité de boutiques publi- 
ques, qu’ils apellent Calmé - 
Kanè , ou Mailons à boire du 
Café ( ainfi que je l’ay déjà 
dit ) Ils s’y rendent prefque 
* ' B 3 



30 Trait e' 

à toutes heures > pour y en 
prendre , fans diflinction de 
qualité à la referve des Grands: 
6c ils y paffent en different 
tems une partie de la journée , 
a fe divertir dans des entre- 
tiens vagues , qui fans s’atta- 
cher à rien , ne laifTent pas de 
fe prendre à tout. Les affai- 
res d’Etat s’y mettent quel- 
quefois fur le tapis. Les con- 
tes gays , facétieux 6c récréa- 
tifs , n’y font pas oubliés y 
chacun y en fait à fon goût. 
Les Maîtres de ces lieux-Jà y 
par une Politique interefsée , 
les rendent les plus agréables -, 
6c les plus commodes qu’ils 
peuvent > ils y entretienent 
même des chanteurs , 6c des 
joüeurs d’inftrumens , pour 
donner du plaifîr à ceux qui 
y font j êc ne négligent rien 


• du Café'. 31 

de tout ce qu’ils peuvent croi- 
re y pourvoir attirer plus de 
monde.La compagnie y eft or- 
dinairement nombreufè : mais 
le grand concours efb fur les 
trois à quatre heures après 
midy. C’eft le tems d’une de 
leurs prières qu’ils appellent 
Lajfero , ou le gnindy : alors 
ils y courent en foule , com- 
me à un divertilfement donc 
ils auroient peine à fe paf* 
fer. 

Le Café n’eft pas feulement 
de tous les éçqts du peuple > ' 
il entre aulîi dans toutes les 
ceremonies des Grands , qui 
feroient défe&ueufes s’il y 
manquoit. Les premiers Offi- 
ciers de la Porte font obligez , 
auffi bien que les mQindres 
Bourgeois de la Ville* de le 
prefenter indifpenfablement 

B 4 


* U 


Memo : - 
res de la 
Croix 
p rem. parc 
page J 4 


r < fr*' t 

32, Traite . 

à tons ceux qui les vont 
voir , s’ils ne le faifoiept pas 
ils violeroient ce q ue l’ufage 
a de plus affecté , 8c l’hon- 
nêteté de plus obligeant. Le 
premier Vizir meme n accor- 
de jamais d’audiance à aucun 
Ambaffadeur , que le Café ne 
ïoit employé , il accompagne 
toujours le Sorbet 8c le Par- 
fum , qu’on ne fçauroit ne 
leur pas offrir fans témoigner 
quelque forte de mépris. Il 
eft vray qu’il y a des occa- 
iîons où le Parfum n’eft pas 
de la partie : c’eft lors qu’on 
donne des audiances pendant 
le Rhamadan qui eft le Carê- 
me des Turcs. * Ils font û 
feveres obfervateurs de tous 

_ . t 

les articles de leur Religion , 
’ qu’ils* croiroient de rompre 
leur jeûne , h la fumée du 


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du Café/ 55 
parfum leur en croit par le 
nez en ce tems-là > ce même 
fcrupule fait qu’ils fe gardent 
bien de prendre du Café , 
quoy qu’ils le prefentenc aux 
autres. En un mot, la boilïon 
du Café fait en Levant un 
des principaux honneurs que 
les Turcs fe rendent réci- 
proquement lors qu’ils fe vili- 
tent , et c’eft par cette rai fon' 
qu’ils joignent aux autres epi- 
t êtes qu’ils luy donnent celle 
d’honorable. 

Chapitre IV. 

De quelle maniéré le Café 
a été découvert , 

< x * 

• ■ * » , 

I y * # » 

L ny a pas lieu de doutet 
que lors que Dieu an com- 
mencement de toutes cho- 
fes commanda à la' terre de 




54 Trait e ; 
produire des herbes y & des 
arbres, il ne leur communi- 
quât les qualités qu’il vouloir 
leur donner. Sur ce principe 
il eil confiant que le Café 
dez fon origine a eu celles 
qui font qu’àujourd’liuy nous, 
reflimons , ôc que nous le: 
recherchons.* Il ne faut pas 
croire pourtant que de tout: 
teins elles ayent été connues:, 
il s’efl pafïe bien des Siècles ,, 
que non. feulement on les a. . 
ignorées , mais que même on 
n a pas fçu ce que c’étoit que 
Café. Dieu toutesfois qui par 
fa puifTance luy avoit com- 
muniqué les propriétés qui 
luy font naturelles pour l’a- 
vantage de l’homme , ne vou- 
lut pas permettre que fon ig- 
norance le privât pour toû- 
, jours du fecours qu’il en pou,-. 


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Dll C A F e'.' $ f 

voit recevoir , & il voulut 
bien enfin par fa bonté qu’on 
tirât des tenebres ce trefor, 
dont l’utilité fe répand fur 
tant de peuples. Les moyens 
dont il fe fervit pour cela font 
fi furprenans, que je fuis per- 
fuadé qu’on les apprendra, 
avec autant d’admiration que 
de plaifir. J’ay pris ce que j’en 
vais dire , d’un difeours diu 
Leur Faaflo Nairone Maronite 
ProfelTeur des langues Chai- 
daïque de Siriaque ,*au Col- 
lege de Rome , qui fe trouve 
inféré dans le Journal Italien 
des S ça va ns , imprimé l’an- 
née mille fix cens foixante 6c 
onze. 

Un Gardien de Cha- “ 
meaux , dit-il , félon lefcn- “ 
timent de quelques-uns , ou <c 
de Ch.evres ? iuivant l’avis de 

15 & 



DU C AF E.' 3*_ 

de dormir dans le tems des v 
Offices de la nuit. Les fuites 4 
répondirent à fon attente, de ‘ 
bien- tôt après on découvrit 4 
cjiic ce fruit avoit beaucoup { 
d autres propriétés fort falu- 4 ‘ 
taires , qui luy acquirent “ 
fans peine une efhme ex- 41 
traord inaire, de univerfelle > “ 
mais principalement parmy 4< 
ceux qui en vendent. Leur 4 ' 
intereîl a fait naître leur re- 44 
connoiflance , ils la croi~ 44 
roient imparfaite, s : ils ne fai- 44 
foient des prières particulie- 44 
res de ordinaires pour Scia- 44 
dli , de Aydrm , qui font les 44 
Moines, qu’on croit avoir tC 
fait la première decouverte 44 
de ce fruit. 


I> Il C A F E. 35M 
de toute forte d’immondices 
qu’on pourroit: y avoir mis 
pour en augmenter le poids ,, 
ce quiendiminueroitde beau- 
coup la bonté.. Il fetoitàfou- 
liaiterque nous pendions con- 
noître fi le Qafé eft vieux y 
puis qu’il eft hors de tout dou- 
te que plus il eft vieux moins 
il vaut parce que fon fuc fe 
didipe à mefure q*u’il fe dedfé- 
che, ce qui luy ôte une par- 
tie de fa vertu 5 mais comme 
cela padfe nôtre connoilfance 
je ne crois pas qu’il y aie 
d’autre moyen de fe garantir 
de l’avoir furanné que celuy 
que je pratique, qui e fl d’en 
faire venir de tems en tems. 
de quelqu’un des lieux le 
plus approchans de celuy qui 
le produit : encores eft-t’on? 
beaucoup expofé au {ifquô 


40 Traite' 
de ne l’avoir pas tel qu’il le 
faudroit. Il y a des gens qui 
fe piquent d’être bons con- 
noiiîeurs du Café , qui alTii- 
rent que celuy qui eft d’uiv 
jaune enfoncé , 6c leger , eft 
à préférer au blancheatre 6c 
pelant : voilà tout ce qui eft 
venu à ma connoiffance fur 
ce fujet. 

Lors que* je diray que le 
Café de la maniéré qu’il nous 
vient du Levant , a en ioy les 
qualités que nous luy impu- 
tons, 6c qu’il ne les a pas, 
cela femblera impliquer con- 
tradnftion , rien n’eft pourtant 
fi vray.Voicy comment : qu’on 
prenne du Café tel que nous 
le recevons , qu’on le pile > 
6c qu’apres l’avoir fait bouil- 
lir , on en avale quelques, 
gobelets , on n’en fentira au^ 



* r 


D U C A F E.' 41 

cun effet : mats qu’en le tor- 
réfiant > on luy donne un de- 
gré de codion necefTaire j 8c 
qu’aprés l’avoir mis en fari- 
ne 8c fait boüillir à propos , 
on en boive quelques tafles , 
on luy trouvera les préroga- 
tives qu’on luy attribue. Ce-i 
la fait voir que bien que la 
vertu du Café foit inherente » 
& naturellement attachée à 
luy , elle fèroit pourtant com- 
me morte , fi le feu qui fem- 
ble en devoir difliper les ef- 
prits, ne les ranimoit. En effet, 
on ne s’en fert qu’aprés l’avoir 
torréfié , parce que l’expe- 
rience a appris que le feu 
ouvrant fon corps * 8c en fai- 
fant exhaler le flegme qui em- 
barraffoit fes efprits le rend 
apéritif, 8c propre à fortifier 
l’eftomac , ce qui arrive par 


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4^ Traite' 

un Tel fixe, & par une hu- 
meur loleagineufe qu’il con- 
tient comme je le feray voir 
dans la fuite. Il faut que ce 
foitune longue pratique, qui 
aprenne le degré de torrefa- 
étion necelïaire , pour rendre 
le Café tel que nous le fou- 
haitons : h on le cuit trop on 
le rend inutile, fi on ne le cuic 
pas ailes il ne fert de rien , ce 
qui fait voir inconteftable- 
ipent de quelle importance il 
eft d’atraper le milieu necef-. 
faire pour rendre la torréfa- 
ction parfaite , 6 1 par confe- 
q uent avantageufe. Bien des 
gens croient d’en avoir la 
fcience , & peu la polfedent , 
non pas feulement en France , 
( ou nous abondons en ces for- 
tes de perfonnes , dont le fça- 
voir faire en toutes chofes 


D U C A F E'. 43 

étant fort borne , ne laiflent 
pas de fe flatter de fçavoirtout 
fans avoir rien appris 5 ) mais 
même en Levant , oii la gran- 
de confommation &; le fre- 
quent ufagequi fe fait du Ca- 
fé , devroit avoir enfeigné > 
du moins à ceux qui n’ont pas 
d’autre cmploy que celuy d’en 
vendre publiquement , tout 
ce qui efl- ne ce {faite à cette 
préparation. Cela efl: fl véri- 
table que Munfiear Ber nier m’a 
aflfuré , que durant un fejour 
aflfés conflderable qu’il a fait 
au Caire , une des plus gran- 
des Villes du Levant , &; celle 
dans laquelle le Café efl; le 
plus en vogue , il n’y avoit 
que deux hommes qui fuflent 
en réputation de le fçavoir 
parfaitement bien cuire. Ce- 
‘ pendant on a vu de quelle 


\ 


44 Traite'' 

confequence font les man- 
quemens qu’on y fait d’y bien 
reuffir : ils font tels que je 
leur impute en partie le peu 
de fuccés qu’a l’ufage du 
Café parmy nous. Il en fe- 
roit autrement , fi la plufpart 
de ceux qui fe mêlent de le 
torréfier pouvoient fe laiffer 
perfuader pour une bonne 
fbfs , qu’ils n’en font pas ca- 
pables , 6c qu'ils s’en doivent 
repofer fur les foins de ceux 
à qui une expérience con- 
fommée a pu donner les con- 
noilfances necelfaires pour 
cela. Je n’oferois me promet- 
tre que cétavis puilfe les faire 
démordre de la bonne opinion 
qu’ils ont de leur capacité , 
je crois qu’il vaut mieux com- 
patir à leur folblcffe , 6c que ; 
n’y ayant pas apparence que 


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JT ’■ 1 TV^'n’Tr- çr'?;*5v .- . . - - «- w- 


DU, C A F E'. 45 

je puilTe les guérir de leur pré- 
vention , je tâche du moins 
aies guérir de leur ignoran- 
ce , en les inflruifant de ce 
qu’il faut faire non feulement 
pour reüffir â la torréfaction 
du Café , mais encore pour 
le boire utilement, fuivant ce 
que j’en ay appris par une 
longue pratique de par l’ex- 
perience de plu fleurs de mes 
amis , parmy lefquels il y en 
a qui ont fejourné une par- 
tie de leur vie en Levant j 
ou 1 habitude qu’ils avoient 
contractée de ne pouvoir s’en 
paffer , a dû leur faire re- 
chercher jufques aux moin- 
dres cir confiances des parti- 
cularités neceffaires , pour 
l’entiere reufïite de ces prépa- 
rations , qui fe doivent faire 
de la maniéré fui vante. 


4 6 Traite' 

TORREFACTION. 

• i ‘ 

P Renez la graine de Bun , 
que vous voulez torréfier, 

( Je me fers pour le prefent de 
ce terme , pour m’accommo- 
der aux fentimens de ceux 
qui ne veulent pas qu’on la- 
pelie Café qu’elle n’ait été mi- 
le en poudre ) pourveu qu’il 
n’y en ait tout au plus que 
deux ou trois livres à la fois , 
car moins il y en a , mieux 
on la cuit. Mettez -la dans 
une poile , ou dans une tour- 
tière , ou fi vous le voulez 
dans une terrine , fur un feu 
de charbon fort allumé , fans 
flamme pourtant : donnez- 
vous le foin enfuite , dez que 
vous croirez qu’elle pourra 
fentir la chaleur, de la remuer . * 


. . • . . DigitizedJby Qdc5gle I 

« . . . . i*' A f 


du Café'. 47 
fans difcontinuation avec une 
cuillier de fer , ou une fpatu- 
le , pour faire en force, autant 
qu’il vous fera poflible , que 
tous les grains fe cuifent éga- 
lement , jufques à ce qu’ils 
foient -à moitié brûlez , évi- 
tant abfolument que la chofe 
aille au delà : ce que vous 
connoîtrez lors qu’ils feront 
devenus d’une couleur tanée 
un peu obfcure, alors il la fau- 
dra tirer du feu. Si la coétion 
efl faite à propos , vous fend- 
rez avec plailir une odeur de 
pain brûlé , mais un peu plus 
fortifiante pour le cerveau, 
& pour l’eftomac. On affure 
qu’on peut aufli rôtir le Ca- 
fé dans un infiniment de fer 
blanc , ou de cuivre étamé , 
reprefenté dans l’Eflampe que 
j’en a y fait mettre au conw, 


48 Traite' 

mencement de ce Traité. On 
le remplit de graines , aprez 
quoy on le ferme avec fon 
couvercle , &: on le tourne 
devant un feu de charbon fort 
vif , jufques à ce quon les 
croye bien rôties. Sans doute 
de cette maniéré il fe difîipe- 
roit moins des parties vola- 
tiles , qu’en le faifant cuire 
dans une terrine découverte , 
& par confequent il en fe- 
roit beaucoup meilleur. Mais 
quoy quej’aye entrepris tres- 
louvent de le faire cuire de 
:ette façon , je n’ay jamais 
)û y reüflir , les autres qui 
feflaieront y feront peut-être 
plus adroits , ou plus heu- 
reux que moy. La graine 
étant cuite , vous la pile- 
rez , de la réduirez en pou- 
dre ; on la veut en Levant 

un 




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DU C A ï E'. 49 

un peu groÆe , èc en Fran- 
ce h déliée , qu’on la pafle 
ordinairement dans un tamis 
fin : il faut éviter autant 
qu’il fe pourra , dés quelle 
fera cuite , 6c encores plus 
lors qu’elle fera pilée , qu’el- 
le ne s’évente , à quoy elle 
efl plus fu jette même que 
le vin } 6c h elle eft une 
fois éventée , elle n’eil plus 
propre à rien , fes qualités 
n’étant pas feulement affoi- 
blies, mais entièrement étein- 
tes , on ne fçauroit prendre 
trop de foin pour l’empê- 
cher. C’cft pour cela qu’il 
faut avoir celuy de l’enfer- 
mer d’abord qu’elle eft faite 
dans un fac de cuir graifle , 
ou ciré par dehors d’une ma- 
niéré , que l’air n’y puifle 
enrrer en aucune façon a ny 

C 


y6 Trait e' 

par les pores du cuir , ny par 
les coutures du fac , qu il faut 
' pour le même fujet ferrer à 
l’inftant fortement par le col 
jufques à la fuperficie du Ca- 
fé , èc ne l’ouvrir que dans le 
moment qu’on en veut pren- 
dre , ce qui fe doit faire avec 
une cuillier , pour le relier 
tout aufli'tôt , avec beaucoup 
de diligence. Laraifon de cela 
eft j que la vertu du Café 
étant principalement dans les 
efprits qui lui viennent par la 
torrefaétion , dez qu’on les 
laide évaporer , il ne refte 
qu’un marc , ou une poudre 
infipide , qui ne fcnt plus 
que le relant 6c le reclus, 
dont la décoétion eft aufïi de- 
fagreable au goût , que nul- 
fible à la fanté , dequpy on 
s’apperçoit dez que la poudre - 


Digitized by’ Goqgli 




du Café'. 51 
commence à perdre la fen- 
reur du pain chaud , 6c brû- 
lé , 6c a fentir celuy du ren- 
fermé. Plus on la garde, Ô£ 
moins elle vaut , parce que 
comme je viens de le dire , 
elle pert de jour à autre de 
fa propriété, en perdant fa fen- 
teur , 6 C avec elle Ion goût, 
qui ne conlifte que dans fa 
qualité balfamique qui eft ou- 
verte par le feu , 6c que l’air 
diflipe 5 c eft pourquoy il n’en 
faut mettre en poudre , que 
le moins que Ton peut a la 
fois : il faudrait même fl on 
le veut boire plus agréable- 
ment , 6c plus utilement, 
n’en jamais faire piler que la 
quantité dont on a befoin , 
6c le plus approchant que l’on 
peut du tems qu’on veut s*en 
fervir. Les Arabes du defert 

C » 


5i Traite' 

en ufent de cette façon qui 
eft !a meilleure , qnoy que la 
plus fatigante pour ceux qui ' 
n’ayment pas à payer la de- 
licatefle par quelques foins *. 
s’y conduire autrement , 6c 
en faire des provifions , pour 
crois ou quatre mois, n’efî pas 
en connoître le fin. Voicy 
un moyen aifé & immancable 
pour ne fe tromper jamais 
dans la torréfaction du Café. 
Si une fois vous en avez 
trouvé de propre à vôtre ■ 
tempérament , confervez en 
une pincée par montre , 5 c 
lors que vous en torréfierez , 
(5c que vous le verrez appro- 
chant d’être cuit , pilez en 
de tems en tems , quelques 
grains jufques à ce que leur 
farine foitde la même couleur 
que celle que vous aurez i 


Digitized by GoogI< 
v. 


DU C A F 1 \ ' 53 
avec cette précaution diffi- 
cilement on s’y méprendra. 

Bien que l’on m’ait écrit 
de quelques endroits , qu’il y 
en a , où on fe fert de l’écorce 
du Café , aufîi bien que du 
Café : je n’en dis pourtant 
rien , pour deux râiîons. La 
première, parce que l’on ne 


me marque pas qu’elle ait plus 
de vertu que le Café même > 
& la fécondé , que quand cela 
feroit , il nous en vient fi peu 
que nous n’en fiçaurions faire 
un grand employ. 




J4 TR AI T e' 

Chapitre V L 

De quelle forte on doit faire 
cuire U farine du Café , four 
en boire , quelle doz>e on en 
doit prendre , & de quelle 
maniéré on doit s en fervir „ 

' * / . y 

L E Chapitre precedent a 
fait connoître la neceffi- 
té qu’il y a de bien torréfier 
la graine du Café , fi on veut 
en rendre l’ufage utile. Ce» 
luy-cy fera voir qu’il n’im- 
porte pas moins d’en faire 
cuire à propos la poudre Y fi 
on fouhaite que la boifion en 
foit favorable. Il eft vray que 
comme cette derniere prépa- 
ration ne demande pas un fi 
grand nombre de précautions, 
que l’autre , il fera plus aisé 
d’y reufiir tant lbit peu qu’on 


er 


t 


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du Café'. 55 
veiïille fe donner la peine 
d’éxecuter les avis fui vans. 

On fe fen en Levant pour 
faire bouillir le Café , d’une 
efpece de coquemard de cui- 
vre étamé dedans & dehors , 
d’une maniéré afsés particu- 
lière , pour n’avoir pu jufques 
à prefent être contrefaite en 
France.Ils l’apellent Ibriq,auf- 
û bien que tous les autres pots 
& vafes à ances. La figure en 
eft au commencement de ce 
livre 5 je le trouve fort propre 
à cét ufage , parce que le ven* 
tre qui eft gros , reçoit plutôt 
l’impreffion du feu , par con- 
fequent l’eau bout plus vite ; 
& qu’au contraire l’ouverture 
qui en eft étroite retient plus 
le volatil du Café , qui efl; ce 
qu’il a de meilleur : à fou 
défaut on peut employer un 

C 4 


56 Traite' 

coquemard de terre bien 
vernifle , ou de cuivre éta- 
mé , &. defliné uniquement 
à cela. Apres y avoir verfé de- 
dans une fois 6 c demie autant 
d’eau qu’en pourra contenir la 
tafle dont on voudra fe fervir 
pour le boire , qui ne doit pas 
exceder en tout le poids de 
dix ou douze onces pour le 
plus , il faut le mettre fur un 
petit feu vif, mais fans flam- 
me > 6c lors que l’eau aura tant 
foit peu bouilli , y jetter de- 
dans de la poudre du Café la 
pezanteur de trois dragmes r 
prenant bien garde que rien 
ne fe repande 5 car immédia- 
tement après que la poudre efl: 
dans l’eau, elle s’élève en écu- 
me avec une promptitude fl 
furprenante , qu’il n’efl: pas 

concevable. Il faut avoir foin * 

S *> • 


Digitized by Gocwle 



B U C A, F E' J 7 

aufli-tôt que l’on voit que l’on- 
de s’aproche du bord du co- 
quemard de le retirer du feu.,, 
pour l’en raprocherde tems en 
tems , autant de fois qu’il Je 
faudra pourluy faire encore 
donner une douzaine de boüil- 
lons , ayant toujours les yeux: 
delfus, pour éviter que rien 
ne s’épanche : fi cela arrivoie 
la décoétion ne vaudroit rien ,, 
parce que tout l’efprit , & par 
confequent toute la vertu du 
Café leroit difiîpée. Cela étant: 
fait, il faut oter le coquemard: 
du feu , &c le mettre fur des; 
cendres afifés chaudes pour 
que le Café conferve. autant: 
de chaleur qu’il fe pourrai 
fims bouillir , &: F y laifler au- 
tant de tems qu’on jugera qu’il! 
en. faudra , pour que le marc 
étant coulé à fonds 3 la dé- 

C % 


T 


58 Traite' 

codion refte claire , 6c d’une 
couleur rouffâtre : alors on la 
verfera dans la talle par incli- 
nation , de peur que le marc 
, qui ne vaut du tout rien ne 
fc remêlât. On ne doit pas 
boire le Café , mais le humer 
aufli chaudement qu’on le 
peut fôuffrir : plus on le hoir 
chaud , 6 c plus il fait du bien. 
Pour n’en être pas brûlé , il 
ne faut pas mettre fa langue 
dans la tafle, mais en tenir lesx 
bords entre la langue 6c la 
lèvre de deflous 6c celle de 
defTus > en apuyant fi peu que 
les bords ne portent pas , 6c ■ 
puis humer , c’eft a dire ava- 
ler gorgée à gorgée. Le goût 
de cette boiflon doit être un 
peu amer > s’il ne l’étoit pas » 
le Café ne feroit pas bon. 
Quand on cil affés délicat 



Digitiz 


bu Café'. $*> 
pour ne pouvoir pas fouffrir 
le peu d’amertume qu’il a j on 
cherche à la temperer , en y 
mêlant du fucre, qui le rend 
plus agréable à boire , mais 
qui luy ôte une partie de fa 
vertu bien faifante, 6c ne luy 
lailfe que celle d echaufer , 
principalement fi on en mec 
trop. Ce qu’on fçait fi bien 
faire en France , 6c particu- 
lièrement à Paris , qu’au lieu 
d’un brevage du Café ils en 
font un Syrop d’eau noircie. 
Sans ce mélange à leur gré , il 
feroit infuportable,maispour- 
veu qu’il ne foit pas amer, 
il eft le meilleur du monde. 
II eft vray que fl le Café 
eft de bonne qualité 6c nou- 
veau, ceux qui commencent à 
s’en fervir , 6c qui ont une 
grande répugnance pour la- 

C 6 


6o Trait e " 

mertume , ne le trouvent pas 
de leur goût : mais pour peu 
qu’ils continuent d’en pren- 
dre , il s’y habituent fi fort % 
que bien loin de s’apercevoir 
de cette faveur amere , ils s’en 
font afiesde plaifirs, pour n’en, 
pas avoir s’ils le prenoient au- 
trement. 

Il faut bien fe garder de le* 
fervirde cette première infu- 
üon pour en faire une fe cou- 
de en y ajoutant d’autre eau ,, 
comme font plusieurs par 
ignorance ou par ceconomie :: 
elle ne doit fervir qu’une feule 
fois fl on veut quelle fer«- 
ve , ny ayant pas lieu de dou- 
ter que la première coéliort 
a’en ait emporté toute la vertu. 

C’efl une erreur de remuer 
le Café dans le coque mardi 
pour l’épaifiir > & pour lç prenv 


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du Café". <£f 
dre trouble comme le Choco- 
laté le marc ( comme je l’ay 
déjà dit ) n’en vaut rien , 6c. 
en Levant il n’y a que la lie 
du peuple, qui avale celle du 
Café. Elle charge l’efl:omac,6c 
fait autant de mal que la dé- 
codion claire fait de bien :: 
pourveu qu’on s’en ferv'e a 
propos , 6c qu’on n’en prene 
pas avec excez. Une ou deux 
taffes pour le plus prifes le 
matin à jeun ( quoy qu’en di- 
fent les Orientaux ) doivent 
fuffire , fans rien manger du 
moins d’un couple d’heures 
après : il faut fe contenter d’em 
boire ainii une fois le jour 
â moins qu’il y eut des rai- 
fons particulières qui obligeai! 
fènt de faire autrement.. Ceux 
qui s’en fervent pour être: 
foulagez de quelque indifpo^ 


Ci. Traite' 

fition d’eftomac , au lieu cîe 
le prendre le matin peuvent 
le prendre après leur dîné : 
&; en ce cas , il n’y aura pas 
de mal de jetter dans.le co- 
cjuemard ou on veut le faire 
cuire , un couple de doux de 
Gerofles concaffez , ou un 
petit brin de Caneile. Cela 
fe pratique en Orient : ils y 
ajoûtent même par fois , quel- 
ques grains de Cordamome : 
mais cela n’eft pas de nôtre 
ufage. Les voluptueux jettent 
dans la tafte quelques goûtes 
d’elTence d’Ambre , ou quel- 
que peu de fucre Ambré , oit 
de quelque autre odeur qu’ils 
aiment. 

On pourra fe regler fur îe 
pied de la fufdite dofe , qui 
n’eft que pour une feule per- 
fonne 3 pour en faire line plus 


Digitized by C 


DU C A F E'. 6$ 

grande quantité > à propor- 
tion du nombre des perfonnes 
qui en voudront boire : mais 
comme on ne peut pas tou- 
jours obferver la même-juftef- 
le qui fe doit regler , félon 
que le Café efl frais ou vieux 
battu , plus ou moins éva- 
poré , on doit , lors qu’il a 
bouilli y en mettre tant foit 
peu dans une talTe, &: le goû- 
ter , pour y ajoûter de la pou- 
dre félon qu’on l’aimera , fore 
ou foible. 

Il y a une autre maniéré 
de cuire le Café , plus com- 
mode par bien des raifons s 
c’efl de mettre la même quan- 
tité que j’ay dit de la poudre 
dans de l’eau froide , la faire 
boüillir en même teins , êc 
dez qu’elle a boüilli avec lés 
mêmes précautions que jay 


CAf. T R A I T E r 
dites , la retirer du feu , 8c 
s’en fervir. Les Arabes 8c les 
Grands du Levant s’en fer- 
vent de cette forte , bien plus 
que de l’autre , 8c fur tout 
dans les voyages 8c dans les 
armées* - 

La poudre du Café , fe peut: 
augmenter de plus d’un tiers 
par le mélange du pain brû- 
lé, des Haricots, ou des fèves 
torréfiées, 8c cela fifeuremenc 
que les plus habiles ont de la. 
peine à s’en apercevoir. U* 
gain confiderable 8c facile „ 
eft un piège bien dangereux 
dans un Siecle comme le nôtre.. 
Il n’y a pas tant dé gens qui. 
s’en tirent qu’on pourrait bien. 
‘ croire. Les probitez ordinai- 
1 Ees ne font pas à L’épreuve de; 
cette amorce ^ 8c; fucombent: 
fcus cette, tentation. Ceux qui; 


% 


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du Café. <£5 
par ignorance > par parefle , 
ou par faute de loifir , ne 
torréfient pas ou ne font pas 
torréfier devant eux le Café 
dont ils ont befoin , fe fer- 
vant de cét avis comme ils 
doivent , n’en achèteront que 
des perfonnes dont la bonne 
foy leur foit entièrement con- 
nu ë, & ne s’atacheront pas 
au plus bas prix , s’ils ne veu- 
lent s’expofer au rifque d’être 
tromzpe. 

Chapitre V IL 
Des qualité z, premières du Café» 

T Ou t ce que j ai dit juf- 
ques à prefent , n’eft que 
l’accefFoire de mon fujet -, me 
voicy maintenant au princi- 
pal , puifque je dois parler 
dans ce Chapitre des qualitez 


CG Traite' 
premières du Café. On entend 
dans l’école , par les qualitez 
premières des mixtes , celles 
qui refultent de l’union de 
leurs principes , 8c du mé- 
lange defquelles dépendent 
les autres proprietez des corps, 
qu’on nomme qualitez fécon- 
dés , dans le fentiment des 
Ariftoteliciens , qui veulent 
que tous les corps mixtes 
foient compofez des quatre 
elemens,ce font leurs qualitez 
prédominantes : la chaleur, le 
froid , la fechereffe 8c l’humi- 
dité, qui condiment les qua- 
litez premières de ces corps : 
&lès autres qui dépendent du 
mélange different de ces qua- 
tre premières qualitez , font 
celles qu’ils apellent qualitez 
fécondés : par là on peut j uger 
que cette difcuffion doit être 


DU C A F e'. 67 

fans doute une des plus im- 
portantes pièces de ce Traité , 
y ayant peu d’apparence que 
je puiffe perfuader un Leéteur 
des indifpo lirions aufquelles 
le Café eft propre , fi je ne 
Iuy difois , par quelle de fes 
qualitez il le peut être. Ce- 
pendant c’eft le point ou je 
me trouve le plus embarrafsé , 
parce que les anciens Auteurs 
de Medecine , 6c la plufpare 
des perfonnes âgées qui pra- 
tiquent cét Art , en expli- 
quant les qualitez des alimens 
& des medicamens , ne nous 
parlent que de chaud , de 
froid, de fec , 6c d’humide : 8c 
que les modernes 6c les jeunes 
Médecins , ne nous entre- 
tiennent que d’Acide, 8c d’Al- 
Cali , * ou de Sel, de Soufre, 8c 
de Mercure : 6c peut-être que 


* On eu»' 
tend com- 
munément 
par l’Aci- 
de une li- 
queur, ou 
un Tel qui 
fermente 
avec l’ Al- 
cali :& par 
l’Alcali , 
un fel ou 
autre ma- 
tière qui 
fermente 
avec l’Aci- 
de. Quel- 
ques Chi- 
miftes fôt 
de ces deux 
difFerens 
Tels le 
principe dô 
tous les, 
corps» 


H 


6 % Trait e' 
dans vingt ans d’icy on inven- 
tera quelque nouveau jargon, 
qui fe mettra à la mode , car 
on reconnoît de jour en jour 
quelle étend aufli bien Ion 
empire fur la Medicine „ que 
fur les habits. D’ailleurs la 
Phyfique qui doit être de la 
partie , ne fert qu’à m’em- 
broüiller davantage , car fi les 
qualitez des corps s ne font que 
1 effet de la figure, ôu du mou- 
vement des atomes , ou des 
petites parties qui les compo- 
fent , comme te veulent pref- 
que tous les modernes, il n’eft 
pas facile de déterminer s’il y 
a des mixtes qui ayent effecti- 
vement de la chaleur , ou du 
froid : & fi le Café a des ato- 
mes de telle ou de telle figu- 
re. Ainfi retenu par la crain- 
te de m’attirer fur les bras. 


Digitized by G 



. 

- 

du Café', tr? 
quelque feéte de Médecins, 
ou de Pliilofophes , je ne fçay 
quel party prendre : à peu près 
comme ceux qui ayant oiiy 
les raifons par lefquelles on 
prétend établir que la terré 
tourne, &c les fentimens qu’on 
employé pour prouver que 
c’eft le Soleil , ne fçavent ce 
qu’ils doivent croire : parta- 
gé aufli bien qu’eux par la di- 
verlîté des opinions que je 
viens de raporter -, j’auray bien 
de la peine à me déterminer. 
Il ne faut pourtant pas de- 
meurer muet dans cette occa- 
f on : ny , s’il fe peut , lailTer 
mes Le&eurs mécontens fur 
ce fujet. J’ay confulté là def* 
fus les Médecins les plus mo- 
dérés pour en tirer quelque 
éclairciflfement : ôc voicy ce 
que jay retenu de leurcon- 


i 


70 Traite' 
verfation , ou de leurs lettres. 

On ne peut fe palTer en 
Medecine , parlant des quali- 
sez des alimens & des medi- 
camens , d’établir s’ils font 
froids , ou chauds , fecs , ou 
humides , parce que c’eft une 
notion commune aux Sçavans 
£c aux ignorans , de s’aperce- 
voir fi ce quhls preneur par la ( 
bouche leur exçite quelque 
chaleur ou quelque rafraichif- i 

fement , du moins quand leur 
aélion eft très fenfible. Ainfi 
il 11e faut être ny Galenifte , ) 

ny Chimifle pour connoître 
que l’eau de vie , le Poivre , / 

le vin 6c les épiceries nous ' 

échaufent , 6c qu’au contrai- 
re j la Ci chorée , la Laitue , 
l’eau , 6c la ptifane fimple 
nous rafraichiffent. LaifTons 
aux Phyficjens , & aux I 


Digitized'toy Google 


du Café'. 71 
decins à examiner fi cette 
chaleur ou ce froid qu’ils font 
repentir , font des accidens 
diftingués réellement de leurs 
fubftances, ou des fenfations 
qu’ils excitent dans lame par 
l’ébranlement des nerfs , cau- 
sé par la figure , de par l’agi- 
tation de leurs petites parties > 
gu par leurs Soufres , de par 
leurs Sels fixes , de volatils. 
Cela importe peu à nôtre fan- 
té 5 de je ne confeillerois à 
perfonne de fe mettre en mau- 
vaife humeur contre les gens 
qui ne feroient pas de fon 
fentiment fur cette matière. 
Je veux croire que par là on 
trouve avec plus de facilité , 
les raillons de chaque pro- 
priété des corps naturels , de 
la correétion de préparation 
des medicamens de des ali* 


7t Traite' 

mens ; mais comme je ne veux 
pas entrer en ce détail , je me 
contente prefentement d’exa- 
miner les premières qualitez 
de chaud , & de froid du Ca- 
fé, atendant d’en dire quelque 
chofe de plus précis , en fa- 
veur des perfonnesqui aiment 
la Chymie , dans le Chapitre 
fuivant , ou je traiteray de fon 
analyfe : c’efl: à dire de la dif- 
tilation que j’en auray fait 
faire. Mais avant que de dé- 
cider quelles font les qualitez 
du Café, il faut convenir avec 
les Médecins que les chofes 
qu’on apelle froides , ou chau- 
des, feches , ou humides, ne 
font fouvent telles que par ra- 
port aux perfonnes qui s’en 
fervent , ou par raport entre 
elles. Ainli l’eau de vie, 
le vin, nous échauffent, parce 

i' i 

qu ils 


Dlgitized by Google 




du Café. 75 
qu’ils donnent à nôtre fang 
plus d’agitation qu’il n’en 
avoit auparavant : de la ptifa- 
ne, un bouillon de veau , un 
verre de limonade ou de 
bière , de femblables breuva- 
ges nous , rafraichiiïent, par- 
ce qu’ayant moins de chaleur 
que nôtre fang , ils en dimi- 
nuent le mouvement : quoy 
qu’à parler ablolument ils 
ayent de la chaleur , de que 
l’on tire de l’eau de vie , de la 
bière , de un efprit ardent du 
fucrc qui entre dans la corn- 
pofition de la Limonade. Voi- 
la pour ce qui eft du raport de 
ces qualitez avec nos corps. 
Pour celuy qu’elles ont entre 
elles , on décide que telles 
plantes , on tels animaux, font 
d’un cemperamept chaud , ou 
froid, en les comparant les uns 

D 




Dioiti. 


igte 


74 Traite'- 

avec les autres. Sans cela ces 
proportions feroient abfur- 
des , car la vie des plantes 6c 
des animaux confifte dans une 
certaine chaleur , plus ou 
moins grande , ou en certai- 
nes petites parties qui font en 
mouvement 6c qui entretien- 
nent les actions de la vie. Pour 
appliquer cecy à mon fujet, 
6c répondre à la queftion 
que bien du monde eft fans 
doute preft à me faire , fi le 
Café eft chaud ou froid. Je 
dis que le Café comparé par 
exemple au vin , qui eft la- 
boifton la plus ordinaire de 
notre climat , eft froid , par- 
ce qu’il a des parties moins 
aétives , 6c moins inflamma- 
bles que le vin : 6c qu’étant 
comparé à l’eau , à la ptifane , 
à la Limonade, 6c aux autres 



DU C A n' 7f 
boiftonsaqueufes il eft chaud, 
parce qu’il communique à 
Peau de 1 amertume & de la 
pointe, &c au fang aux elprits 
une agitation un peu plus 
forte que ne font ces autres 
breuvages compofés d’eau. 
Outre que le Café étant beu 
chaud , cette chaleur aétuelle 
entretient plus long-tems le 
mouvement des efprits : ainft 
fous cette idée il peut fore 
bien être confideré comme 
temperé. 

Je dis en fécond lieu que le 
Café par raport à ceux qui 
en boivent , eft chaud quaîïd 
il eft pris par des perlonnes 
d’un tempérament froid 8c 
Phlegmatique , parce quil 
donne plus de mouvement 
à leur chyle &: à leur fang, 
que les glaires embarraflbient,L 

, 2 


tfé Traite' 

en les fondant , &; les fubti- 
lifant. Au contraire , il eft 
froid pour ceux qui lont d’un 
tempérament de feu , auf- 
quels il tempere l’agitation 
trop violente du fang , par- 
ce qu’étant détrempé de beau- 
coup d’eau , ôc embarrafle 
de parties terreftres , il ne 
peut que diminuer le bouil- 
lonnement des humeurs de 
ces perfonnes là. 5 ainfi on 
peut dire qu’à cet égard , de 
meme qu’au premier il eft 
temperé. En effet , il on rai- 
fonne avec ceux qui en boi- 
vent d’ordinaire , les uns di- 
ront qu’il leur fembîe qu’il les 
échaufe ^ les autres qu’il les 
rafraichit : ôc quelques-uns 
enfin qu’ils ne s’aperçoivent 
pas deeequ’il leur fait : qu’ils 
11e s’en trouvent ny bien ny 

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* - . . 1 

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v mm ,\ 'irfTK" .WHT- . •• ry .;• t*. 


du Café' 77 

mal. Ceft une marque qu'il 
efttemperé, & qu’il agit di- 
verfement félon les fujets. La 
raifbn de cette qualité tempe- 
rée, neftpas difficile à péné- 
trer. Le Café de fa nature efl 
une e/péce de legume, infipi- 
de, gluant & terreftre : qui ne 
feroit capable étant employé 
en aliment, que de faire un fing 
gros 6c vifqueux,& parconfe- 
q uent de rafraichir : mais la 
préparation qu’on luy donne 
par la torrefaélion , confume 
une partie de fon phlegme , 
exalte fesefprits, & luy laide 
beaucoup de l’imprefîion du 
feu , ce qui en rend les parties 
fubti les , & piquantes : mais 
comme cette torrefadion n'eft 
pas forte , & qu’il refte enco- 
re a de s de parties terre dre s 
pour en embarrafler l’adion s 

s 


78 Trait e' 
il s'en doit fuivre une mo- 
dération ou température mo- 
yenne entre la chaleur & le 
froid. 

Par *ce que nous venons 
de dire , on doit moins s’éton- 
ner des difFerens fentimens 
des Auteurs fur les deux pre- 
mières qualitez du Café , les 
uns le fai fant chaud , les au- 
tres froid ôc chacun félon le 
degré qu’il leur plaît , comme 
s’ils avoient trouvé une ba- 
lance fort jufte de quelque 
nouvelle invention pour pefer 
la chaleur ou le froid des corps. 
On peut croire que la plus 
part n’ont pas été aJGfés éclai- 
rés , fur une matière auffi peu 
connue que celle- cy l’a été 
jufques à prefent : ou pour 
leur faire quelque grâce, qu’ils 
ont çonfideré le Café fous. 


Diqitized by CjOOqIc 



; .• -r • . • • • • . 

du Café'. 79 

differens égards , ce qui a 
produit des diflentimens en- 
tr’eux. Du moins il n’y en 
doit pas tant avoir fur fâ fe- 
chereffe , ou fon humidité : 
car pour peu qu’on entende 
raifon , on m’avouera qu’une 
chofe rôtie comme le Café, 
ne peut manquer de commu- 
niquer à la décoétion qu’on 
en fait une qualité deffechan- 
te j qui fera d’autant plus fen - 
fible , que cette boiüon étant 
connue par tous ceux qui s’en 
fervent pour être un peu di- 
urétique , elle emporte quel- 
que partie de la ferofîté du 
fang , &; que par confequent 
elle doit deffecher. Mais il 
ne faut pas s’imaginer que 
cette fechereffe foit grande , 
puis qu’on évite de prendre 
le marc qui eft le plus fec a 

D 4 


Digitized by Google 


to Trait e • -• 

êc que l’eau le détrempe afles. 
De tout cela jeconclus.qu’une 
perfonne qui veut u(êr du 
Café , non pas par un (impie 
plaifir 6c par amufement, mais 
par un motif de fan té 5 . s’il n-e 
connoît pas fon tempérament 
6c la fource de fes indilpofi- 
lions , fera bien de recourir 
à quelque habile Médecin * 
à qui la nature du Café , 6c 
fes effets, aufîi-bien que l’état 
du malade, pourront être a(Tés 
fufEiamment connus pour luy 
confeiller ce qui devra luy 
être avantageux. Je fuis dé- 
chargé par là des confeiîs de 
Medecine que chaque parti- 
culier croiroitde trouver dans 
ce Livre : quoy que je ne pré- 
tende pas me difpenfer dans 
les Chapitres fuivans , d’ex- 
pliquer félon les fentimens de. 


» 


Digitized by 


DU C AIE', 8? 

plu fleurs habiles Médecins 
que j’ay confultez, les maladies 
& les incommoditez aufquel- 
les en general il peut être pro- 
pre. Mais il faut parler au- 
paravant de Ton Analyfe Chi- 
mique , &; de fes qualitez fé- 
condés.. 

CHAPITRE VIII. ^ 

Analyfe du Café ' , & fes qualités* 
fécondés ; 

J ’Ay crû pour ne rien laifïer 
à dire fur le Café , & pour 
le connoître a fonds, qu’il étoit 
neceflâire de déveloper fes 
principes >,& d’en faire l’ana- 
lyfe par le moyen de la Chy- 
mie. L’analyfe , pour le dire 
en faveur des* perfonnes qui 
ignorent ce bel. arc , effc la 
ïefolution du mixte en- fes- 

' 5 . -, 


Si Traite' 

principes fenfibles : c’eft à di- 
re la Réparation que l’on fait 
par le moyen du feu des dif- 
, ferentes lubfiances qui le 
compofent. Je priay il n’y a pas 

• long-tems , Moniteur Caffai- 

* Maître re le fils * de m’aider en ce 

Aponcaire d e fp e i n . Ceux qui connoiffenc 

a Lycn. ^ • / i 1 

la capacité dans ces matières * 

& fon habileté dansjout ce 
qui regarde fa profefîion, qu’il 
exerce pour le dire en un mot , 
en excellent Artifte 5 font con- 
vaincus que je ne pouvois pas. 
faire de choix plus j udicieux * 
ny me repofer de la chofe fur 
un homme dont l’intelligence* 
le fçavoir, &; l’exaélitude me 
deuflent faire efperer un fuc- 
cez plus favorable que luy.Sou 
honnêteté répondit à ma priè- 
re. Les Sçavans j-ugtyont fi fou 
travail a répondu à mon efpe~ 


GoôqIc 

' • • 


* 


9 . 


ï> il; C A F E r . &$ 

rance, lors que je les auray in- 
ftruics de quelle maniéré il 
s eft conduit dans cette opera- 
tion, qu’il entreprit 6c exécu- 
ta en la prefence d’un Méde- 
cin. de mes amis , * 6c en la ♦Monfiear 
mienne, 6c que par plusgran- s ? on - 
de précaution , il voulut bien 
faire une fécondé fois,pour re- 
connoître s’il ne fe feroit point 
mépris dans la première. Voi- 
cy exactement de quelle façon 
la chofe fe fit.. 

Ayant confîd'eré le Café 
comme une efpéce de fèves 
nous le voulûmes difliller com- 
me on fait ordinairement tou- 
te forte delegumes, lors qu’on 
veut en tirer les differentes 
fu b fiance s qu’elles contien- 
nent. Nous en prîmes une li- 
vre du bien net, bien choifi 
& bien nourrv, 6c en rempli- 

D 6 




Google 


84 Trait e' 

mes à demy une cornue de 
verre lutée : nous .y adaptâmes 
un grand récipient 5 après en 
avoir luté le^ jointures nous 
donnâmes le feu par degrés. 

’ Il en fortit premièrement un 
flegme clair comme de l’eau v 
enfuite il vint des vapeurs 
qui fc condenferent en une li- 
queur rougeâtre, qui le fon- 
çoit & fe rendoit plus cralîe-,. 
plus noire , &£ plus huileufe , 
d’autant plus que l’operation 
s’avançoit. Les précautions 
/ qu’on avoit prifes pour lùtec 

exaftemét les vaifleauXjn’errv, 
péchèrent pas que le labora- 
toire ne fut remplÿ de l’odeur 
du Café 5 dans huit ou neuf 
heures tout fut achevé. Nous 
laifsâraes refroidir les vaif- 
féaux pour en tirer les fubftan- 
ces diftillées , & nous retira^ 


Digifc’ 


DU 1 C'A F E*. % 

mes dit récipient environ I&. 
moitié du poids de ee que 
nous avions mis dans la cornue 
tant en phlegme , qu’en efprit 
8c en huile, la tète morte reliât 
en la cornue fe montoit encou- 
re à un quart de livre , de for- 
te que ce qui le perdit de plus 
volatil dans toute l’operation: 
devoit être un autre quart de 
livre. Ce qui elt bien à remar- 
quer pour être perfuadé de la, 
volatilité du Café , 8c par là 
des effets qu’il peut produire. 

L’huile qui- s’étoit épaiffie 
8c reünie comme du beurre 
noircy âu deifus du phlegme 
8c del’efprit, ne fut pas diffici- 
le à feparer du relie. Il y en 
avoit environ deux onces, 8c 
cinq dragmes. Ayant été réélis 
fiée comme les autres huiles 
Çhymiques , elle devint ciai- 


16 Traite'* 
re d'une couleur jaune en- 
foncée. 

On tira par la leiïive une 
' dragtne de Tel fixe de la tête 
morte calcinée : on eut befoin 
d’un afTés grand feu pour fai- - 
. re la calcination , ce qui fait, 
que ce fel eft fort alcali fé Ôc 
acre comme un fel de tartrfe. 

Pour ce qui eft deTefprit 6c 
du fel volatil , il arrive dans 
cette operation que ce dernier 
entraine toujours avec luy une 
portion de pHlegme qui le 
tient difïbut , ôc qui eft caufe 
que par la rectification , on ne 
peut le feparer en forme de feL 
On juge feulement par le goût 
pénétrant , que le phlegme 
eftehs irgé d’une aftes grande 
quantité de fel volatil : ÔC c’effc 
«e mélange qu’on apelle cf~ 
prit. Cét çfprit eft d’une cou- 
• ' - • N ’ 


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it Café'; 87 
leur jaune , parce qu’il entrai- 
ne auffi avec lujr, une partie 
de 1 huile la- plus ætherée qui 
luy donne cette couleur, & 
qui empeche que les acides, 
ne fermentent avec le fel alcali 
. volatil contenu dans lefprit * 
paice quelle en bouche les 
pores, & en empêche faction :: 
ce que ne fait pas le fel alcali 
nxe tiré de la tête morte qui 
ayant ete bien dépourveu de 
fon huile par 1 incinération; 
fermente avec les acides com- 

f} CS aucres fixes*. 

C e ft tout ce qui s’efi: pu fie— 

parer par l’analyfe des fubftan- 
. > ccs du Café , 6c quoy que 
cela paroiHe alfés fimple , il 
doit pourtant fervir de bafe 
a ce que je diray en fuite de 
fes effets.. 

Ce fondement étably,on. an- 


Digit 


U Traite" 
ramoins de peine à compren- 
dre les propriétés du Café , 6c 
les raifons que pki fie ur s per- 
fonnes du métier en rendent : 
ainfi je ne travailleray pas en 
aveugle , 6c je ne feray pas 
paroître de lenteftement pour 
lu y attribuer plus de bien 
qu'il nefçauroit faire, ny pins 
de mal qu’il n’eft capable d’en 
catifer. En effet , lors qu’on 
fçaura que le Café eft rem- 
ply de fouffre & de fel vola- 
til , comme on la pu remar- 
quer par fon analyfe , on ne 
fera pas furpris s’il nourrit , 
&L s’il empêche de dormir : on 
trouvera la raifon de 1 un 6c 
de l’autre , en ce que le fel vo^ 
latii , 6c l’huile étant intime- 
ment unis par la parfaite di- 
geftion de cette femence , 
aidée de la. chaleur du pays; 


«a 


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c 


du Café*. 89 
où elle croit, font fort proprc3 a 
l’un par fon a&ivité , ôc l’au- 
tre par fa lenteur pour empê- 
cher le fommeil, & pour four- 
nir en même tems de l’aliment. 
L’huile comme compofée de 
parties rameufes , Ôc faciles à 
être embarraffées , aydée du 
jel volatil qui luy fert de vé- 
hiculé , eft fort propre pour 
la nourriture de fanimal , 6c 
le fel l’efl aufli de fon côté 
à raréfier les humeurs , & à 
ranimer les efprits ralentis 
dans le cerveau pour y exciter 
la veille. 

La précaution que j’ay pri- 
fe de ne pas parler des qua- 
litez du Café fans m’en être 
infbuit par fon analyfe, me 
doit tirer de l’irrégularité du 
procédé d’un Docleur Da- 
nois, * qui a fait un Traité 


* Simon 
Pauli Me* 
ckein, 


<>o Traite 7 

de l’abus du Tabac , & du 
Thé, ou il déclamé fort contre 
,1e Thé , & même par oceafion 
contre le Café , quoy qu il ne 
paroiife pas qu’il ait fait des 
expériences capables de luy 
donner mauvaife opinion de 
ces drogues , de que tout ce 
qu’il dit dedéfavantageux du 
Café , ne foit fondé que fur j 
les Relations de certaines per- 
Tonnes qui ont cru que non 
feulement il deffechoit trop , 
mais qu’cncores il effeminoic 
les hommes , ce que j’éxami- 
neray en un autre endroit. Je 
penfc que s’agiffant icy enge- 
neral des qualités du Café , 
il ell plus raifonnable d’en 
croire ceux d’entre les Méde- 
cins qui par un frequent ufa- 
ge ont pu remarquer fes effets, 
de les indifpofitions aufquel- 


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du Café'. ?3 « 

les ils l’ont reconnu être pro- 
pre , que de defFerer aux opi- 
nions de ceux qui n’en par- . ; 
lent que fur le raport d’au- 
truy. Ceiuy^qui nous en a 
parlé le premier eft comme je 
l’ay dit Profpcr A' pin dam ion 
Traité desPlantes d Egypte, &; 
dans fa Médecine des Egy- 
ptiens.La faculté de ce breu- cc 
vage,dit-i’il,cdl froide, 6e \c- u 
che , ou plutôt tempérée aux‘ c 
qnalitez premières , à raifon :C 
de quelque chaleur cjui s’y tc 
trouve mêlée : car cette r>rai- tC 

o » 

ne efl compofée de deux fub- <c 
fiances, fçavoir d’une grofiie- <c 
re 6c terreflre , par laquelle <c 
elle fortifie 6e corrobore : 6c <c 
l’autre fubtile, compofée de u 
parties chaudes par lefquel- cc 
les elle échauffe , elle deter- <fi 
ge x 6c elle débouche. Cette c ! 


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Traite' . 

5) dccodion eft d’un goût* qui 
„n’eft pas éloigné de celuy 
„qua la décoction de la Chi- 
corée , quoy quelle defopi- 
„le beaucoup mieux 

VcJlingiHs qui a voyagé en 
Egypie après Profper Alpin , 

&; qui a fait des Notes fur 
„fon Livre des'Plantes : dit 
3) en parlant des qualitez du 
,jÇafé , que l’écorce en eft un 
3 ,peu froide de fechermais que 
33 le noyau , qui eft la graine 
33 dont nous nous fervons 3 eft 
3) moderément chaud. Qu’étant 
3 , torréfié , il a une amertume 
33 fenfible que la langue fouf- . j 
„fre fans peine, d’où vient 
5) que d’ordinaire , la boilfon 
„qu’on en préparé ne caufe - 
5, point de naufée, quoy qu’on 
„en boive afies grande quan- 
tité : il dit aufii qu’on y fait 

r 

\ 


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• du Café'. 93 

des dragées de cette graine. 
Surquoy j’ay confulté divers 
amis qui ont été lcng-tems 
en Levant , ils m’ont unani- 
mement confirmé la même 
chofe , à quoy ils ont ajouté 
que cette forte de dragées eft 
fort commune & fort eflimée 
en Egypte. Ce qui m’a obligé 
d’en faire faire icy : la per- 
fonne que j’ay employée pour 
cela j y a reüfïï parfaitement 
bien. Mais à dire le vray; je 
ne les ay pas trouvées de bon 
goût , & je doute- fi elles ont 
aucune vertu. 

Tous nos Auteurs Moder- 
nes conviennent après Alpin 

Fejlmgius , que le Café for- 
tifie l’eftomac , qu’il deffechç 
les fiumiditez du corps , qu’il 
eft apentifôcdefopilatif,qu’ü 
rabat les vapeurs qui montent 


24 Trait e' ' 

au cerveau, qu’il tient éveillé, 

& qu’il produit quantité d’au- . 

très bons effets. 

Je crois que l’on ne fera 
pas fâché , que je joigne aux 
témoignages avantageux que 
rendent les Médecins , des 
qualités favorables du Café, 
ce que nous en ont dit quel- 
ques-uns des Voyageurs les 
plus confiderables de ce Siè- 
cle. Je commence par Pietro 
délia VfiiUé , qui marque dans 
le premier Tome de fes Rela- 
„ tions ce qui fuit. Les Turcs 
„ ont un breuvage , dont la 
„ couleur eft noire , qui pen- 
„ dant l’Eté eft fort rafraîchit 
„ Tant , au lieu qu’il échaufe 
„en Hyver , fans changer 
,, pourtant d’effence,&l demeu- 
rant toujours lamemeboif- 
„fon 5 que l’on avale chaude. 


du Café'. 951 

parce qu’elle pafleparle feu, cc 
6c l’on la boit à longs traits, cc 
non pas durant le repas, mais tc 
après , comme une efpece de“ 
friandifes , 6c par gorgées, tC 
pour s’entretenir à fon aife cC 
dans la compagnie des amis, c 
6c l’on ne voit gueres d’aflem- tc 
bléeparmy eux , où l’on n’en u 
boive. Ils nomment ce breu-‘ c 
vage Calotte , ils le font avec ia <c 
graine ou le fruir d’un cer- cc 
tain Arbre qui croit en Ara- Ce 
bieversla MeKe. Si l’on veut <c 
croire les Turcs, il contri-‘ c 
bue notablement à la lanté, cc 
aide à la digeflion fortifiant^ 
l’ertomac,&; arrêtant le cours tC 
des fluxions , 6c des cater- <c 
rhes : ils difent aufli ( ainfi cC 
que je l’ay déjà remarqué ) tC 
qu’aprés le fouper il em- tc 
pèche que l’on s’afloupifle 


'$6 Traite* 

,j & pour ce fu jet ceux qui 
„ veulent étudier la nuit en 
éprennent pour lors. J’ay re- 
tranché beaucoup de ce que 
dit Tietro del U Vallé d u Café , 
parce que je ne l’ay pas crû 
de mon lujet. Je viens main- 
tenant à ce qu’en a écrit The - 
r venot , qui pâlie en France pour 
aulïï fincere dans fes Rela- 
tions , que ce premier eft cru 
illuftre dans l’Italie , pour les 
fiennes. 

Les Turcs , dit-t’il , ont un 
5 , breuvage qui leur eft fort 
,, commun , ils l’appellent Cu- 
&c en ufent à toutes les 
,jheuresdu jour. Cette boilTon 
5 ,fe fait d une graine qui croit 
3,dans l’Arabie , proche de la 
3,MeKe. Ils la font rôtir dans 
», une poêle , ou autre utenfile 
„fur le feu , puis ils la pilent , 

& 


D li c A F eV 97 
& la mettent en poudre fort cc 
fubtile , quand ils en veu-* c 
lent boire , ils prennent un (C 
coquemard fait cxprez,qu’ils {C 
apellent Ibriie , &: l’ayant <c 
rem pl y d’eau , ils la font-* 
boüillir , quand elle boût <c 
ils y mettent de cette pou- <c 
dre , pour environ trois taf- <c 
fes-d’eau , une bonne eu eil- <c 
lier j 6c quand elle bout-, on le cc 
retire virement de devant le cc 
feu , ou bien on le remue , <c 
autrement il s’enfuiroit par £C 
defTus car il s’élève fort vî- u 
te j 6c quand il a boüilli <c 
ainfî dix ou douze boüil- Ce 
Ions , ils le verfent dans des £C 
taffes de porcelaine, qu’ils fc 
rangent fur un tranchoir dè <c 
bois peint , 6c vous l’appor- fc 
tent ainfi tout bouillant j il cc 
le faut boire aufli chaud 4 * 

E 

r 



*TT 


3 ) 


97 

3 ) 


3) 


?8 Trait .r 
quon le peut fo ufFrir , mais 
à plufieurs reprifes , autre- 
ment il n’eft pas bon. Ce 
breuvage eft amer ôc noir, 
yjêc fent un peu le brûlé : on 
3,1e boit tout à petits traits, de 
s peur de fe brûler : de for- 
3,te qu’étant dans une Cave- 
3,hane ( ainli nomment-ils les 
3 ,lièu^ où on le vend tout pre- 
3, paré ) on entend une aftes 
3,plaiiànte mufiqiie de hume- 
a, rie. Çette boiflon eft bonne 
9 , pour empêcher que les fo- 
rmées ne s’éjevent de l’efto- 
„mac à la tête 5 & par confe- 
»,quent pour en guérir le mal, 
„Par la même raifon il empê- 
3,che de dormir. Lors que 
„nos Marchands François ont 
„ beaucoup de lettres à écrire , 
s ,& qu’ils' veulent travailler 
,, toute la nuit , ils prennent 


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^pf^frwï;* 


D’Il C a F E'. 99 

le foir une ta Te ou deux £C 
de Cahue 1 II eft bon aufli <c 
pour conforter l’eftomac, & <c 
aide a la digeftion : enfin" 
félon les Turcs, il eft bon" 
contre toute forte de maux," 
Sc afliirément il a du moins" 
à’utant de vertu qu’on en" 
atribue au Thé. Quant au" 
goût , on n’en a pas beu" 
deux fois , qu’on s’y accou-" 
tume, & on ne le trouve plus tC 
defagreable. Il y en a qui y" 
mêlent des doux de gerofles," 
Sc quelques grains de Car-" 
damome, d’autres y ajoutent'' 
du Sucre ; mais ce mélange c 
qui le rend plus agréable , le" 
fait moins fain &; moins pro- cc 
htable. Il n’y a pauvre ny tc 
riche qui n’en boive , du" 
moins deux ou trois taffes" 
par jour, ôc c’eft une de." 

E i 


ioq Traite 1 

5 ,chofes que le mary eft obli- 
r gé de fournir à fa femme. 
„Il y a plu fieurs cabarets 
„publics de Cahue\ où on le 
3) fait cuire dans de grandes 
3 , chaudières. En ces lieux tou- . 
3, tes fortes de perfonnes fe 
„ peuvent rendre, fans diftin- 
3, dion de Religion ny de 
3, qualité 5 6 c il n’y a point 
3, de honte d’y entrer , plu- 
sieurs y allans pour s’entre- 
3, tenir : il y a même au de- 
3, hors du logis des bancs de 
v 5 ,maffonnerie , avec des nat- 
ures par deffus , où s’affolent 
3, ceux qui veulent voir les 
„paffans , 6 c être à l’air. Il y 
3, a ordinairement dans ces 
„Cavehanes plufieurs violons, 

3, joueurs de flûtes , 6 c Mu fi- 
„ciens , qui font gagez du 
3, maître du Cavehane 5 pour 


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DU C AF E'. 10 1 

* 

joüer 6c chanter une bonne u 
partie du jour , afin d’attirer" 
le monde. Quand quelqu'un" 
efl en unCavehane, 6c qu’il" 
y voit entrer des perfonnes" 
de fa connoiifance, s’il eft un" 
peu civil, il donnera ordre" 
au Maître de ne point pren-" 
dre de leur argent , 6c cela" 
par un feul mot , car lors" 
qu’on leur prefente du O*-" 
hué ^ il n’a qu’à crier Giaba “ J / 

c’efl: à dire gratis. Us ont" 
encore le Sorbet , qui eftuii" 
fort bon breuvage. Il fe fait' 4 
en Egypte, de Sucre, de jus tc 
de Limon , de Mufc, d’Am-" 
bre gris , 6c d’eau Rôle." ' 
Quand ils veulent regaler" 
quelqu un qui les vient voir," 
ils luy font apporter une ta f-‘ c 
fe de Cahué , en apres le" 
Sorbet, 6c puis le Parfum.* 6 


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loi Trait e' 

Edouard Terry , fameux 
Voyageur Anglois , dans la 
Relation qu’il a faite de fon 
voyage aux Indes Orientales 
en parlant des Pais du Mogol , 
^marque qu’il y a beaucoup 
J5 de perfonnes , à qui la Re- 
3 ,ligion ne permettant pas de 
„boire du vin , fe fervent d’u- 
rne liqueur qui eft plus faine 
3) qu’ellc n’elt plaidante à boi- 
„re , qu’ils appellent Cahüa , 
3 >qui eu compofée de la farine 
3> d’ime fève qu’on fait bouillir 
dans l’eau à laquelle elle ne 
, .donne que peu de gout,quoy 
^quelle ne laiiTé pas d avoir 
3) beaucoup de vertu pour 
„aider à la digeftion , pour- 
,jréveiller les efprits , êc pour 
• ^purifier le fang. • 

Duloir dans fon Voyage 
4e Levant , traitant des vifi* 


fl 


du Café', ioj 

tes des Turcs , dit que tant* 6 
foit peu qu’elles foient de ce-* 6 
remonie , quelques moment 
apres qu’on efî: aflis, le maître** 
de la mailon fait apporter* 6 
une CafîTolette auprès de fon* c 
amy, & deux valets luy cou-* 6 
vrent la tète d’une Tavayole,* 6 
afin que la fumée du Parfum* 6 
ne s’échape pas. On luy fert* 6 
après deflus une foufconpe* 6 
de bois , peinte de feuillage* 6 
à la Perfane , une 'grande* 6 
tafle pleine de Sorbet , qui* 6 
f* efî: un fuc de Limon confît* 6 
dans le Sucre , & qu’on de- £C 
laye dans l’eau , &: enfuite 66 
on luy aporte dans une tafîe* 6 
plus petite le Cahue\ qui eft‘ c 
une eau roufle qui prend fon* 6 
nom avec fa teinture d’une* 6 
graine qui vient d’Egypte 6 
qu’on fait bouillir dedans ,* 6 


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?*04 .Traite' 

qui eft groffe comme 
„un grain de froment. Ce 
^breuvage , continue -t’il , 

!J} n’en eft, bon qu’extrême- 
^,ment chaud, tellement qu’à 
„peine peut - on le fuccer du 
3i bord des levres , 6c on ne 
,,îe prend qu’en foufHant ôc 
5>à diverfes reprifes. Il eft 
„d’un goût qui fent un' peu 
„la fumée , mais d’un effet . 
3 , merveilleux pour l’eftomac , 
pour empêcher que les 
^vapeurs ne montent au cer- 
• 5> veau. * 

. J’ennuyeroismes Ledeurs, 
fi je raportois tout ce que 
nos Voyageurs modernes nous 
ont dit du Café : pour évi- 
ter cet inconvénient je finis , 
par ce qu’en a écrit Monfieur 
de Bourges , dans la Relation 
* qu’il a faite du Voyage de 
- ^ . ! % * 


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► du Café'. 105 

Jlîonficur l'Evêque de Beryte en 
Ja Cochinchine , au dénom- 
brement des incommoditez 
que l’on a à fouffrir dans la 
marche de la Caravane par le 
defert , il marque pour une 
des plus infuportables la ra- 
reté des eaux , que l’on a de 
la peine à trouver , 6c que| 
l’on ne trouve le plus fou~ 
vent que fort mfeétes. Il dit 
fur ce fu jet aux pages 40. 
& 41. 

Comme l’eau que l’on ren-‘ c 
contre eft fouyent mauvai- 46 
fe 6c croupie , pour corri- tc 
gcr l’incommodité quelle' c 
caufe à l’eftomac , les Turcs 46 
fe fervent d’un Breuvage 46 , 
qu’ils apellent Café. ,> qui cc ' 
commence d’être en ufage en 46 
quelq ues V illes de KEu ro.pê. te 
Cette boifion eh comparée^ - 


4 I 

T R A I T E' • 

3 . d’une petite fève qui , croit 
„dans l’Arabie proche de la 
„MeKe , en telle abondance 
5 ,que de là on la tran (porte 
3 , par toute l’Afie Ôc prefque 
?) par tous les lieux où il y a 
5) des Mahometans , qui fe fer- 
a, vent de cette boiifon au lieu 
. W j, de vin, dont elle imite aifés 
J ^ 3 les effets : ayant la proprie- 
33 té de fortifier l’eftomac , 6c 
/ ,, de faciliter la digcftion : elle 
5 ,a de plus celle de purifier ( 
3, les vapeurs de la tête. Ils 
3, font rôtir cette fève dans j 
3, une poile , puis ils la redui- 
3,fent en poudre dans un mor- 
3,tier 5 ôc après en avoir fe- 
3, paré le fon par un tamis , 

3,on fait boiiilîir cette farine 
3, noire 6c demi brûlée dans 
,,1’cau , durant l’efpace d’un 
Mifercre , puis on la boit 


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du Café'. 107 

la plus chaude c]ue l’on peut/* 
Qu o y que cette liqueur n’ait‘ c 
aucun goût agréable , mais** 
plutôt amer , elle ne Iaifle <c 
pas d 'être fort eftimée par tc 
ces gens-là , pour les bons‘ c 
effets qu’ils trouvent en elle : <€ 
ce qui fait paroître le foin** 
que Dieu a de fournir tous** 
les païs des chofes necefîai-** 
res pour l’avantage des hom- <€ 
mes : on ne peut douter que** 
dans les autres pais, il n y ait <c 
des plantes qui ont de pareil-** 
les vertus. 

Si le nombre extraordinai- 
re des perfonnes qui rendent 
témoignage à la vérité d’une 
chofe , la doit rendre plus re- 
cevable , il n’y en eut jamais 
de mieux établie que celle des 
qualitez fàlutaires du Café „ 
contre les maux de tête, les. 

E & 

. 

tir" • V, o v 


f 


5o8 Traite' 

f 

indigeftions d’eftomac , faf- 
foupiflement, 6 c pour la puri- 
fication du fans;. Tous ceux 
qui en ont écrit , tous ceux 
qui en parlent , 6 c la plufpart 
de ceux qui s’en font fervis 5 
1 conviennent que ces vertus 

luy font ii naturelles, que ceux 
qui en difeonviendroient , ne 
Juy rendroient pas la juftice 
qui luy eft due. C’ell ce qui 
me fait dire, que quand me- 
me il n’auroit pas les autres 
qualitez qu’une expérience 
bien juftifîée 6 c reïterée,a fait 
fenliblement connoître qu’il 
poffedoit , il en auroit fuffi- 
jamment pour mériter beau- 
coup d’eftime* 




‘ v -,v ,# " l'jfr 


■w 


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— 

i * - 


; D U G A F EV 10 $ 

4 Chapitre IX» 

Des effets du Café , fr partielle 
lierement fur Üeflomac» 

L E premier effet qui fe 
fait fentir en beuvant du 
Café , eft furies parties de la 
bouche. Quand il eft bien 
accommodé quoy qu’on le 
boive fort chaud , il ne brû- 
le , ny n enlève pas la peau 
de la langue , du moins com- 
me le feroit l’eau chaude au 
même degré : ce qui vient 
peut-être, de ce que la dé- 
co&ion étant plus embaraffée 
par le plus fin de la poudre du f 
Café qui s’y mêle , elle ne 
pénétré pas fi vite que l’eau 
îimple. 

Les Dames foigneufès cfe 
fcur beauté, pourroient peut- 


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no Trait e ' 1 
être craindre que la chaleur 
actuelle de ce brevage ne 
leur noircît les dents : mais 
outre qu on ne voit pas que 
les Orientaux ayent les dents 
plus noires que les autres , 
quoy qu’ils en boivent tant' 5 
en tout cas , le remede à cela , 
feroitle marc même du Café , 
qui les nettoye cC les blan- 
chit , fi l’on a foin de s’en fer- 
vir. C’eft ainfi que la cendre 
du Tabac blanchit les dents , 
bien que fa fumée les noir- 
ciife. 

Un des plus fubits effets 

du Café, eft fur l’eftomac r 
* * • « 

il eft certain qu’il en aide 
merveilleufement la coétion 
qui s’y fait , 8c qu’une infi- 
nité de peuples de l’Afîe y 
de l’Afrique , 8c même de 
l’Europe * à qui la Loy de 


f ^ 


A 


D U 


A F e ; : irr 


Mahomet deffend f’ufage du 


vin , s’en fervent heureufe- 
ment à fa place.. A cela les 
proteéteurs du vin qui font 
en très-grand nombre en ces : 
pais , me diront que tout au 
plus , le Café ne pourroit être 
admis , que pour fubflitut 
du vin , éc que puis que ce 
dernier eftalfés abondant chés 
nous , il ne faut pas aller* 
chercher une boiffon étrangè- 
re qui ne fçauroit autant va- 
loir. 

Je répons fans vouloir di- 
minuer le mérité du vin, dont 
je ne pretens pas de blâmer 
le droit ufage, qu’en plufieurs, 
renconttes le Café luy eft pré- 
férable , comme il y en a 5v 
dans lefquels le Café doit cé- 
der au vin* Il y a quantité 
d'hommes y de femmes &c 


mm 


*r * 


■ ■ K. 

_ v * 








ni Traite' 
d’enfans qui naturellement ne 
peuvent point fuporter le vin, 
à qui le Café nefçauroit qu’ê- 
tre utile. D’ailleurs tous ceux 
qui ont de la fievre , des maux 
de tète , &: plufieurs autres in- 
dilpofitions , feroient incom- 
modez du vin, au heu qu’en 
ces occalions le Café leur fait 
du bien. 

Il le fait dans les edomacs 
chauds 6e dans les excès du 
vin , une efpece de didila- 
tion lemblable à celle qui fe 
fait artificiellement. L’efprit 
fe fepare d’abord , entre dans 
les veines , agite le fang avec 
rapidité , 6e biefiTe les mem- 
. branes du cerveau : ce qu| . 
rede dansrellomac , eft levi-, 
naigre , ou le tartre du vin 
dilToût dans duphlegme,6e ce 
tartre porté dans les boyaux* 


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vu Café'. 113 
y eau Te la colique , dans les 
reins la gravelle, dans les join- 
tures la goûte j le Café ne fait 
rien de tel. Son efprit n’eft 
point fi inflammable que l’ef- 
prit de vin. Il n’y a point dans 
le Café d’acide qui puilïe cail- 
ler ces incommodités. Ainfl 
quelque excès que l’on fafle 
de ce breuvage , on n’en ref- 
fent point de mal de tête 3 8c 
on n’en efl: point enyvré , il 
ne produit ny gravelle , ny 
goûte j comme je diray dans 
la fuite 5 de forte qu’on ne 
fçauroit défavoiier qu’il n’y 
ait bien des rencontres , où il 
eft à preferer au vin. Et à pro- 
pos de cela , il ne faut pas 
oublier une particularité , qui 
fortifie beaucoup mon opi- 
nion. C’cft que le Café de- 
feny vre fur le champ, du. moins 


* '.Bien des 
gens qui 
ont fait un 
grand fc- 
jour à 
Londres > 
m’ont -af- 
fûté qu’en 
cette ieule 
ville - là j 
ils vont 
au delà de 
trois mil- 
le. 


114 Traite' 
ceux qui ne l'ont pas yvres ait 
dernier degré ; en voicv un 
-exemple. Un de mes amis s’é- 
tant laifle furprendre - aux 
agréemens du vin , fe mit à 
joüer au Piquet après le re- 
pas , il perdoit Ton argent , 
parce que les fumées du v^.n 
luy faifoient voir cœur pour 
carreau : je le tiray à part, 
& luy fis boire une bonne 
tafle de Café , enfuite dequoy 
il revint au jeu lelprit &: la 
vue aulîi libres qu’il les avoic 
eus à jeun. Aprez cela les Par- 
tifans du vin , ne doivent pas 
fe déclarer ennemis du Café. 
C’efi: pour cette rai fon , que 
par politique , on deffendit il 
y a quelque tems en Angle- 
terre les cabarets du Café , 
qui y font dans un nombre 
incroyable, * 6c on n’y defFen- 


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bu C If e/ i 1 5 

dit pas ceux du vin , parce 
que dans ces premiers, on rai- 
lonnoic avec un grand fens 
froid des affaires d’Etat, 6c 
du Gouvernement : au lieu, 
que les fumées turbulentes du 
vin mettent bien-tôt les gens 
hors des moyens de parler li 
ierieufement. Le Café ayde 
donc merveilleufement la pre- 
mière codion , 6c en empêche 
tous les defordres.Onapelleen 
Medecine première codion, 
le changement des alimens , 
qui fe fait dans l’eftomac , en 
une fubftance blanche 6c li- 
quide , qu’on nomme Chyle , 
& lors que ce Chyle ell cuit 
êc fermenté bien à propos , ôc 
qu’il n’a reçu aucune alte- 
ration par les intempéries y ou 
obftrudions des entrailles 6c 
premières voyesparoùilpaffe^ 


Il6 T RA I T E 
il fe convertitenun fangloüa- 
ble , duquel les parties croif- 
fent, fe nourriffent 6e fe main- 
tiennent dans leur état natu- 
rel *. c’eft ce qu’on apelle fé- 
condé 6c troifiéme coélion. 
Or s’il efl vray, comme il n’en 
faut pas douter , que les vices 
de la première coélion ne fe 
corrigent point dans la fécon- 
dé ny dans la troifiéme , c’eft 
à dire , que d’un chyle mal 
conditioné , il ne s’en lçauroit 
faire un bon fang , ny d’un 
méchant fang une bonne nou- 
riture. Il n’elt pas moins con- 
fiant que lors que ce chyle 
a acquis toute la perfeétion 
qu’il doit avoir , l’animal doit 
joüir d’une parfaite fanté, fl 
quelque caufe externe ne l’en 
empêche. 

Il faut ajouter que le Café 


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du Café' 117 

étant compofé de deux fub- 
ftances , l’une fubtile , 6c vo- 
latile, 6c 1 autre terreftre, com- 
me je 1 ay déjà dit. La pre- 
mière émoufle la trop grande 
acidité du levain de l’efto- 
mac , 6c adoucit le chile , 
comme les Tels volatils adou- 
cillent tous les acides 5 6c la 
partie terreftre eft déterfive , 
6c tant foit peu reiTerrante , 
ce qui la rend très- propre à 
l’eftomac , dont il fortifie le 
ferment par fa qualité abfter- 
five il en netoye le limon , 
auffi bien que celuy des me- 
nus boyaux , 6c confomme 
meme par fa fecherefte les 
humidités fuperflues des par- 
ties nourriffieres ; outre que 
par fon alcali , il abforbe les 
aigreurs indigeftçs qui peu- 
vent floter dans les premières 


iiB Traite" 
voyes , il relîfte fans contre- 
dit à toute corruption , 6c 
s’opofe fortement aux coagu- 
lations , qui font la caufe la 
plus commune des maladies: 
ce qui fait quil ayde beau- 
coup à cette tranfpiration in- 
lénfible qui entretient la bon- 
ne fan té. Or comme il eft * 
bon dans la Medecine de 
joindre Fexperience à la rai- 
ion. On pourroit raporter icy 
quantité d’exemples de parti- 
culiers , que l’ufage du Café 
a guéris de leurs indifpoli- 
tionsd’eftomac ; maisilfuffic . 
d’en citer un general 8c con- 
vainquant. Ceft que quoy 
que les Turcs ne boivent que 
de l’eau , quils mangent plus 
de legumes 5 de laitage 8c 
de fruits , que de viandes > 

& que même ils fe fervent la 




D U C A F E. 119 

plufpart du pain fans levain, 

• St tres-peu cuit, ce qui de- 
vroit ruiner entièrement leur 
eftomac , cependant ils 11 en 
font incommodez que très ra- 
rement , ce qui ne peut ve- 
nir fans doute que de l’ufa- 
ge du Café. Car quoy qu’ils 
ayent d’autres boillons, com- 
me le Sorbet, le Chofaf, fait 
de miel 6 c de raifins fecs , 

St l’aigre de Cedre , il n’eft 
pas croyable que ces breuva- 
ges compofez d’eau, de jus 
de Citron, de fucre, ou de 
miel , foient capables de cor- 
riger les cruditez de Feftomac 
que doivent caufer leurs ali- 
mens indigefles. Outre qu’ils 
ne boivent gueres de Sorbet 
que dans l’Eté , au lieu que • 
l’ufage du Café eft continuel 
parmy eux. Cependant e» 


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. H 

no Traite 

France , où les vins ne font 
point mauvais , on ne lailfe '• 
pas d’être fort fujet aux in- 
digeftions,*6c aux maux de’f- 
tomac j quoy qu’on n’y mange 
pas tant d’alimens cruds 6c in- 
' digeftes qu’on fait dans tout 
le Levant. On a vu fur ce 
fujet un effet admirable du 
Café dans la perfonne deMon- 
fieur le Marquis de Crillon. 

* Extrait * Après une grande maladie , . 

ne de m* dans laquelle l’ufage exceffif 
RidcuPro- de la Limonade 6c d’autres 
Médecine 1 boiffons femblables qu’il avoit 
à Mont- employé pour étancher fa foif 
pelher, p our } e plaifir , luy avoient 

gâté l’eflomac 6c ôté toute 
forte d’apetit : le Café luy 
fit fortir par haut 6c par 
bas , des pelotons d’une glai- 
re vifeide ôc recuite , laquel- 
le apparemment tapilfoit , &c 

bouchoit 


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du Café/' im 
bouchoit les pores de l’efto- 
mac , par -ou le levain s’infi- 
nuë , St y pafTe pour dilToudre 
les alimens , St picoter cette 
partie. > v . f . . . 

Il eft vray que le Café ex~ 
’cite rarement le votniiTemenr, 
neanmoin s il l’excite , & fur 
tou^ quand le fonds de l’efto- 
mac eft plein de relie de chyle 
indigefte St de glaires, par- 
ce qu’il les fond , & les ate- 
nuë , St que ces crudités ne 
pouvant devenir un bon ali- 
ment , i’ellomac eft excité par 
la tiedeur du Café à les rejet- 
ter avec elles. Hors de ces ren- 
contres qui n’arrivent meme 
qu’a quelques perfonnes , le 
Çafé arrête les vomilTemens > 
qui ne viennent fouvent que 
d ? une humeur trop acide SC 
trop corrofive , qu’il adoucir 


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« 


jii Traite'^ 

par Ton Tel volatil 5 & qu*il 
é moufle par fa pcgrtie huy- 
leufe. 

Apres avoir étably nette- 
menc comme je l’ay fait , que 
le Café procure une louable 
digeftion , on doit compren-* 
dre qu’il doit aufli être bon , 
four empêcher la génération 
des vers , qui ne font que les 
ouvrages des indigeftions & 
des crudités de feftomac j où 
des glaires qui croupiflenc 
dans quelque cavité du corpsj 
& que par Ion amertume , il 
efl: propre aufli bien que les 
autres drogues de ce goût * 
à reflfter à la corruption. 


du Cap e'. ii$ 

- C H . A P I T B» E X. - 

Des maladies du bas ventre y 
* de celles des femmes annuel- 
les le Café ejl propre , de la 
gravtlle , & de la goûte. 

I L ne faut pas douter gue fi 
le Café 'effc propre cômme 
on vient de voir , à difloudrc 
les glaires de feftomac , il ne 
le foit aufli par la même rai for* 
à fondre la pituite vitrée des 
boyaux qui y caufe fouvent 
la colique , de à refoudre aufli 
peu à peu de femblables hu^ 
meurs vifqueufes , quiembar- 
raflant les petits vaiffeaux du 
- foye , de la ratte de du pan-* 
créas , y caufent des ôbltru-» 
étions facheufes. • -= ; 

Profper Alpin dit qu’il eft 

F * 


9 


Î24 T R A I T E- 
plus efficace pour defopiler* , 
que la teinture de chicorée , 
amére , du goût de laquelle il 
aproche 5 que Ton s’en fert en 
Egypte pour les obftru&ions 
des vifcéres , & pour les tu- 
meurs du foye 5 & de la * 
rate. v 

Vejlingiut allure qu’il eft ex- 
cellent , lors qu’il y a des fucs 
froids & épais > qui font des 
obftru&ions dans les entrailles 
dans les vailfeaux difper-i 
fés par tout le corps : &: cét 
effet eft fi incontestable, qu’il 
éft la caufe qu’on' a pris le 
Bunchum $ Avicenne , pour le* 
Bon ou le Café , à caufe de 
la même vertu qu’il luy attri- 
bue. Tous les Modernes en- 
conviennent , c’eft auffi pour 
cela que l’on s’en fert avec 
beaucoup de fuccez aux per- 




■ * p :r^p*îüt < • 


d u. C La f e' ii^ 

formes phlegmatiques , 6c 
aux filles opilées , donc plu-, 
fieurs ont été gueries par le 
feul ufage de cette boifibn. 

Et comme nous avons veu par 
fon Analyfe qu’il abonde fore 
en fel volatil : on ne fera 
pas furpris qu’il foit capable 
de corriger tous les mau- 
vais levains de la maüe du 
fang , de la deffecher par la 
confomption de ce quelle a * * 

de plus humide, 8c de plus 
gluant, de redonner aux hu- 
meurs les plus épaifies un 
mouvement réglé , ÔC de les 
fiibtilifer afies pour pouvoir * 
être chaflees par les voyes 
ordinaires. 

On doit conclurre de la, 
qu’il doit auffi être fort bon - * 
pour procurer les mois aux 
îêmme*s* C’eft ce que l’expe- 

. F J y j 




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X%6 Tram E f 
rience journalière juftific.Plur- 
# feurs Auteurs a furent qu’il 
emporte les obftru étions de 
la matrice , 6c qu’il eft utile 
pour faire venir les évacua- 
tions ordinaires des femmes 
lors qu’elles font fupprimées. 
Les Egyptiennes 6c encore 
plus les Arabes, s’en fervent 
familièrement dans cette vûë x 
lors qu’elles les ont , pour les 
faire couler avec plus de faci-» 
lité , 6c plus d’abondance » oiï 
pour les faire revenir lors, 
quelles lont arrêtées. 

Au refte , comme la pluf- 
part des maladies des femmes 
dépendent du dereglement de 
cette évacuation naturelle 6c 
ordinaire , il eft a pre fumer 
que le Café fervant à les cor- 
riger > doit être aufli parfaite- 
men bon à plulïeurs autres 


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DU C A F E' II7 
mdifpofitions de ce fexe. Les 
vapeurs de mere qui font eau- 
fées par un mouvement irré- 
gulier des efprits qu’excitent 
les matières heterogenées ôc 
corrompues dans lé bas ven- 
tre , ou dans la malle du fang , 
font calmées par fon fel vola- 
til , qui adoucit les pointes de 
ces matières acres. 

Un Médecin célébré de M°n/Tear 

~ » r • , , ne la Cio- 

oaintonge a écrit a un de mes f ire . 
amis, qu’il fçait par une expé- 
rience inconteflable que le 
Café pris bien chaud eft d’un 
grand fecours pour les femmes 
qui dans letemsde leurs or- 
dinaires fouffrent des tran- 
chées douloureufes , parce 
qu’il rend le fang moins acre 
ôc plus fluide. Il ajoute qu’011 
en peut donner fans danger 
aux femmes au moment quel- 

F 4 


• £' 

ïl8 Traite' 

les viennent d’accoucher pour 
rétablir leurs forces diHipées> 
que cela fait parfaitement 
bien , £c qu’on peut leur en 
faire prendre deux tailes tous 
les jours tant qu’elles font en 
couches. 

Voilà bien des remarques 
confiderables , par leiquelles 
on doit juger de l’excellence, 
du Café : ce n’efl: pourtant pas- 
là que fe terminent fes bonnes 
qualitez. I! eft fouverain pour- • 
tenir les reins ouverts , pour 
donner pafTage à la feroheé.. 
Par fon fel volatil il ranime 
6c entretient la chaleur natu- 
relle , il débouche puilïam,- 
ment tous les endroits par ott 
il palTe j il exalte 6c. adoucit 
les levains des. entrailles, ôc 
en perfeétionne les fermenta- 
tions dont il change le cara&e- 

' 

’ • s 

\ 


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V 


mjt'j 'j . ry 


E> 11 C A F E'. 11 $ 

te, lorsqu’elles dégenerent., 
7 & par ce moyen il rameine à 

un haut point de perfeélion 
toute l’œ conom ie naturelle. 
C eft fans doute Ton frequent; 
ufage qui garantit les Turcs 
de l’hydropifie , ôc qui fait 
que cette maladie eft tres-peu 
connue en Levant. Les An- 
glois avouent, par un écrit 
qu’on imprima à Londres il y 
a dix ou douze an s,, qu’elle eft 
devenue beaucoup plus rare 
J) arm y eux, aulîi bien, que ‘la. 
goûte , depuis qu’ils le fer- 
vent /ouvent du Café 5 & je 
ne douce pas que fi nos Bibe- 
rons voulaient fe partager en- 
tre luy & le vin . ils rte fu/lènr 
beaucoup moins fa jets A deve- 
nir hydropiques. 

Molieribroc Médecin Ale- 
m.ind allure' dans iun, T rai- 

E i 


• +'^ÿfrî!Kr*rwjF. 



ï 5 o Traite" 
té de la goûte vague fcorbu- 
tique , que les Danois , les 
Suédois 6c les Holandois , 
éprouvent tous les jours l’uti- 
lité du Café dans les maladies, 
hypocondriaques 6c fcorbuti- 
ques. On n’en doit pas être 
lurpris, puis que ces maladies, 
viennent des humeurs tarta- 
reufes , acides 6c’ corrofives 


qui ont befoin d’être adoucies 
par des remedes tels que le 
Café., Aufli les autres plantes 
£c drogues qu’ils employent 
pour le Scorbut abondent 
extrêmement en Tels vola- 
tils , comme entre autres le 
Cochlearia ôc le Greffon 
«d’eau. 

Ce qui a encore acquis de 
la réputation au Café , efl la 
faculté qu’il a de preferver de 
h gravelle 6c de la goûte qui 


r> u C'a f ï! 
font deux coufines germaines. 
Soit que la matière de l’une , 
8c de l’autre Toit fournie par 
l’eftomac , ioit quelle vienne 
de la malle du fang , ce breu- 
vage qui corrige la coétion vi- 
tieufe de l’eftomàc êc qui pu- 
rifie le fang, ne fçauroit qu’ê- 
tre propre à prévenir les accès 
de ccs deux grandes maladies. 
Yoicy ce qu’un particulier de 
Geneve * en écrivit à un Mé- 
decin de cette ville * il y a 
plus de vingt ans , c’eft à dire 
lorsque le Café eommençoic 
d’être en ufage dans ce Ro- 
yaume : un Gentilhomme , 
dit-t’il , de mes voifins nom-' 
mé M r Deverace , qui a été 
attaqué de la goûte dez l’âge 
de vingt cinq ans jufques à 
eeluy de loixante dont il efc 
à prefent âgé x à peu prés 

F 6 


* Uhgmr— 
ceux q u i 
demauHor 
avis poi.r 
fon ma!» 
*“Feu Mei- 
lleur Gr s„ 
hoiiie < ’ tu- 
ne lîngi- 
liere erur- 

ditioiu. 


T R 'A I T E'' 

de mon tempérament , gros 
&; replet , ufe depuis environ, 
quatre ans, d’une petite grai- 
ne noire qui vient des Indes 
nommée Café , par le moyen 
de laquelle il s’ell garenty des 
attaques de ee mal depuis ce 
tems-là , quoy qu’il eût déjà 
les mains ôt les pieds noués.. 
Il dit que cette décoction pur- 
ge les feroûtés &; les humeurs 
iuperfluës. Il avoir comme 
tnoy un # gros ventre qui s’eft 
entièrement abaifle. Il m’a 
fort confeillé d’en ufer,. mais 
je ne l’ay pas voulu faire ,, 
fins avoir votre bon avis. 

Cét exemple des qualitez 
favorables du Café pour la 
goûte , eû remarquable : en 
voicy un autre qui ne l’eft pas 
m oins que j’ay en main. de- 
puis l’année. i6j ÈL 


D tï C A P E'i . I'3 J 

Un Reverend Pere Augu-- 
Rin déchauffé de la. ville de 
Marfeille,nommé le Pere A 1 e- 
xandre d’Albertas âgé de foi- 
xante cinq ans ’, travaillé de 
la goute dez Page de quaranv 
te , ayant par hazard ufé du 
Café le matin à jeun durant 
quelques jours confecutifs 
dans là foixantedeuziéme an- 
née, s’en trouva extrêmement 
foulagé j ce qui l’obligea de 
continuer a s’en fervir , êc il 
luy a fi bien reuffi , à ce qu’il 
m’a dit lu y-même , que du- 
rant les deux années prece- 
dentes , il n’a eu aucune atein- 
te de fon mal. U cR vray que 
dans ce rtc troifiéme année il 
en a foufert quelques attaque»,, 
mais beaucoup moins rudes 
que celles qu’il avoir eues 
avant que. de fe fervir de cette; 


134 *■ Traite' 
déco&ion , encore les impir- 
te-t’il à ce qu’au commence- 
ment du Printcms il négli- 
gea de le purger comme il 
avoir accoutumé. Il n’en prend 
qu’une tafle tous les matins, 6c 
il allure que dans le même 
moment qu’il la boit il relient 
de la diminution dans Ton mal,. 
Toit que cela vienne d’un effet 
delà force de fon imagination^ 
ou de celle de la vertu de fon 
breuvage. 

Un Religieux du moins, 
fexagenaire , qui eff en cette 
ville,aprés avoir été tourmen- 
té long-cems de cette même 
maladie , en a été II bien gue- 
>ri par le feul ufage du Café r 
qu’il y a fept ans à ce que je: 
fçay de fa propre bouche , 
«jü’ii n’en a reffenty aucune* 
ÿouieur. {e me ferais fait vu* 


Digitized t 


DU C A F E".- 135 * 

grand plailîr d’apprendre fou 
nom ôc Ton Ordre au Public 5. 
mais Ton. fcrupule dont fans 
doute l’humilité eft. l’unique 
motif, n’a pas voulu m’accor- 
der la liberté de l’un ny de 
l’autre. Ce Pere cuit fon Café 
d’une maniéré linguliere : car 
il le fait bouillir durant une: c 
demy heure. 

Je rapporterois d’autres preu- 
ves de cette qualité du Café , 
mais je m’a dure que ce que 
}’ en ay dit fufht pour en éta- 
blir la vérité , qui me paroit 
encore fortement apuyée par 
ce que nous raportent ceux, 
qui ont demeuré lon^-tems 
en Levant , de la rareté de la 
goûte en ce pays-là y . de la Mémoire 
gravelle & de la pierre t. ce 
qui ne peut être que par l’ef- Médecin 
fet de l’ulage frequent de cet- dc ly ^ 


i3<> Traite' 
te boiffon aulîi propre pour 
ces maladies , que le viu leur 
eff contraire. 

Dans la dedu&ion des ver- 
tus du Café , nos Auteurs ont 
oublié, qu’il eft fort bon contre 
le cours de ventré,& contre le 
flux de fang . Monjieurle cheva- 
lier Chardin y cj.tii doit a fa feule 
vertu cette qualité , ma fait 
l’honneur de m’uifurer par une 
de fes Lettres , qu’il s’en eft 
très- utilement fervy en Le- 
vant pour fe guérir d’une vio- 
lente diarrhée. Il en prenoït 
trois ou quatre tâfTes par jour 
le plus chaudement qu’il le 
pou voit foiiffri-r : ceux qui 
connoiflent cét illuftre voya- 
geur^ fçaventque fafincerité 
doit purger de tout foupçon 
de déguÜement les . cLoLes. 
qu’il avance* 



• DU C AF E'. 137 

Chapitre XL 

De l'ufage du Café four les mala- 
dies de la poitrine , du hit Ca~ 
fete' , & de l'effet favorable ' 
du Café' pour la guerifon des 
fièvres . 

T ; 1 

Oute la malle du fangp 
paflant dans les poumons* 
j>ar le moyen de la circula- 
tion, il eft impolîible que le 
~ fang étant impur le poumon 
nes*en reftente : c’eft pour- 
quoy fi le fang eft chargé de 
glaires , pu de trop de feroli- 
tez , il doit faire de l’embar- 
ras dans la poitrine & caufer- 
la toux , la courte halaine &c .. é 
roppreflion. Ainii il eft très 
certain que dans ces rencon- 
tres , le Café eft d’un grand 
fecours. *Un Médecin de cet- &frspoa*. 




138 Traite' 

te ville m’a Hure qu’il l’a or- 
donné très fouvent avec fuc- 
cez à des perfofmes qui cra- 
choient beaucoup, 6c à des 
M r Ridei»; Afmatiques. *.Un Profefleur 
de Montpeiller m écrit aufTi 
qu’il en a veu une' expérience 
finguliere lui* un homme de 
confideration de fa ville,Con- 
«feiller à la Cour des A y des. 
Ce malade fe trouvoit obligé 
de cracher inceflamment , êc 
étoit quelquefois réduit aux 
„ abois par la vifeofité des ma- 
tières falivales. Il a été déli- 
vré de cette indifpohtion par 
l’ufage du Café : par ce mo- 
yen il s’eft procuré un bon 
chyle , qui n’a embarralle 
fon fang de rien de vifei- 
de , ny de gluant , en compa- 
raifonde ce qui luy arrivoit. 
* ~ ïl en prend le matin , ou 



v D il C A F l7 l>J? 

d’abord apres qu’il a dîné. 

On a veu plufieurs prédica- 
teurs Te fervir utilement du 
Café pourfe fortifier la voix , 
& une pèrfonne digne de 
foy , m’a alfuré qu’il avoir 
connu familièrement en Italie 
tin grand Prédicateur , qui 
ne montoit point en Chaire 
cju’il n'en eût pris une taffe , 
parce- que l’experience luy 
• avoit âpris que cette boiffon 
dilatoit la poitrine , rendoit la 
voix plus claire , fortifioit les 
reins 6e la tête , 6c rabatoit les 
fumées de l’eftomac. 

Ce R. P. Nicolas Capucin y , 
qui palfe univerfellementdans 
fon Ordre pour un homme 
d’une vertu à fe diftinguer, 6c 
reconnu dans la plufpart des 
Chaires les plus confiderables 
du Royaume pour un Prcdi- 


Memcrire 
d’un P. Je- 
fuite» 





140 Traite' 

cateur d’une érudition Sc 
d’une éloquence Singulières , 
a avoué à plusieurs de Tes 
amis , que bien de fois il luy 
étoit arrivé de fe jetter dans le 
dernier épuisement par des 
fermons que la circonstance 
du tems ou celle des fujets, i 
avoit rendu plus longs que les 
réglés de l’Art 6c l’ufage ac- 
coutumé ne le permettent : 
mais qu’en ces occasions un 
couple de taSTes de Café prifes 
le plus chaudement qu’il fe 
peut, reparoient li bien fes 
efprits j 6c luy redonnoient Si 
promptement fes premières 
forces , qu’il fe trouvoit en 
état de prêcher, de nouveau 
fur le champ , avec la même 
vigueur 6c le même dégage- 
ment que s’il n’avoit * point: 
parlé.de tout le jour,. 


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* 


DU C-AF E'. 141 

Un autre Religieux du mê- 
me Ordre , qui ne le cede , 
ny en mérité., ny en fcience , 
ny en aucune autre partie à 
celuy que je viens de nom- 
mer , m’a dit qu’ayant un jour 
a prêcher dans une ville , 6c 
dans* un Auditoire fort confi- 
derable, il luy arriva inopiné- 
ment un accident qui le mit 
hors de tout moyen de rendre 
l’aélion qu’il avoit préparée, 
dont il perdit tout à coup juf- 
ques aux moindres idées. La 
cloche l’avertit dans ce fâ- 
cheux contretems , que le mo- 
ment qu’il falloit monter en 
Chaire aprochoit, ce qui le 
je.tta dans le dernier étonne- 
ment. Dans cette extrémité, 
il fe reduifit pour derniere re- 
fource à l’employ du Café : 
il en prit une taffç, qui luy 


Ï4& T R A r T E' v 

procura la facilité de fatisfai- 
re à fon engagement ; avec 
cette particularité confidera- 
ble , qu’à mefure qu’il avaloic 
une gorgée de là boilTon , 
il s’appercevoic fenfiblement 
que les vapeurs qui occu- 
poient fon cerveau s’en ïeti- 
roient , Sc faifoient place aux 
penfées qui fembloient en 
être entièrement forcies. 

Il eft confiant que pour les 
maladies de la poitrine, il n’eft 
rien de pareil au lait Cafeté , 
ou Café au lait, dont je vais 
maintenant parler. Le pre- 
mier qui l’a mis en ufage à 
ce que l’on croit, eft un Mé- 
decin Allemand nommé Neti~ 
hofiiœ. Il en parle dans f Am- 
baftade des Holandois à la 
Chine qu’il a écrite. Il le 
fàifoic cuire > 6c l’apelloit fon 




du Café'. 143 

boüillon de fèves , parce que 
le Café en eft une efpece,com- 
me ie l’ay déjà remarqué. Peuc 
etre s en etoit-il avile a 1 imi- 
« tation des Chinois , qui don- 
nent le Thé avec le lait aux 
Phtifiques , ôc qui en pren- 
nent auffi par régal. 

Un célébré Médecin de Gre- MtMonîir. 
noble, a employé depuis quel- 
ques années le Café au lait 6c 
en a fait de fort belles Cures. 

Ce qu’il a eu la bonté de m’en 
écrire , eft de trop grande 
confequence pour le taire, le 
voie y mot à mot. 

Pour répondre à ce que <c 
vous louhaitcz de fçavoir“ 
au fujet du lait Cafeté , je cc 
vous diray qu’il y a cinq ou tc 
ilx années que j’en fais ufer t€ 
dans toutes les maladies, ou cc 
nous ayons accoutumé d’or- 4 * . 


i 


144 Traite'' 

^donner le lait. Je n’en ay ja- 
„mais veu aucun mauvais ef-’ 

„fet , 6c ce qui eft merveil- | 
„leux , c’eft qu’il ne fe caille 
„point dans l’eftomac , qu’il 
„n’oppile point les entrailles, 

„6c qu’il ne donne pas à la 
„tete , ne lai {Tant pas nonob- 
„{lant le mélange du Café , 

„d adoucir l’acrimonie des hu- 
„meurs , d’en calmer les fer- 
„mentatiôs,d’arrêter la Toux , 

„de mourir 6c d’engrailler les 
^malades : les raifons vous 
„en font, très connues. Je 
„pourrois. vous cifer quan- 
tité d’experiences que j’en 
„ay faites. J’en fis l’effay il y 
3 ,a fix années fur moy meme. 
,J’étois naturellement fujet à 
„la migraine , 6c ayant les en- 
trailles chaudes , je n’avois 
.^jamais pû fupporter aucun 

lait. 


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i 



* 


i 

■i 

D 11 C A P E 145 
lait. J’en pris durant fîx fe- <c 
mai nés , le plus heureufe- <c 
ment du monde , ce que £C 
j’ay réitéré depuis plufieurs £C 
fois , 8c encore le dernier* 
mois de Novembre , avec £C 
tout le fuccés que j’aurois* 

- pu fouhaiter. J’en ay aufli £C 
fait prendre plu fieurs fois à tC 
ma femme qui fut à l’extre-* 
mité d’une vraye Phtiilc il cc 
y a feize ans , 8c qui a été £C 
aux abois le mois d’Aout der-“ 
nier d’une * Pleuroperipneu-« 
monie. Cette violente ma-« Poûmaus. 
ladie ayant été calmée par £ < 
les remedes ordinaires dans £C 
huit jours , il luy refia une«' 
toux importune, une cha- £ * 
leur aux poumons , quelle^ 
a naturellement délicats , ôc< c 
un poulx fort frequent, avec« 
une grande fecherefTe uni-*' 

G 


146 T R AITE'- 
„verfelle , ce qui me fit ap^ 
„prehender quelle ne retom- 
„bât dans la Phtifie, de m ’obli- 
5 ,gea de la préparer par les 
3 , doux purgatifs , de defopi- 
3 ,latifs ( ayant les vifeeres 
3jnourriciers , de fur tout la 
„rate fort obftruée ) a l’ufage 
3, du lait d’AnefTe> lequel étoft 
„bien conditionné , de qu ’el- 
3, le a pris très methodique- 
„ment durant un mois , mais 
3, fans aucun fuccez, fon poulx 
3, étant toujours de même , fa 
3, toux plus importune , fes 
3, crachats encores plusabon- 
3, dans , jaunes , de quelque 
3, fois verdâtres , fe plaignant 
„de chaleurs de de quelques 
„opreffions de poitrine , non- 
j,ODll:ant î’exad régime de vi- 
„vre de les doux purgatifs 
,,reïterez toutes les femaines. 



DU C a F 147 

Voyant que l’ufage de ce £C 
lait luy étoit inutile , je luy £C 
fis commencer celuy de va- £C 
che Cafeté , dont elle a pris £C 
une chopine tous les jours tc 
durant fix femaines , la pur- £C 
geotant de dix 'en dix , ou de £C 
douze en douze jours : l’u- £C 
fage de ce lait luy a été fi cc 
favorable 3 que tous les fymp- £C 
tomes que je vous ay cy-de- tc 
vânt marquez ceflerent dans £C 
la première huitaine 5 elle re- £C 
prit un appétit extraordinai- <c 
re , & de l’embonpoint plus £C 
qu elle n’en a eu de fa vie > £C 
en forte que la femme d’un £C 
de mes Collègues , qui ne £C 
l’avoit pas veuë depuis un £C 
mois, luy difoit hier , qu’en £C 
entrant dans fa chambre, elle £C 
avoit crû qu’elle avcit une tc 
fluxion fur les dents , qui £ j 

G z 


’l 


148 Traite'. 

via y a voit fait enfler les 
35 joües. 

Pour préparer le Café , je 
5, fais mettre une bonne écueî- 
• ”lée de lait dans un poilon > 
”lors qu’il commence à s’éle- 
3, ver , j’y fais mêler une cuii- 
^’lier de Café , que je fais 
”bien démêler afin qu’il ne fe 
omette pas en grumeaux : je 
»ne le fais que fort peu bouil- 
lir } ayant retiré le poilôn 
”du feu , la poudre tombe au 
»fond en peu de tems. Je le 
5>fais énfuite verfer dans une 
5 >écuclle de fayence, après y 
3 >avoir fait mettre line cuil- 
3’lier de CafTonnade. Il faut 
3 J le humer gorgée a gorgée 5 
«le plus chaudement qu’on 
«peut : il ne faut rien pren- 
«dre de quatre heures , apres 
«quoy on peut dîner. JLa do- 


♦ 




du Café'. 14^ 

fc que je mets du Café danscc- 
le poilon , eft de trois drag-« 
mes : mais il faut fe donnercc 
garde , Moniteur , qu’ïl ne« - 
foit pas trop brûlé , car- il« 
donneroit un fort méchant» 
goût au lait. 

Le meme Médecin ma encore > 

fait l honneur de m écrire ce qui ■ 

fuit, vV 1 

• * , * 

II y a en cette ville un« 

Jiomme de la première qua-cc 
^lité , qui depuis quatre oucc 
cinq années, prend au Prin-< c 
tems 6c en Automne , du laitu 
Cafeté , ce qui luy donne decc 
la force 6c de la vigueur du-cc 
rant toute l’année , pour re-cc 
iî/ter aux continuelles. fati-cc 
gués que les exercices de<c ' 
îa pieté extraordinaire luytc 
çaufent dans les Hôpitaux» 

G 3 


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*5° Trait e* 

• „& ailleurs. Ce qui eft de 
4plus .furprenant ^ c’eft que 
$,cét ufage du lait Cafeté >, 

5 , empêche le retour frequent 
*,des douleurs cruelles d’efto- 
„mac que les acidités iuy eau- 
„foient. 

Après avoir vu l’anaîyfe du 
Café , oh ne fera pas en peine 
de rendre raifon de ce qu’il 
empêche la coagulation dit 
lait j car puis qu’il abonde en 
fei volatil , il ne peut man- 
quer de rompre la pointe dej^ 
acides , qui feroîent capables 
de faire cailler le lait. Il n’y 
a que les acides qui font ce- 
la : le fel armoniac empêche 

* bien la coagulation étant mê- 
lé avec le lait & le fuere que 
Ton y ajoute, quoy qu’il ne 
le fade que faiblement, &c que 
fouvent il ne fufïïfepas. C’effc w 



~ ■ j 1 ^ . 


A 


du Café', i 5 1 
par la meme raifon , qu’un 
Médecin fameux * fait pren- Mr <j e \ A 
dre le lait avec l’eau de chaux ciofure. 
pour l’empêcher de Te cailler. 

6c pour guérir les dyfenteries 
êc les maladies de la poitrine , 
ce que le lait ne feroit pas*tout 
feul , fans ce correctif, ou un 
femblable , tel que notre Ca- > 
fé. Je dois feulement ajouter 
au Mémoire de l’habile Mé- 
decin de qui je tiens tout ce 
que je viens de dire du laie 
Cafeté , qu’on peut encore * ' 
le prendre fans/faire bouillir 
le Café dans le lait , ce qui efl; =—■ 
bon quelques fois de ne pas» 
faire , pour ne pas rendre le 
lait trop épais. Au lieu de 
cela , fi le Médecin le juge 
a propos pour le malade, 011 
fera bouillir le Café dans ^ 
l’eau à l’ordinaire , 6c on en 

G 4 




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ïjt T R A. I T E' 

méfiera une bonne tafle avec 
une écuellée de lait , ou bien 
' on le prendra devant le lait I 
ou après 5 car pourveu qu’ils 
jfe mêlent dans l’eftomac , il 
importe peu de quelle façon 
on lé prenne. Je fçay des per- 
fonnes qui l’ont eiïayé de tou- ; 
tes ces maniérés , &; s’en font 
bien trouvées. Chacun choi- 
fira ce qui fera mieux de fon 
goût. En apparence ce mélan- 
ge ne peut être que fort défa- 
greable : il ne l’eft pourtant 
pas , fur tout quand le Café 
a boüilly dans le lait , de qu’il 
eft un peu cpaifli 5 car alors 
il aproche du goût du Choco- 
laté, que prefque tout le mon- 
de trouve bon. On peut em- 
ployer cette méthode, en ufant 
du lait d’anefTe de même 
qu’en prenant de celuy de va- ^ r 


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WJW,, IMJ.il 


D U G A F 155 
che. Je ne cloute point même 
que le Thé ne s’acorde fort 
bien avec le lait, puis qu’il 
eft amer comme le Café 6c 
qu’il aproche fort de fes qua- 
litez. Les amers , quoy que 
purgatifs, comme la Rhubar- 
be, s’unifient très- utilement 
avec le lait 6c ne le corrom- 
pent pas. 

Il n’y a que peu de jours Ml Da P** ♦ 
qu’un Médecin de Laufanea cS ’ 
écrit à un de fes amis de cette 
ville, qu’on, fe ferten ce païs là 
du lait Cafeté pour les goû- 
teux, de qu’ils en font foulagez. 

Pour ce qui eft du Café avec 
l’eau , Monfi ur Monïn que j’ay 
déjà cité , m’afture par une • - 
fécondé lettre, qu’il en a fait 
prendre à plufieurs febrici- 
tans toujours avec fuccez. 

Il l’ordonne quelquefois daa$ 

G j 


• ? 




*ccv 






154 T R Vl T E* 
l’eau de Pimpinelle , à la fin. 

, des accez des lièvres intermit- 
tantes , ou à la fin des redou- 
blemensdes fièvres continues*, 
pour difliper les vapeurs por- 
tées au cerveau durant les ac- 
cez > qui caufent cres-fou- 
vent des douleurs de tête im- 
portunes 5 6c pour vuider par 
les urines la ferofité làlée 6c 
acre , qui pourroit relier dans 
la lymphe , dans les artères,, 
ou dans les veines fans le fe- 
cours du Café. Il remarque 
même que durant la chaleur 
de 1 accez , une taffe de Café: 
defaltere beaucoup mieux les 
malades que la ptifane quoy,’ 
que bûë copieufement * 6c il 
dit qu’un de fes malades d’uni 
tempérament fec 6c d’une con- 
stitution délicate , qui avoit 
eu huit a.cc.ez : de fièvre tierce,, % 


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■/ • c *' T*l.^ 7 •*- 


D U C A F' E'. Tff 
Fa voit alluré que l’alteration; 
infuportable qu’ils luy eau- 
foient , étoit beaucoup moin- 
dre durant les accez , au com- 
mencement defquels il luy 
avoit fait prendre du Café, 
qui luy. rendoit la’ chaleur 
de T accez beaucoup moindre 
qu’aux autres qu’il n’en avoit 
point beu. Il ajoute encore 
qu’il en a donné fou vent ttes- 
utilement au commencement 
du froid des fièvres quartes 
mais le plus chaudement qu’on 
le peut boire , 6c qu’il s’eit 
aperçu que cette boiflon ainlL 
prife , non feulement adou- 
cit lès douleurs violentes que- 
l’on fouffre pendant le froid! 
de! accez , mais que mêmes; 
il en a- g uer y entièrement, en— 
rr’ autres Madame de Beauvais» 
Mo mais ,, femme d’un Trefov 

© & 


ij<? Traite' 
rier de Grenoble , quoy qu’et- 
le eût la rate fort groife 6c du- 
re , n'ayant voulu pour tout 
reraede , que prendre du Café 
au commencement du froid 
de fes accez : fa guerifon fut 
parfaite* fans aucun retour 6c * 
dans aucune incommodité, il 
y a cinq ou fix années , 6c de- 
puis elle a joüi d’une très- 
bonne fanté. 

Il n’y a pas lolïg-tems qu'un* 
de mes amis qui avoit eu quel- 
ques accez de fièvres tier- 
ces provenans d îndigcftion 
d’eflomac , fut guery par deux 
ou trois prifes de Café : 6c 
Monfieur de U Clofure y quej’ay 
déjà nommé a écrit à Monfieur 
Spon , que Madame de Laufun 
âgée de quatre vingt 6c deux 
ans , guerie depuis peu d’une 
iiévre triple, quarte par le. 


«-c — *» — r* — •-* — • - — ■ 

h- . 

du Café', 157 
Quinquina r ufant enfuite da 
Café en efi: comme rajeunie 
& marche fans bâton, ce qu’el- 
le ne faifoit pas il y avoir plu- 
sieurs années.. 

Voicy un autre exemple 
affez remarquable du fucccz 
du Café pour la guerifon des 
fièvres. On m en a envoyé 
le mémoire dans le te ms que 
j’écris cecy. Mon fit ur delà Gar- 
de , habile Médecin de Nî- 
mes, après avoir fenty durant 
quinze jours un grand dégoût, 
une infuportable pefanteur à 
l’eftomac d’abofd qu'il avoit 
mangé , & des raports extrê- 
mement aigres , tomba enfin 
dans une fièvre intermittente 
double tierce , dont les accez 
duraient quatorze à quinze 
heures. Il en efïtiya quatre 
sivec beaucoup de fatigue 5 ât 


r 5 8 Traite'" 
bien loin que les purgatifs luy* 
prbcuraffent aucun foulage- 
ment, il s’en trouva plus mal 
toutes les fois qu’il en prit, ce 
qui l’obligea a négliger la pur- 
gation même la faignée 
qu’il ne crut pas neceflaire 
dans l’épuifement où il étoir. 
Il s’apliqua uniquement à re- 
parer les defordres.de fon eflo- 
mac 5 il crut que le Café 
étoit fort propre à corriger 
les cruditez acides qu’il fen- 
toit & qu’il ne douta pas qui 
ne fufîent la véritable caufe de 
fon indifpofition. Il en prit 
deux ou trois grandes tafles 
par jour dans le temsde l’in- 
ter mi ffi on : la fuite lu y fît 
eonnoître qu’il ne s’étoitpas 
trompé : car dez le premier 
jour qu’il en ufa ,. l’accez qu’il 
devoir.avoir dnparut.. Il corn- 


**/?*>*' i 


\ 

D U C A F E':. I 
tïiTLiad’en boire de même trois 
jours de luite , avec quoy. lans 
autre fecours de la Méde- 
cine , il recouvra, fa première; 
fin té. 

' ’ % , • 

* 

Chapitre XII.. 

De l' utilité du Café pour les ma- 
ladies de la tête y & s'il tient- 
les ÿerfonnes éveillées .. 

D Es deux parties dont on Sentiment* 

convient que le Café eft: ciofurc!^ 
compofé l’une groffiere &: 
terreftre „ 1 autre fubtile &: 
fpiritueufe cette derniere; 
qu’on- peut apeller nitroful- 
phurée ,, comme participan- 
te du Salpêtre èc du Soufre ,, 
a-üeaucoup de conformité 
avec les efprits animaux , qui* 
en font reparez en peu de tems.. 

Cela veut. dire , .pour m’expli** 


Digitiz 


ogle 


iCo Traite' 
cjuer plus clairement que 
cette fu b flan ce fubtile 6c vo- 
latile , a les petites parties à 
peu prés de meme grofTeur , 
de même configuration 6c de 
même mouvement que l’efprit 
de vie a les tiennes! Le vin 
a au fii beaucoup de ces par- 
ties j mais elles ne font" pas 
fi pures , ny ne s’acordent^pas 
fi bien à celles qui compo- 
fent I’efprit animal : car le vin 
a beaucoup de parties hetero- 
genées , qui font facilement; 
enlevées avec fon efprit , 6c 
qui par ce mélange troublent 
facilement les fondions delà 
tête , quand elles y font mon- 
tées : au lieu que le Café a 
fes petites parties plus pures , ' 
plus uniformes 6c moins dif- 
fipables. Ce qui le rend pro- 
pre à rendre la tète plus fer- 


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- • n&he». 


% , * 

du Café/ i£r 
me : & fans contredit un des 
plus fenlibles &: des plus 
promts effets qu’il £iffe , c’efl 
de calmer promptement les 
maux de tête, ce qui arrive, 
fi je ne me trompe , en raba- 
tant les vapeurs de leftomac 
qui en font fou vent la caufè , 
ôc en empêchant qu’il ne s’en 
engendre de nouvelles. Il y 
en a même qui, en font fou- 
lagez , en recevant la vapeur 
du Café , lors qu’il bout dans 
le coquemard , ce que pro- 
duit fans doute fa partie vo^ 
latile. 

le viens de dire qu’un des 
plus promts. ôc des plus lén- 
fî blés effets du Café , étoit 
de foufager les perfonnes aca- 
bléesde maux de tête. Je l’ay 
pu dire non pas fur le raporc 
dautruy , mais par ma pro~ 


\ 6 h Trait e' 
pre expérience. Jamais hom- 
me ne fut tourmenté d’une 
migraine plus douloureufe , 
plus longue , ny plus frequerr- 
te , qu’étoit celle qui m’a per- 
fecuté durant un grand nom- 
bre d’années. Il n’eft rien que 
je n’eufTe tenté pour me fouf- 
traire aux rigueurs de fes at- 
taques , elles étoient prefque 
ordinaires.Les faignéesjcs la- 
vcmensjes Médecines, les ab- 
flinences & les bains avoient 
été mis inutilement en ufage. 
Je leur fubftituay celuy du Ca- 
fé , qui , grâces en foient ren- 
dues à Dieu , en tres-peu de 
tems me mit à couvert de la 
continuation des vifites im- 
portunes de cette cruelle’enne- 
mie. Elle a fi bien oublié le 
chemin de chés moy depuis 
que je' me fers de cette boif- 


du Cape'. 163 
fbn , qu’il fe pafle des années 
entières fans que nous ayons 
rien à démêler enfemble. Je 
dois au feul Café , fécondé 
de la bénédiction de Dieu, 
cét avantage , qui en vui- 
dant ma tête des înfuporta- 
bles douleurs qui la tourmen- 
toient, a (i fort rempîy mon 
cœur des fenti mens d’une juf- 
te reconnoidan^e envers mon 
libérateur % qu’il me ièroit 
ailes dincile de n’en pas faire 
l’Eloge , d ce que j a y dit de 
fes admirables & extraordi- 
naires qualité z ne l’avoienc 
déjà fait. Je ne luis pas le feul: 
qui luy foit redevable d’une 
pareille délivrance y peu de 
perlonnes l’ont employé en 
femblables occa fions , fans en 
obtenir le même fecours 5 8c 
principalement ceux de qui. 


i6 4 Traite 

les maux de tête venoient par 
fympathie de l’cftomac , ou 
des entrailles. Il n’en eft pas 
ainfi lors que cette douleur 
procédé d’une trop grande 
fenfibilité des membranes du 
cerveau , de leur inflamma- 
tion, du preffement d’un fang 
impétueux , d’une caufe ma- 
ligne , ou de quelque autre 
qui ait Ion fiege dans ces par- 
ties-là. Je remplirais un Volu- 
me plus gros que ne fera ce- 
luy-cy , ïi je youlois raporter 
tout ce que je fçay des gueri- 
fons qu’il a opérées de cette 
forte d’indifpofition. Les deux 
exemples luivans que j ay 
choifis dans un nombre con- 
fiderable que j’en pourrois 
produire, Serviront à perfua- 
der les plus opiniâtres , de fes 
qualitez favorables de imman- 



du Café' tC$ 

quables pour cela > 6c s’ils ne 
le font , tout ce que j’en pour- 
rois dire ne les en convain- 
croit pas. 

Je tiens cette Hiftoire de 
Monfieur Dehenault. Je ne lçau- 
rois mieux entrer dans la 

- preuve des vertus du Café 
pour les maux de tête que 
par 1 expenence qu’en a fait 
Madame de Bne're , fœur de 
Monfieur V Oife au , femme auf- 
û connue dans Paris par fon 
mérité , que par fà beauté. 
Il y avoit long-tems quelle 
étoit tourmentée d’un mal de 
tête fi violent , qu’il forçoit 
la patience 6c luy arrachoit 
a toute heure des cris qui 

- faifoient pitié. Elle avoit été 
pendant plulîeurs mois en 
proye à tous les Médecins 
6c à tous les Charlatans. La 


Trait e 7 

• % 

douleur , l’infomnie 5c lesre- 
medes l’avoient jetté dans une 
maigreur & dans une foi- 

O # t . # 

bielle extraordinaire : il etoit 
dangereux de faire de nou- 
velles tentatives pour fa gue- 
rifon , 6c il fembloit qu’il n’y 
a voit plus qu’à la laifier mou- 
rir en repos. Cependant les 
Médecins qui la traitoient ne 
pouvant fe refoudre à lu y fair 
re quartier dans cette extré- 
mité , eurent la hardiefTe de 
luy ordonner le trépan , 6c la 
livrèrent par un coup de def- 
elpoir entre les mains des 
Chirurgiens. L’excez de fes 
fouffrances la fit refondre à 
cette terrible operation. L’ap- 
pareil étoit déjà préparé &c la 
malade munie de fes Sacre- 
mens , étoit prête à ce dernier 
fupplice , quand un Archidia- 


du Café. \6j 
cre de les amis , encra dans 
fa chambre : hé Madame, 
luy dit-il , ( après avoir appris 
ce qu’on alloit faire ) ne 
voyez-vous pas que vous êtes 
entre des mains dangereufes . 
& puis adrelfant la parole aux 
Chirurgiens : & vous , con- 
tinua- t’il , ne voyez- vous pas 
quelle va mourir entre vos 
mains ? Sortez ignorans &: 
barbares que vous êtes ; je 
vous empêcheray bien de la 
facrifier à vôtre avarice , je 
me charge de fa guerifon. Un 
des Chirurgiens répondit in- 
genuëment , que l’operation 
luy paroi doit trop hazardeu- 
fe ôc l’ordonnance trop har- 
die j mais qu’ils étoienc faits 
pour executer quand Meilleurs 
les Médecins avoient ordon- 
né : il ajoûta qu’il n’étoit pas 


i68 Tuait e' 
fâché qu’on l’empêchât de 
travailler , 6c il fe retira fans 
s’opiniâtrer d’avantage, les au- 
tres le fuivirent 5 6c après leur 
départ Monfieur l’Archidia- 
cre s’aprocha de la malade 6c 
luy dit : Madame , je pre- 
tens vous guérir par le plus 
innocent des remedes. Prenez 
tous les jours quelques tafies 
de Café , vous ferez foulagée 
en très - peu de tems , 6c en 
moins d’un mois vous ferez 
parfaitement guerie. Je vais 
vous en accomoder tout à 
l’heure 6c vous apprendre à le 
préparer. Il en envoya qué- 
rir chés luy , il le fit boüillir en 
prefence de la Dame , il luy 
en donna deux prifes , 6c il 
n’eut pas continué trois jours, 
que la malade fentit dimi- 
nuer fa douleur 6c retrouva 

le 



s 


du 'Café'. i<s> 

le fommeil quelle avoit perdu 
depuis plufieurs mois : l’apetic 
luy revint aufïï , enfin elle fut 
entièrement délivrée de Ton 
mal , en moins de trois femai- 
nés : elle eft eneores dans une 
pleine fanté , & on peut fça- 
voir d’elle la vérité de cette 
Hiftoire. Celle qui fuit n’efl 
pas moins furprenante , quoy 
qu’elle foit aufli fincere. Les 
Lecteurs la verront afiu ré- 
ment avec plaifir , 6c y dé- 
couvriront , avec la force des 
^vertus du Café , eelles de 
l’imagination. 

Une Dame de Paris , de 
la première qualité , dont 
je tais le nom par refpect , 
perfecutée d’une migraine li 
douloureufe &: fi frequente , 
qu’à peine le. relâche de l’ac- 
cez qui la tourmentoit, luy 

H 


jyO T R A X T E 
donnoit le tems de recouvrer 
de nouvelles forces , pour re- 
fifter à la violence de celuv 
qui luy fuccedoit , employa 
pour fon foulagement tout ce 
que la Cour de la ville avoient 
de Médecins qui fe diftin- 
guoient. Dieu fçait s ils mi- 
rent en ufa*ge pour le fuccez 
de leur cure , tout ce qu’ils 
a voient peu découvrir de plus 
Spécifique dans leur fcience. 
Ils n’eurent rien à fe repro- 
cher les uns aux autres , leurs 
foins ayant eu cela de ccm- a 
nuin qu’ils furent entièrement 
inutiles à la malade , fi fort 
rebutée du nombre de de la 
diverfité des remedes dont ils 
l’avoient accablée, qu elle prit 
une ferme refolution de ne 
plus chercher de foulagement 
dans fon mal , que dans fa 


ft 

DU C AF e'. . ijï 

patience à le fouffrir. Elle 
étoit dans ce delfein , lors 
qu’une perfonne de fa con- 
noilfance ,.qui s’étoit parfai- 
tement bien trouvée de Tilla- 
ge du Café en pareille indif- 
pofition que la Tienne , le luy 
confeilla. Elle s’en fervit 6c 
s’en fervit avec tant de bon- 
heur que fa fanté fut entiè- 
rement rétablie en peu de 
jours , fes fouffrances finilTanc 
avec fa maladie. Cét effet fi 
prompt , li favorable 6c fi in- 
efperé , luy perluaia qu’il y 
a voit quelque qualité mira- 
culeufe atachée à ce reme- 
de : 6c cela d’autant mieux 
que depuis quelle en ufoit , 
elle reconnoilfoit feniiblemenc 
quç fon efprit agilfoit avec 
plus de liberté , plus de gaye- 
té -6c plus de force qu’aupa- 




• * "** *’*7nr i* -y^T . ' 



Ï71 . Traite 

ravant, 6c que par conséquent 
ii avoit participé , auffi bien 
que Son corps , aux a vanta-' 
geufes prérogative^ de cette 
graine 5 ce qui luy fit croire 
lans peine , qu’elle n’étoit pas 
moins propre aux chagrins de 
l’un qu’aux douleurs de l’au- 
tre. Elle le crut fi bien, qu’étant 
pleine de Son opinion , Son 
Café luy devint auffi necef- 
faire dans Ses afflictions , que 
pour Ses maux de tète , par- 
ce qu’elle le trouvoit égale- 
ment favorable pour tous 1 les 
deux. Il eft allés Surprenant 
qu’une femme qui étoit con- 
nue pour avoir infiniment 
de l’elprit , eut pu tomber 
dans un Sentiment de cette 
nature j mais que ne peut la 
prévention , Sur tout lors 
quelle eft appuyée fur des 


$ Ü C A F E'. Ifi 
principes qui datent nos foi- 
bleffes. Ce qui me refte à dire 
de cette Dame fur ce fujet , 
convaincra mes Leéteurs de 
cette vérité. Elle étoit veuve 4 
un fils unique faifoic toute 
fa famille : ce fils avoir beau- 
• coup de vertu , de meritoit 
par fa conduite , l’extrême 
tendreffe que fa mere avoit 
pour luy. Son âge étoit de 
dix -huit à dix -neuf ans. 
Quelques-uns de fes amis , 
aufli jeunes que luy de de 
même qualité , firent deffein 
daller en Candie qui étoit 
alors afliegée par les troupes 
Othomanes : il le fçut’Sc vou- 
lut être de la partie. Il s’em- 
barqua avec eux pour ce 
voyage > mais à peine fut-il 
arrivé qu’il fut tué : la nou- 
velle de fa mort arriva à 



' 174 Traite' 

Paris , Tes parens la fçurent * 
aucun d’eux ne fe voulut 
charger de la donner à Mada- 
me fa mere. Son Confeffeur 
fut prié de le' faire : il s’en 
aquita avec toutes les précau- 
tions qu’un homme d’efprit 
& de jugement doit prendre 
en des rencontres d’une aufïi 
grande delicatetTe > mais il ne 
l’eut pas plutôt informée de 
k. malheureufe perte qui luy 
étoit arrivée , que les pre- 
mières paroles qu’elle pouffa 
dans le tranfport de fa dou- 
leur furent : Qiioy mon fils 
eft mort , ha du Café , du 
Café. On peut juger par là , 
que cette mere infortunée qui 
ne pouvoit être qu’extraor- 
dinairement &: fenfiblement 
• penetrée de fon affliélion , 
ne l’étoit pas moins de l’efli- 


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I 


/ 




du Café'. 175 
me quelle faifoit du Café , 
quelle portoit , comme 011 
vient de voir , dans un excez 
extraordinaire. 

Les Orientaux ne croyent 
pas feulement , que l’ufage 
du Café en boilfon efl: excel- 
lent pour le foulagement des 
maux de tête , ils font même 
perfuadés par leur expérien- 
ce , que fa fumée reçue par 
les yeux, eft extrêmement fa- 
vorable à ceux qui y ont mal , 
ou qui ont la vue foible. Ce , 
qui fait que la plufpart deux , 
lorsqu’on leur pre fente le fin- 
gean de Café tout boüilknt , 
avant que de commencer d’en 
boire , le portent fous les 
yeux & leur en font recevoir 
la vapeur .l’un après l’au- 
tre : ils trouvent que leur vue 
en eft éclairée &c purifiée. 

H 4 


K S 


2 le 


• >7^ , Tv R AIT E A 

Pluiîeurs font la «même chdfé- 
-* P°ur les maux d’oreilles , ou 
ils portent la taiîe pour en 
recevoir auffi la fumée , dont; 
ils font foulagez, 
r Je dois maintenant pour ré- 
pondre à ce que le titre de ce 
Chapitre a promis , donner 
les raifons de l’effet que pref- 
que tout le monde remarque 
. a u Café , de tenir éveillées 
des perfonnes qui en ont pris*, 
à moins qu’une longue ha^ 

. hitude & un tempérament 
,fbrt humide n en empêchent 
faction. 

' vU ?*' ^eux Médecin 
Profcfleur d Angleterre , dans le dernier 
cL M j de ~ à& res Ouvrages , & qui eft 
Moutpei- Ion pofthume , parle du Café 
hcs * comme d’unë chofe fort en 
ufàge à Londres , & fur la- 
quelle il croit avoir fait les 


Digitized t 


*- «V - 


d a Café'. 177 
o B fer rations necelfaires aipt 
Médecins qui voudront l’or- 
donner : il l’oppofe aux reme- 
des Narcotiques, 6c fe croie 
obligé d’en parler apres avoir 
-fait un Traité de ceux-cy. Iî 
veut que toute la faculté qui? 
a de tenir les gens éveillez 
dépende de certaines parties 
adulles , dont il ed: fort char- 
gé , & par fa nature & par la* 
préparation qu’on lu y donne’ 
pour le mettre en ufage: II* 
fait enfui te agir ces fortes dé' 
parties, quand elles ont pâlie 
dans la maffe du fan g , felom 
fa-penfée 6c peut-être même 
félon fon imagination 5 de 
manière qu’elles vont tenir 
les pores du cerveau ouverts*,, 
donnent lieu à un p ada- 
ge continuel des efprics dans; 
çette partie qui les- fournit - 

H» $ 


•-.rv'"' 


VJ •• 


»"A?T | r 


• # 


-c. 


ï 7 g Traite’ 

même aux nerfs des yeux , 
des oreilles 6c aux autres or- 
*ganes des fonctions animales. 
On peut auffi croire fondé fur 
les expériences de Villisme- 
me , 6c de bien d’autres Méde- 
cins , que le Café defleche la 
inaffe du fang , par la con- 
fomption de ce qu’il a de plus 
humide 6c de plus gluant : que 
la confomption des efprits , 
qui fe feroit plus lentement 6c 
à l’ordinaire , s’y fait par le 
moyen du Café , plus vite 6c 
plus abondamment 5 car le dé- 
gagement de fes parties fubti- 
les fe fait plus facilement, 
moins il y a de matière gluan- 
te 6c grafTe dans le fang : de 
/ même que des liqueurs , qui 
font moins graffes 6c vifeides , 
ou dont les parties font moins 
confondues , on tire plus faci- 






* 


du Café. 179 
lement ce quon appelle leur 
efprit. En effet , félon Villis 
le Café deffeche , & on le def- 
fend aux perfonnes grêles , de 
d’un tempérament chaud de 
fcc 5 on l’ordonne au contrai- 
re de avec fuccez aux perfon- 
nes d’un tempérament oppo- 
fé : il eft admirable aux Sep- 
tentrionaux de aux Afiati- 
ques , qui font mois de effe* 
minez , ou qui d’ailleurs ne 
boivent point de vin. 

La pluipart des Auteurs qui 
ont écrit du Café , affurent 
qu’un de fes plus naturels 
effets , eft d’éveiller de d’em- 
pêcher le fommeft. Il eft pour- 
tant certain qu’étant donné a 
plufteurs perfonnes à l’heure 
.du fommeil , non feulement il 
les fait dormir, mais mêmes il ' 
rend le fommeil turbulent de , 

H 6 


1 


Lettre de 
Monfour 
Daplcs. 




* r - 1 


/igo Traite. 
plein d’agitation } tranquille 
& paifîble 5 ce qui eft: affés 
/ furprenant , qu’une même 
rctoie produife deux effets ff 
lOppolèz.. . • 

- Il y en a qui croyentque 
le Café ôte véritablement le 
-übmmeil contre nature , êc 
qu’ainli il doit être propre à 
toutes les maladies , où il y 
û de laffoupiffèment : mais 
qu’il n’empêche pas le fom^ 
xneil naturel : car on a véia 
des gens qui dans des infom- 
nies ont . trouvé du foulage- 
dcM r dc la ment par 1 ulage du Care :■ 
cloître, entr’autres Monfieur Fcr± 

. rjind Doyen des Médecins de 
1 Limoges , qui ne pouvant 
dormir dans une maladie qu’il 
a voit , prenoit tous les loirs. 
‘ une talfe de Café - qui ‘ ne 
, i»anqugit jamais* de J’endor- 


* 


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* % • %I 

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,/ . , , • ‘ 

:• D U C A F E. lEw 

inir. Neanmoins cét effet n’efl: 
pas ordinaire , de plufîeurs 
per/onnes en faute , ont peine 
à s’endormir quand ils en 
prennent après louper. Ceux 
qui veulent veiller- fe trou- 
vent bien d en prendre, à eau* 
fe que la veille conformais 
beaucoup d’efpnts , de que le 
Café les repare. De plus on 
peut croire probablement que 
•la chaleur actuelle avec la- 
quelle on prend le Café, de 
fon amertume , contribuent 
difliper les fumées trop 
epaifles du chyle , de que fes 
particules diurétiques entrai - 
nent par les urines une partie 
de 1 humidité nece flaire pous 
le fommeil. 

Cette vertu naturelle du 
Café a tenir les efprits éveils 
les, fait voir que la peufee 






iSz Traite'* 

de Pictro dcl la Vallé au fujet* 
de ce legume , étoit fort mal 
fondée. Ce Voyageur fi efti- 
mé a cru que lî on beu voit 
Je Café avec du vin , comme 
on fait avec de l’eau , il pour- 
roit bien être le Népenthé 
d Homere, qu’il dit qu’Hele- 
ne avoit eu d’Egypte , d’oix le 
Café vient. Mais voicy deux 
raifons qui prouvent incon- 
teftablement qu’il fetrompoit. 
La première , que le Café 
mêlé avec le vin , feroit un 
très- méchant ragoût : & la fé- 
condé qu’Homere a prefu- 
pofé que le Népenthé étoit 
une herbe narcotique : c’eft 
à dire qui procure le fommeil, 
au lieu que le Café l’empê- 
che , & l’empêcheroit encore 
plus s’il étoit armé des poin- 
tes du vin. 


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Chapitre XIII. 

Des Temperamens & des maU~ 
dies ou le Café' ne fl 
pus propre. 

L Es plus fouverains reme- 
des, deviennent quelque- 
fois tres-pernicieux , quand 
ils ne font pas employez à 
propos , ou qu’ils ne s’accor- 
dent pas avec les tempera- 
mens des perfonnes qui s’en 
fervent. Le Café n’a pour cela 
aucune prérogative > je ne 
pretens pas l eriger en remede 
uni verfel : il eft des cas &c des 
perfonnes aufquelles il n’efb 
point propre. Ainfi fi quel- 
ques uns de ceux qui s’en 
ferviront , n’en tirent pas les 
avantages donp je puis les 
avoir fiâtes , qu’ils ne croyçnç 


t $4 Trait' b' 

pas qu’il manque des qualitez 
que je luy ay atnbuées > les 
fknples n’agüfent pas avec le 
même fuccez fur tous ceux 
qui en ufent. La complexion 
de ceux qui s’en fervent , fait 
tout le bonheur ou le mal- 
heur de leur ufage. Ce qui efl 
fi vray , que je connois des 
perfonnes que la Manne re- 
ferre, 5c d’autres que le Sen- 
ne jette en fincope , quoy que 
la Médecin e faffe de tous 
les deux un employ ordinai- 
re , 6c qu’ils foient univer— 
felleme nt connus pour être les< 
purgatifs les plus bénins , les 
plus naturels 6c les plus effi- 
caces , que la nature nous 
fburnifTe. Par cette raifon- 
s’il y a des perfonnes qui ne 
fe trouvent pas. bien dti Café r 
iis. ne doivent pourtant pas lé 


"- * * ■ ’H* ’ ' 

t 

‘ ' ' > 

D n -: C A F E'. I&y 
blâmer , puis que tout le mal 
qu’il a peu leur caufer vient 
de Ja feule ignorance , où ils 
ont été de leur tempérament, 
qui devoit les obliger de con- 
fulter quelque habile Me- 
• decin , qui auroit pu leur 
donner un confeil falutaire : 
s’ils ne l’ont pas fait à qui 
peuvent-ils s’cn prendre qu’à 
eux mêmes. Un de mes amis , 
* qui a voyagé long-tems 
en Levant & qui y eft en- 
cores auprès de Monfieur de 
Gui lier ngue$ n’a jamais peu 
s’accoutumer au Café , & 
n’en a jamais pris qu’il ne 
l’ait fait vomir *jufqu’au fang$ 
cela prouve . i n conte ftable- 
ment que l’eftomac a fes an- 
tipathies , aufli - bien que le 
cœur. 

Pour reconnoître les oca- 


M r g«; 

laudv 


i8s Traite 
fions & les incommodités 
aufquelles le Café peut être 
dangereux : il n’y a qu’à con- 
fîderer , celles où j’ay dit qu’il 
étoit bon , & conclurre que 
dans des rencontres , ou le 
corps efl dans un état oppofé , 
il ne peut être que mauvais. 
Ain/i puis qu’il eft bon à des 
temperamens pituiteux, à des 
efbomacs foibles qui ont pei- 
ne à digérer, aux obftruclions, 
aux humeurs gluantes , il doit 
être mauvais aux bilieux , aux 
eftomacs qui digèrent trop 
vite qui ont beaucoup de 
chaleur, à ceux dont les vaif- 
feaux font pleins d’un fang 
fubtil Se qui circule avec trop 
de rapidité. Ceux qui ont un 
crachement de fang , prove- 
nant de quelques extremi- 
tez de veines , ou d’artéres 



XyU C A ï E* *■ Ï87 

trop ouvertes , ou dut» fang 
trop fubtil SC trop acre , ne _le 
trôuveroient pas bien de/ton 

ufage. • 

' Il eft moins propre aux per- 
sonnes maigres , qu a celles 
qui font replettes : du moins 
ii la maigreur vient d un lang 
trop bouillant , qui roulant 
trop rapidement & étant trop 
fluide , ne peut pa bien, s ar- 
rêter dans les pâmes , pour 
leur fournir un bon aliment i 
car fi la maigreur vient de ce 
queTeftomac ne fait pas bien 
7a fonction , ou qu’il y ait des 
obftruâions dans les entrail- 
les qui empêchent la purin- 
cation du fang i je Café au 
contraire eft excellent , &- IÇ* 
engraiffera.- On volt par -» 
que c’eft en vain qu on de- 
mande fi le Café engrailie ou 


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i88. Traite' 

amaigrit. Pour me défaire de 
ceux qui de but en blanc me 
font cette qu eft ion , j’ay ac- 
coutumé de leur répondre 3 
qu’il amaigrit ceux qui font 
gras, de qu’il engraifle ceux 
qui font maigres : ce qui fou- 
vent eft tres-vray , principa- 
lement félon la manière de le 
prendre. Car à jeun il amai- 
grit plus qu’aprés le repas.. 
Mais ce qu’on peut raisonna- 
blement demander avant que 
d’en u fer , eft fi l’on croit 
que fon ufage fera du bien 
ou du mal , amaigrira ou en- 
graiftera celuy qui en' deman- 

TU • V ^ ^ O 1 } • * • 

■de 1 avis : a quoy j a y déjà dit 
que cela ne fe peut régler que 
par le tempérament de ceux 
qui s’en veulent «fer vil*. Sur- 
quoy il eft bon de remarquer 
avec les voyageurs , '“qu’en. 


du Café'. iSp 
Turquie où les Mahometans 
& les Grecs, vivent dans les 
memes villes , de dans les 
memes villages , .mais avec 
des boifTons differentes :* les 
Turcs qui boivent du Café, 
du Sorbet , du Boza qui eft 
un breuvage fait avec le mil- 
let, de point de vin , font des 
gens gras, frais, difpos , vi^ 
goureux , le tein bon, l’air' 
posé , beaucoup de fanté , de* 
nont parmy eux que peu de 
gros ventres. Les Grecs au 
contraire , qui fe foucient peu 
du Café, qui boivent du meil- 
leur vin tout pur, & de l’eau 
de vie en abondance , font 
maigres , fecs , le tein jaunâ- 
tre , bilieux de prompts. 

Les perfonnes dont le fang 
eft trop abondant de trop fub- 

cil > ne doivent pas fe fervir 

« -* '■ • 


i9o Trait e' 

du Café dans les maladies de 
la poitrine , de peur qu’il ne 
le volatilisât encore davanta- 
ge , &. ne le fît répandre dans 
le poumon. On a veuen cette 
ville un homme de qualité ^ 
qui étoit en cét état , avec 
une grande difficulté de refpi- 
rer. Il crut être foulagé par 
Tufage du Café , mais bien 
loin de là , il luy attira une 
inflammation de poumon, qui 
finit en peu de jours fon mal 
avec fâ vie. U y a auflî eu 
des Phtiflques confirmés, qui 
ayant voulu fe hazarder de 
fe fervir du lait Cafeté , en 
ont avancé leur mort. Ce 
qui fait voir qu’il eft de necef- 
fité de prendre quelque pré- 
caution quand ôn veut ufer 
du Café par remede , foit en 
s'informant de ceux qui ont 


* * . , ^ * 

du Café 191 

** été guéris par l’ufage qu’ils 
en ont fait , des indiipofitions. 
femblables à celles que Ton 
fent , fbit en confultant quel- 
que habile Médecin. 

En un mot , on doit con- 
fiderer que les liqueurs qui 
roulent dans nos corps , 6c 
qui font les mouvemens des 
1 refforts de nôtre machine, 

. peuvent être altérées en deux 
maniérés oposées : fçavoir 
lors quelles fe trouvent trop 
épaiffies , £U lors quelles lé 
trouvent trop fubtilifées. Au 
• premier cas n’y furvenant 
d’ailleurs aucun obftacle , le 
- Café fera bon : au dernier 
il feroit mauvais , à moins 
que d’ailleurs il ne comba- 
tît quelque mauvais levain, 
qui pourroit être la caufe 
de cette raréfaéiion , par 


TR AI TE' 

les fermentations qu’il excite. 

}e finirois icy ce que j’avois 
à dire du Café , n’étoit que 
je dois fatisfaire , à l’engage- 
ment ou je me fuis mis dans 
le huitième Chapitre de ce 
Traité , d’examiner le fenri- 
ment de Monteur Simon Pauli ^ 
qui condamne cette fève, par- 
ce , dit-il , que l’ufage qu’on 
en fait , enerve les hommes 
& les rend inhabiles à la gé- 
nération : erreur qu’il fonde 
fur le récit d’une Hiftoire par- 
ticulière & Ole artus Secrétaire 
0 

de l’Ambafïade que le Duc • 
de Holftein envoya en Mof- 
covic & en Perfe , qui du- 
ra depuis l’année 1633. juf- 
ques en 1639. Je vais impor- 
ter mot à mot cette Hiftoi- 
re , avant que de la com- 
batte. 


Olearius- 


'.DU C A F F.'. I?>3 

Olearius parlant des Per- £C 
Tes : dit qu’ils boivent de la £C 
Cahua ( qui eft nôtre- Café ) £C 
ou de l’eau noire qu’ils font £C 
d’une forte de fruit qui leur £C 
vient d’Egypte, qu’ils apellent £C 
Myfler , qui rejGTemble pour £C 
la couleur au froment , ayant £C 
le goût du bled de Turquie , £C 
& qui eft de la grolfeur d’une £C 
fêverole. Ils le font , dit-il * 
frire ou plutôt brûler dans £C 
une poiie , le reduifent en cc 
poudre &; le font boüillir £C 
dans de Peau , elle fentle brû- £C 
lé &; n’eft point agréable à £C 
boire. Ils s’en fervent pour £C 
modérer la chaleur & la ver- £C 
tu d’engendrer : parce qu’ils £C 
n’a y ment pas à le voir char- £C 
gez de beaucoup d’enfans £C 
ainli qu’ils avouent eux- £C 
mêmes, venant fouvent con^j 

I 


*■ <*. 


i$4 Traite'.* 
5 ,fulter notre Médecin , pour 
?> des remedes de cette na- 
ture. . 

,, On dit, pourfuit-t’il , que 
,, 1 ’ufage frequent du Cahue 
„rend les hommes tout à fait 
„incapables d’engendrer > ôc 
„à ce propos ils racontent 
„d’un de leurs Rois nommé 
„ Sultan Mahomet Kafum , qui 
;,regnoit devant le tems de- 
^Tamerlam , Ôc qui s’é toit tel- 
„ lement accoutumé àcebreu-, 
„vage , qu’il en prit une aver- 
„fîon inconcevable pour fa 
3, femme : laquelle voyant un 
3, jour un cheval que Ion avoit 
„ jette à terre pour le châtrer > 
3,6c ayant demandé pourquoy 
„ on le traitoit de la forte : com-i 
5 , me on luy dit en paroles cou-; 

vertes , que c’étoit pour luy 
*>6 ter la vertu generative , 6c 



du Café'. i?$. 

îe courage qu'ont. les cheyaux tc 
entiers : elle répondit que" 
Ton n’a voit que faire de pren- tc 
dre cette peine, puis que l’eau" 
noire faifoit le même effet ; ôc" 

'N., 

que fi on en donnoit à ce" 
cheval , il deviendroit bien-" 
tôt auffi froid que fon mary." 

Sur ce récit Mon (leur Simon 
Pauli, dans fon Traité de l’abus 
du Tabac Sc du Thé , prend 
fujet de déclamer aufli contre 
le Café, & luy impute.de diflî— 
per les principes de la généra- 
tion , par l’abondance de fes 
parties fulphureufes. Je ne 
doute pas que d’autres épou- 
vantés de cét effet n’ayent a iiffi. 
bien que luy de l’horreur pour 
le Café : mais pour en dire 
mon fentimentavec le refpect 
que je dois à fes Mefîieursj 
j’ozeaflurer qu’ils n’ont jamais 


r 


* 


.196 Traite' 
bien connu cette graine , de 
que quand même cette mau- 
vaife qualité feroit dans l’ex- 
cez de Ton ufage ( ce qui n’eft 
point ) on ne devroit pour- 
tant pas le renvoyer aux In- 
des de aux Garamantes com- 
me fait ce Médecin Danois. 
Qui ne fçait que les excez du 
vin produisent des effets bien 
plus pernicieux : la paralyfie, 
î’hydropifie , l’apoplexie de la 
mort même ? Cependant juf- 
ques à prefent , nous n’avons 
pas fçû qu’il y ait eu de Juge 
affez fevere pour condamner 
à l’exil fon ufage modéré de 
raisonnable. 

Il eft vray que le Café 
abonde fort en fouffre , mais 
dans la torréfaction , on ne 
pouffe pasaffésle feu pour le 
developer des autres princi- 

-1 ' K 

k ♦- 


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D U C A F e\ lÿj 

pes:car on a deu voir par l’ana- 
ïyie , q ii il ne fortoit qu’âpres 
1 efprit , quand on continue le 
feu : ainfi ce qui efl dans Je 
Café de fidfureux onde buty- 
reux , refie enfeveJy dans fon 
marc. D’ailleurs quand on fu- 
poferoit qu’on prendroit avec 
le Café beaucoup de parties 
fulfureufes , il efl évident que 
ce foufre lié de fon propre 
flegme , de fon marc 5c de 
l’eau dans laquelle il efl dé- 
layé > quand on Je boit ne 
peut etre que fort proportion- 
ne aux efpnts animaux 5c pro- 
lifiques, aufquelsil efl con- 
fiant par 1 expérience qu’il ne 
donne pas des mouvemens 
irréguliers , ny -qu’il ne les 
diffipe pas comme fait le vin 
par fon fouffre l qui efl plus 
agité , plus inflammable 5c 

1 3 


î$>8 Traite' 

pins facile à fe feparerde fon 
phlegme 6c de l’eau meme. 

Mais pourquoy apeller à 
mon fecours les raifonnemens 
de la Médecine pour comba- 
tte 6c pour détruire l’opinion 
de {JAton fleur Simon Pauli ÔC de 
ceux qui font dans le même 
fend ment que luy pour le Ca- 
fé : eft ce qu’il faut pour cela 
d’autres raifons que celles que 
fournit l’cxperience ? En quel 
endroit du monde eft ce que 
l’excez de l’ulage du Café eft 
plus immodéré qu’en Tur- 
quie: 6c cependant d’où vient 
que l’on ne s’y eft jamais 
aperçu de ce mauvais effet 
qu’on luy reproche 5 6c qu’au 
contraire les endroits où l’on 
en boit le plus abondamment 
comme le Grand Caire , font 
ceux qui font les oins peuplez? 
I 


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/ 


du Café'. 199 

D ailleurs, d’où vient qu’O- 
Icarius eft le feul qui nous ait 
parlé jufques a prefent d’une 
particularité fi cohfiderable , 
ôc que Figueroa Am ballade ut 
du Roy d’Efpagne auprès de 
Schach Jbbai Roy de Perfe , 
qui a demeuré des années en- 
tières à Hifpahan avant qu’O- 
1 cari us y allât, n’en dit rien 
du tout ? La chofe n’étoit pas 
indigne de la curiofîté d’un 
auïïi habile homme qu’il étoit : 
pourquoy l’auroit-t’il tcuë,!uy 
qui dans la belle &c exa&e 
Relation qu’il a donnée au 
Public de fon Ambafïade, par- 
le du Café en ces termes, dans 
„ la page 307. Les Perles fe 
„ fervent du Cahua , pour là 
„ fanté & par delice , & ils le 
,, croyent très- propre pour 
l’eftomac. N etoit-ce pas là un 

I 4 


* 


çpi ; 

100 Trait e ; 

endroit fort naturel , apres 
avoir marqué comme il fait > 
les vertus favorables de ce 
breuvage , de parler de cette 
pernicieufe qualité qu’Olea- 
rius lu y impute, 6c particuliè- 
rement fi les Perfans en euf- 
fent été convaincus par une 
expérience auflî generale que 
la remarque de cét Auteur l’in- , 

linuë. Peut être que dans le 
tems que Figueroa fut en Per- 
le , qui-étoit plus de quinze 
ans avant Olearius , on ne s’y 
ctoit pas encore ap perçu de 
cette faculté du Café. Cela 
pourroit bien être , car de pa- 
reilles découvertes ont leur 
tems prefïx , aufli bien que 
toutes les autres qui arrivent 
dans le monde. Mais par quel 
cas fortuit feroit - t’il arrivé 
cjue Monfunr Tavernier ce fa- 



$ 




du Cap e\ ior • 

menx Voyageur , ruiifïe de 
nôtre Siècle , qui a fait de il 
frequens voyages en Perfe &C 
qui à fejourné fi long-temj 
après Figueroa ôc après Olea- 
rius , ne fe feroit pas avifè de 
nous en dire quelque chofe , 
lu y qui a remarque avec tant 
de foin jufques aux moindres 
fingularitez de tout ce qui Iuy 
a paru tant foit peu extraordi- 
naire : feroit ce qu’alors on 
s’étoit dèfabufè de l’opinion 
que l’on avoit fur cela duranc 
le lejour d’Olearius. Il n’y a 
nulle apparence, caries (im- 
pies n’ont pas des propriétés 
dans un tems pour les perdre 
peu après. 

Si la chofe dont il eft que- 
{lion n’ètoit pas d’une extrême 
importance , ce que j’ay déjà 
avancé , pour juftifier le Café 

i i 


ï 


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3r ° 






m *oi Traite' 

contre 1 opinion de Simon Pm* 

\ I " ffi * olt pour faire voir 
quelle e/l mal fondée , mais 
ia confequence coofiderable 

du fujccm oblige dinfiftcr en- 

core plus que je n’ay fait à /a , 
defcnce.Dans cette vuëi'aioû- 
tc a mes rai/ons precedentes > 
que II quelqu un de nos Euro- 
peensqutaeté en Perfe.adeu 

uTn ts ‘A7 erkaîI, s iie ^ 

t Y rT r c UH > on t attribuée 

«’eft a5 C V fanS Conteft ation , 

C eft Monfieur Bernier : fon t( t_ 

moignage pour cela vaudroir 
Cetuy de cent autre,. Il v a fe 
journé a fies de tetns /po^ 

? u " ne cc,Je particularité ne 
r c V tpasec ^> iur wut 

u elle avoitcté auiîi uni verfel- 
onem connuc quele Serre» 

Wuc ûes Ambailàdeurs dut 



rr 




du Café', £o$ 

Duc Je Holftein la écrit. Il 
cft grand Philolophe r extrê- 
mement curieux ôc très- bon 
Médecin , par la juge compe- 
tant dans une pareille ren-* 
contre. Il femble même que 
fa profeflion l’engageoit plus 
quun autre , à examiner la 
iource de cette malignité du 
Café r fupofé qu’il eut apris 
qu’elle luy étoit naturelle. Ce- 
pendant il eft tres-probable 
qu’il n’en a jamais ouy parler, 
puis qu'il n’en a point parlé 
luy même dans les Relations 
qu’il a données au Public de 
fes longs voyages. Bien loin 
de là > il nf allure par une de 
les lettres , dont on verrra la 
Copie à la fin de ce traité , que 
le Café n’eft gueres connu 
dans la Cote maritime de Per- 
ie de encore moins en l’erre 

I 6 j 


So4 Traite' 

Ferme : ce gui prouve à mon 
avis afTez clairement qu’Olea- 
rius n’a pas examiné avec afles 
d’exa&itude ce qu’il nous en 
a dit. 

D’ou vient enfin que de 
tous ceux qui ont parlé de la 
Perfe , foit avant quedes Am- 
bafladeurs cfu Duc de Holftein 
y fufient , Toit depuis qu’ils 
en font partis, aucun n’a dai- 
gné nous dire un feul mot 
d’une circonftance aufli nota- 
ble qu’efl: celle dont il s’agit. 
Cela fait voir infailliblement „ 
^ue cette opinion n’a jamais 
été fi commune parmy les Per- 
fàns qil’Olearius l’a marqué 5, 
& fuppofé qu’ils devin fient 
non feulement infenfiblesaux. 
plaifirsde l’amour, mais même . 
tout à fait impuifians , pour-. 
quoy n’en imputeroit-onpas 



DU C À F E'. 10J 

plutôt le fet à leurs grandes dé- 
bauchés 6c à l’excez avec le- 
quel ils prenent de l’Opium > 
de l’eau de vie 6c du vin 
meme, qu’ils ne font pas fcru- 
pule de boire , comme le font 
les Turcs, qu’au Café donc 
l’ufage n’eft pas fort commun 
parmy eux. Ne prenons donc 
pas le change , 6c n imputons 
point au Café une qualité 
nuifible qu’il n’a pas , pour 
luy dérober une partie des élo- 
ges que tant d’autres proprié- 
té advantageufes que per- 
fonne ne luy concerte , méri- 
tent h bien. 

Dans la vingt-neuvième 
page de ce traité , j’ay promis 
de donner au Public une Let-^ 
tre que le fameux Monfieur 
dernier a eu la bonté de m’é- 
crire au fujet du Café. Je fa- 


2.06 Traite' 

tisfaits à ma parole : la voicy, 
Ôn verra parmy les particula- 
rités qu’elle contient - que je 
ne me fuis pas trompé , lors 
que j’ay dit qu’affurement 
cette graine perdoit beaucoup 
de fa vertu, en s’évantant dans 
la longueur du tems qu’il faut 
pour la tranfporter du Pais 
d’oii elle vient jufques icy : 
outre q u ordinairement on fe 
fert de li méchante toile pour 
l’emballer , qu’il eft impoffible 
que fe fechant extraordinaire- 
ment , la plus grande partie 
de fa force ne s’exhale.. 

' ’ i!T i y . 1 > (' * V » - . ) 

•*- > *7 r* 

S . • 

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Vf U C A F H. 2QJ 

* / 

LETTRE. 

I\Æ Onsieur, 

“ J - • 

Je vous écris puis que vous 
le voulez tout ce que j’ay apris 
du Café fur les lieux même 
d’où Ton nous l’aporte où j’ay 
fait quelque fejour_ U n’eu 
vient que dans un feul petit 
canton du monde , à fçavoir 
dansrYeman,ou Arabie Heu- 
reufe.. Onl’aporte des Monta- 
gnes du Païs à Moxa , à Lou- 
haïa 6c autres Ports de mer 
qui font le long de la Côte de 
la mer rouge, doù on le char- 
ge fur de petites barques pour 
Gidda ou Zeyden , qui eft un 
port de mer de l’Arabie Petrée. 
dans l’Etat du Chen f de k 


108 T R A I T £' 

Meque, qui n’en eft éloignée 
que de fept ou huit lieues. Les 
Arabes en tran (portent beau- 
coup fur leurs Chameaux à la 
Meque pour cette efpece de 
foire qui s’y tient tous les ans 
à la Pâque des Mahometans : 
c’eft là que toutes ces gran- 
des & differentes Caravanes 
qui s’y trouvent alors , s’en 
chargent à leur retour cha- 
cune pour leur païs > mais la 
plus grande partie eft tranfpor- 
tée de Gidda à Suez , Port de 
mer à la tête delà mer Rouge, 
éloigné du Caire d’environ 
vingt-deux lieues , tant fur • 
deux Galeres , que fur fept ou 
huit groffes Barques, qui vien- 
nent là exprez d’Égypte tous 
les ans. Les Caravanes le tranf- 
portent enluite de Suez au 
Caire 3 d’où il fe répand par 


■v» " T ". 

DU C A F E*. 209 

tonte la Turquie ôt ailleurs 
julques à Marfeiile. 

P re fente ment les Anglois 
&; les Holandois , qui tous les 
ans viennent des Indes Orien- 
tales à MoKa dans la mer Rou- 
ge, à deux lieues du détroit de 
Babel-Mandel , en chargent 
beaucoup lur leurs Vaifféaux 
depuis que cette boilïon s’eft 
introduite en Europe. 

. L’on n’en ufe’ que très peu 
dans les Indes Ôt dans la Per- 
fe > il ne paiTe prefque pas les 
Ports de mer , & n’entre que 
peu ou point dans les terres > 
mais il fe répand , comme je 
viens de dire , par toute la- 
Turquie & tous les Turcs ne 
manquent pas d*en prendre 
tous les matins &; fur le foir 
ou chés eux , ou dans des 
lieux publics deflinez pour 


* 


no Traite' 
cela , deux où crois tafTes , fans 
conter ce qu’ils en prennent 
çà & là le long du jour ï car 
dans toutes les bonnes maifons 
l’Ibriq ou Coquemard de cui- 
vre où on le fait cuire eft ordi- 
nairement auprès du feu , êc 
ce feroit une grande incivilité 
dans les vi fîtes de ne pas pre* 
fenter le Café. 

Pendant un an &; demy que 
je démeuray £n Egypte , je ne 
m’accommodois pas fort de 
cette boifTon , mais lors que 
je fus dans les ports de l’Ara- 
bie Heureufè , à Louhaïa & à 
Moiea où je fejournay cinq 
•ou fix femaines : je la trou- 
vois excellente, quoy qu’on 
ny mift point de Sucre non 
plus que dans toute la Tur- 
quie, & j’en beuvois tous les 
jours avec plaiflr les cinq ou 

♦ 


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w- 


fWJJWPI 




i •' du Café' m 

| /îx taftes. Il eft hors de doute 

qu’il eft incomparablement 
meilleur là qu 'ailleurs , parce 
qu’il y eft plus frais. Il eft de 
ce petit fruit comme de nos 
Amandes 6c de nos petites fè- 
ves , qui à les garder perdent 
beaucoup de leur bon goût, 
fe fechent 6c s’évaporent : 
aufti eft ce pour cela que les 
Turcs le tiennent bien enfer- 
mé , & qu étant pilé , ils le 
eonfervent bien ferré dans des ’ 
fàcs de cuir. 

Je ne fçaurois vousidire Cl 
c eft une efpece de fève qui fe 
feme tous les ans comme les 
nôtres , ou le fruit de quelque 
arbrifteau : je ne trouve point 
cela dans mes Mémoires , ce 
que je puis vous dire de plus 
aftiiré , c’eft que ce doit être 
quelque efpece de Volvulus » 


\ 


Die 


lll T R A I T B' 
parce qu’il me fouvient tres- 
bien qu’on me dit qu’on le 
plante proche du Mouzé con- 
tre lequel il s'apuye 6c s’a cro- 
che. Or le .Mouzé eft ce que 
les Portugais des Indes apel- 
lent le Figuier d’Adam, à cail- 
lé de Tes feuilles qui ont quel- 
quefois une demie brade de 
long* 6c la moitié autant de 
large. 

, Pour ce qui eft de fes pro- 
prietez , je difois autrefois 
en Egypte qu il en étoit du 
Café comme du Tabac, que 
ce n’étoit qu’un amufement 
des Turcs , qui la plufpart du 
tems ne fçachant que faire, 
non plus que la plufpart de nos 
Marchands qui font dans ces 
Pais la, s’en vont une ou deux 
fois le jour pour fe divertir 
& pour caufer , s’afteoir aux 


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D IJ Ç A P tj t 
Ba 2ars Publies & ’ ir ? 

* a “é,po tlr fumer uîe 0 S l,C 

P'pes de Tabac X ? X 
c!eux 0l > trois rafles dttc r 

la" taffe^ 0 " mardlé > que 
pris <>ouc &■ n -, \ a y avoir 

mé & ^ ctre acoutu- 

nient J qu’i/ tr0UVe - : P^miere- 
quand^ n0Urnt bc aucoup. 

qua n da„ fflatlndansJcsv o P- 

«4\ «la v r n r^ ,ne bonne 

^Ptoulmirk US °j tlenc pour 

c r C“Kr*‘ 

courrier nv L 1 ! 1 )' a,, y 
re qui j ’air r me de & uer - 
Cafô \c t Z PC " C * 

Secondement 1 a fcte , t ,' 1 e - 


* 2,14 Traite' 
ôc étourdiflemens, ôcc. Trei- 
zièmement, qu’il efl: générale- 
ment meilleur aux gens froids 
6c flegmatiques comme fontv 
la plufpart des Turcs qui man- 
gent peu 6c qui ne boivent pas 
d’ordinaire de vin , qu a ceux 
qui font d’un tempérament 
chaud 6c maigres : car quoy 
qu’il ferve fouvent à ces der- 
niers , nçanmoins comme il 
efl: un peu aftringent 6c fec , il 
les échaufe 6c leur nuit à'ia 
fin , principalement s’ils en 
font un grand uiage. 

Voila àpeu prés, Monsieur, 
tout ce que je fçay du Café 5 
cardeluy aller donner toutes 
ces grandes vertus que la. nou- 
veauté plutôt que la vérité ou 
l’experienée lu y atribuë > je ne 
fuis pas homme a cela , 6c je 
ne fuis plus Médecin qui aye 


-t « y 1 f t 


.4 


du Café'. zi$ 

befoin de quelque amufcment 
nouveau pour Tes malades : 
ce n’eft pas là ce Quinquina , 
ce miraculeux Fébrifuge , ce 
divin remede que les Hipo- 
crates auroient pour ainfi di- 
re adoré s’ils l’avoient connu. 
Jamais les anciens n’ont pu 
afïurer à un malade ce que 
nous pouvons faire prefente- 
ment , apres trois ou quatrç 
pri fes de ce remede , vous 
n’aurez plus la fièvre, vous 
mangerez avec appétit , vous 
ferez guery > mais laiffons là 
le Quinquina , ce n’efl pas 
ce que vous me demandez & 
revenons au Café. J’oubliois 
à vous dire qu’il doit y avoir 
une adreife particulière à le 
torréfier 5 car je me fouviens 
que dans le tems que j’étois 
au Caire , qui eft le lieu du 


t - 

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V 


i \6 Traite' 

Levant où il s’en boit le plus , . 
il n’y avoit que deux hommes Y 
qui fu lient en réputation pour 
cela. Je voudrois pour votre 
fatisfaétion vous pou voir four- 
nir des éclairciflemens plus 
précis , h j’avois cru qu’un 
jour le Café eut pu me pro- 
curer le plaifir de vous en fai- 
re , j’en aurois fait de plus 
grandes recherches. C’eft de 
quoy vous devez- être forte- 
ment perfuadé , aulîi bien que 
de la palfion avec laquelle je 
fuis &c. 


Tin du Traite du Café ; 



AVIS 


✓ Sur les Traitez 

DU THE', 

ET DU 

C H OG-0-t AT E. ■« 


Prés avoir fini le 
Traité du Café} — 
pour fatisfaire à 
t engagement ou je 
me finis mis par le titre de ce 
Livre , je dois encore parler 
du Thé ft) du Chocalate . Pour 
reujfir dans ce dejfiein , il me 

K 



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r*i8 avis 

faudroit faire me courfe en la 
Chine ftj en l'Amérique , qui 
nous fourmffent l'un fê) l'au- 
tre. Mais comme ces Pais ta 
font des terres auflrales pour 
moy y je crois que fans mex- 
pofer aux foins fê) aux nfques 
des ^voyages de fi long-cours ; 
je feray mieux de confulter 
fur les chofes que je njeux 
fça<voir , des gens habites qui 
ont été fur les lieux. Ils pour- 
ront minflruirc de tout ce qu'ils 
y ont apris 3 touchant la natu- 
re fè) les qualitez.de cette feuil- 
le fg) de cette compofition 3 fjtfi 
me donner par la le moyen d'en 
inflruire auffi les autres. Le 
R. P, de Rhodes , & Nieuhojf 



AVIS. 119 
m qui ont ^voyagé fg) fejourné 
long-tems à la Chine > réap- 
prendront tout ce que je pour- 
rois apprendre du Thé , quand 
même firois men informer à 
Peking ; fé) Thomas Gage qui 
a couru î Amérique pendant une 
douzaine d'années , me dira 
fur le Chocolat , tout ce que 
men pourraient dire çeux qui 
en connoijfent plus parfaitement 
les propriété^, fi fallois les en 
quejiionner à Mexico . T) ailleurs 
Marradon 3 Colmenero 3 Mede- 
cins Efpagnols qui en ont écrit 3 
fê) Moreau Médecin François , 
qui a traduit commenté leurs 
Ouvrages , me communique- 
ront ce quils en fça^vent. Par le 

K x 


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210 AVI S. 

fe cours des uns ÿ) des autres *, 
je me tireray de la necejjîté d al- 
ler aux Indes Orientales &) Occi- 
dentales . Ce fl fans doute un 
grand foulagement pour moy > 
de trouver des aides fl favo- 
rables , qui me fournirent fans 
fortir de mon Cabinet , dequoy 
. donner au Public ce que je luy 
ay promis . Mats ce foulage - 
ment a fes peines : il faudra 
que je voye les chofes de leurs 
ytux , que fen juge comme ils 
en ont jugé , que j’en parle 
comme ils en ont parlé : en un 
mot > il faudra que je fois pla- 
giaire en la plufpart des chofes 
que je diray. le préviens par 
l ingénuité de cét aveu , le re- 


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AVIS. tu 

proche quon pourroit ni en fai- 
re. Ce que fajouteray dans les 
fujets que je traite , à ce que nom 
en ont déjà dit les Auteurs qui 
en ont parlé 9 ne fera pas confi- 
derahle : mais du moins on y 
trouvera un ordre quaucun 
d eux ne s'ejl encore a<uisé de 
leur donner , fë) peut être mê- 
me quon gryoïtera que de ces 
matériaux qui fe trouvent ail- 
leurs difperfe^ ft) tout à fait 
hors diceu^vre , fen ay fait un 
batiment afés régulier . 


K 3 


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4 Æ 4 

Jl . - 

?J9 . æStM 


--5 


D U T H E'. 





Chapitre I. 



JDe la nature du The\ de fin nom , 
des lieux d'où il vient & de 
f ancienneté de fin ujage. 

— %vf ! E Tître que 
p g ' j’ay donné à 

MJ '‘ce Livre , 8c 


y a entre le 
Café 8c le 
, m’invite après avoir 


K 4 




124 T R A I t'e' 

examiné exactement jufques 
icy la nature 6e les vertus du 
premier , de traiter mainte- 
nant de l’effence 6e des qua- 
lités du dernier. Les Pais 
étrangers nous ont donné 4’un 
6e l’autre. C’eft à l’Arabie que 
nous devons le Café 6e à la 
Chine que nous fommes re- 
devables du Thé. Leur goût 
eft également amer. Ils ont été 
connus en Europe prefqueeft 
même tems : on les boit tous 
deux auffi chaudement qu’on 
le peut foufFrir , 6e l’experien- 
ce aufli bien que les récits 
que nous en font ceux qui 
en ont écrit , leur attribuent 
a peu prés les mêmes effets. 
Il y a pourtant entre eux cette 
notable différence que le Ca- 
fé eft une graine , 6t le Thé 

O 7 

une feuille. La Méthode donc 


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Du The'. 115 

je me ferviray pour parler de 
celuycy » fera la meme que 
celle que j’ay obfervée pour 
parler de l’autre , quoy que 
nos decouvertes pour le Thé 
ne foient pas encore allées fi 
loin que celles que nous avons 
faites pour le Café , dont l’u- 
fage nous eft bien plus fami- 
lier que celuy du Thé. 

Le Thé eft une feüilie qui 
vient dans la Chine St dans 
le Japon. Les Chinois l’apel- 
lent Thée , les Japonois St les 
Indiens Cha ou Tcha y les Tar- 
tares St les Perfans Tay ou 
Tz>ay , St les Européens Thh ' 
On la fait fecher pour la tranft 
porter en Alie St en Europe. 
L’Arbrilfeau qui le porte, dont 
la figure eft au commence- 
ment de ce Traité , eft fi peu 
connu de nos Botaniftes > qu’il 

K j 


ut Traite' 
eft ce me femble de la pru- 
dence , avant que de dire au 
Public les lentimens que j’en 
1 ay , de leur apprendre ce 

* que les Voyageurs nous en 
ont raporté. 

L’Auteur du Livre intim- 
ité j l’Ambaftade des Provinces 
unies * vers l’Empereur de la 
Chine, imprimé à Leyde i 6 y 5 . 
* Nieu . * dans la defcription qu’il fait 

iiC)J * de cet Empire, parlant du-Thé 

aidansla page 74. dit. Les plus 
* «excellentes feuilles de cha. 
5 >ou de Thé, le trouvent dans 
»h Province de Kiangnon, 6c 
spécialement prés la Ville 
«Hœicheu. Cette feuille eft 
«petite & toute femblable à 
«celle qui produit le Sumach 
«des Conroyeurs ; je croy 
«prefque, que c’en eft même 
' «une efpece ; toutesfois el te 






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î) u T h e\ iiy 

n c ft pas fauvage, mais do-« 
meftique 6c cultivée > ce« 
n’eft pas aulli un arbre , mais« 
un arbrifleau qui s’étendent 
diverfes petites branches 6c t 
jolis rameaux. Sa fleur apro-<c 
che fort de celle de Sumach« 
hormis que celle de Cha tiret 
davantage fur le jaune. Ellet 
pôufle en Eté /a premières 
fleur , qui ne fent pas beault 
coup , 6c fa baye de verte £c 
devient noirâtre > fes bran-t 
ches (ont vêtues de fleurs^ 
blanches 6c jaunes , dente-“ 
lées 6c pointues depuis le bas cc 
jufques au haut. . «c 
Pour faire le breuvage de tc 
Cha tant eftimé par les In- tc 
diens , on ne recherche que« c 
la première feuille qui naît tc 
au Printems , qui eft àuifl la 4 * 
plus mole > & la plus doit- ** 

K 6 



xi8 Trait e' 

„ca te. Ils la cueillent avec 
«beaucoup de foin, l’une apres 
«l’autre de feparement , puis 
«ils la font chauffer tout aul- 
«fi- tôt un peu de tems dans 
«un coquemard à petit feu 
«& lentement , de l’envelo- 
«pent dans un matelats de 
«toile de coton bien fine , de- 
«liée de unie, la pouffant de 
«remuant avec les mains : ils 
«la remettent fur le feu , étant 
«ainfi envelopée , de la fro- 
«tent pour Ja fécondé fois , 
«jufgues à tant qu’à force de 
«de s’entortiller de de s’apelo- 
«toner , elle foit enfin tout 
«à fait feiche. Après ils la 
«ferrent pour la plufpart en 
«des vaiffeaux d’étain , qu’ils 
«bouchent de feellent très- 
«bien, de peur que la fubftan- 
«cc de qualités trop fubtifes 


V 


■ - -^rgy- 


N 


du The'. 229» 

ne viennent â s’évaporer : cc 
car après l’avoir gardée fort 44t 
long-tems, fi on la jette en 44 
1 eau bouillante, elle reprend 44 
/à première verdure , s’étend 44 
ôc fc dilate, Ôc fi elle eft bon- 4 * 
ne , elle donne à l’eau un 44 - 
go ùt <k une odeur agréable 44 - 
ôc une teinture verdâtre. «• 

- Les Chinois luyont don- 44 
né divers noms félon la di- 44 
verhte des lieux où elle croit 44 
ÔC des vertus quelle peut 44 : 
avoir. Comme celle de Hœr- cc 
chcu eft la plus excellente, 44 
aulîi 1 ont-t ils nommée Slun~ Ci 
gocha & ils la valident par 4c 
fois 150. francs la livre. Sa 44 
femence noirâtre jettée en 44 
terre , produit au bout de 44 
trois ans de jolis arbrifleaux 44 - 
de la hauteur de nos^groi-^ 
feliers ou rolîers > dont on.<<- 






1 






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Traite' 

,,faic tous les ans unetres-rî- 
„che recoke : les neiges 6c les 
«grêles n’étant point capa- 
bles de l’empêcher parleurs 
«rigueurs i de forte que je 
«me perfuade qu’ûn pourroit 
«ai fe ment cultiver cette plan- 
ète en notre Europe fî on 
«femoit de fa graine en quel- 
«que lieu ombrageux 6c fer- 
tile. --Ov 

Le Pere de Rhodes dans fes 
voyages qui! a donnez au 
jour en fait cette defcription: 
«Le Thé eft une feuille gran- 
«de comme celle de nos 
«grenadiers , elle vient en 
«des arbnfleaux femblables au 
«Myrte. Il n’y a dans tout le 
y monde que deux Provinces 
«de la Chine ou elle fe trou- 
«ve : la première eft celle de 
«Nanquin > ou vient le. meil-~ 


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r J*? » 


*> ; » Th b'. 131 

leur Tire , qu ils appellent» 
ch a : 1 autre eft la Provin-» 
ce de Chincheau. La recol-» 
te de cette feuille de fait en» 
ces deux Provinces avec le» 
même foin, que nous faifons» 
nos vandanges : l'abondance» 
en eft fi grande , quelles» 
en ont allés pour fournir le» 
refte de la Chine , le Japon , 1 * 
le Tunquin , la Cochin-» 
chine &; plufieurs autres». 
Royaumes^ où fufage du». 
Thé efl fi ordinaire , que» 
ceux qui lien prennent pas* 
trois fois^jour , font les» 
plus modérez. Plufieurs en» 
prenent dix ou douze fois ,» 
ou pour mieux dire à toutes 
heure. 

Quand cette feuille efi» c 
cueillie, on- la fait bien fe-« . 
cher au four r puis on la fax* 




i.n Traité' 

* 

«me dans des vales d’étain 
«bien bouchez , parce que Ci 

«elle s’-é vante elle eft perdue 

0 > c r . 

«et n a aucune force , comme 

«le vin qui eft é vanté. Je 

«vous la 1 lie à penfer Ci McC- 

«fieurs les Holandoivont bien 

«loin de cela quand ils la yen- > 

dent en France, 

Tulpiui Médecin d’Amfter- 

dam dans les Obfervations- ' 

Medecinales livre 4. chapitre 

j p. parlant de cette herbe en 

«dit cecy de particulier. Il n’y 

«a rien de plus ordinaire aux 

«Indes Orientales, que lebreu- j 

«vage qui Ce fait d’une de- *> 

«coclion de cette plante que \ 

«les Chinois nomment Thé,ôc | 

«les Japonois Tchia , de la- 

«quelle je ne feray pas diffi- 

«culté de donner à la Pofte- . % 

«n:é 3 toute la connoiiTancç 1 

^ . v « 



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Du Th e'. 135 

que m’en ontapris ceux quiet 
ont eu le fouverain com-« 
mandement dans ces païs-là.cc 
Comme donc cette plante a« 
fes feüilleslonguetes , poin-« 
tues êc dantelées en fa cir-ec 
conférence, aufli a t’elle d’au-« 
tre part fes racines fibreufescc 
& partagées en très petitesec 
particule s, & ne croît pas feu-cc 
lement dans la Chine 6cdans« 
le Japon 5 mais aufli dans« 
chiam , ou Siam : cepen-<c 
dantil y a cette différence ,« 
que les feuilles de la Chi-« 
noife font d’un verd brun,«- 
tirant fur le noir 5 & celles** 
de la Japonoifc font d’un, verd «• 
plus pâle ou décoloré , &<c 
d’un goût plus agréable. Ce<« 
qui eft aufli caufe que le< c 
Tchia du Japon efl de beau-« 
coup plus eftimé que Je Thé« 


te 


^34 Trait e' 

«de la Chine , de forte qu’il 
«arrive fouvent qu’une -feule 
«livre de ce Tchia fe vend au 
«prix de cent francs. 

Il paroît quelque différence 
dans les fentimens de ces Au- 
teurs fur le Thé , car Nieuhoff 
qui nous a donné la Relation 
de l’AmbafTade de la Chine , 
dit qu’il n’en croît que dans 
deux Provinces de ce Royau- 
me là , ôc point du tout ail- 
leurs. Le Pere de Rhodes affure 
au contraire , qu’il en croît 
aufli au Japon £ Sc Tulfitis 
écrit qu’il en vient encore du 
Royaume de Siam. Cela eft 
de peu d’importance , le prin- 
cipal feroit de fçavoir fous 
quelle efpece de plante le Thé 
doit être rangé , ôc cela eft tres- 
dificile , parce que nous n’en 
avons encore veu que la feüil- 


du The' Z35 

le feche , fans graine , fans 
fleur 6c fans racine. Nieuhojf 
panche à la ranger entre les 
efpeces de Sumach , qui eft un 
arbrifleau connu dans ces pais. 
Gafpard Bauhin dans Ton Pi- 
nax , le met entre les efpeces 
de fenouil. Bonttws dit que le 
Thé , efl: une petite herbe , 
dont les feüilles dentelées ref- 
femblent à la petite confoude. 
Simon Pauli dans fon Traité de 
l’abus du Tabac 6c du Thé , 
tâche d’établir que ce dernier 
n’effc pas particulier à la Chine 
6c au Japon , mais que c’efl 
une plante connuëdans toute 
l’Europe : fçavoir celle que 
l’on appelle en Latin Chama- 
leagnm ou Myrtus Brabantica » 
en Allemand Poft » en Fran- 
çois Piment Royal , en Danois 
P or s y 6c en Flamand GageL 


13 <> T R A I T E' 

La differtation qu’il fait la 
deiTus , eft trop longue pour 
la raporter dans un petit Trai- 
té : j’y renvoyé les particu- 
liers qui voudront être in- 
formez de ce qu’il en écrit , 
me contentant de dire que 
peu de perfonnes ont été de 
fon avis , parce que ce n’effc 
pas afTés d’examiner la relfem- 
blance extérieure des feuilles 
d’une plante pour en établir 
l’efpece 5 mais qu’il faut en- 
trer dans des autres conlide- 
rations pour en juger avec 
plus de fureté. Sur le prin- 
cipe de ce Docteur , on pour- 
roit bien aufîi mettre le Thé 
fous le genre du Sumach ou 
de la Betoine , parce qu’il leur 
refTemble. Mais je crois que 
iniques à ce qu’on en ait pris 
de plus grands éclairciire- 


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du Th e'. 137 

mens, la chofe doit demeurer 
indecife. D ailleurs cet Auteur 
fe détruit luy meme parce 
qu’il raporte que les Païfans 
des Pais Bas mettent de ce 
Chamæleagnus dans la biere 
pour la rendre plus forte 6c 
plus propre à enyvrer 5 ce qui 
eft entièrement opofé au Thé, 
dont une des principales qua- 
lités eft de defenyvrer. 

Maginus dans fes commen- 
taires Géographiques, dit que 
les petits Tartares qui fe nour- 
riftent mal , qui boivent de 
l’eau , du lait , 6c d’une boif- 
fon qu’ils font du millet, ôc 
qui s’abandonnent à l’excez 
du vin quand ils en peuvent 
avoir : pour remedier à tou- 
tes les facheufes fuites que 
pourroient produire leurs ali- 
mens 6c leurs breuvages, fe 


.2,38 Traite 

fervent de differentes herbes 
qui crolifent le long du Ta- 
naïs , 8c entr’autres d’une dont 
ils font grand état , quils 
apellent Baltracan. Elle les 
nourrit 8c leur donne de la 
vigueur. Dés que fon fruit 
paroit , ils abandonnent leurs 
campagnes incultes 8c * vont 
chercher cette plante , dont 
ils font la plus grande provi- 
lion qu’ils peuvent. Ils en font 
un fi grand cas, que quand 
ils n auraient antre chofe à 
manger , elle feule leur fuffit. 
Simon Pauli qui s’eft imaginé 
que le Thé croiffoit parmy 
eux comme à la Chine , a cru 
qu’ils n’en faifoient point d’é- 
tat, puis que Maginu» ne nous 
dit point qu’ils s’en fervent. 
Mais ce n’eft pas- dans cette 
Tartane qu’il le faut cher- 


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du The'. 239 
cher : la Tartane elt d’une 
prodigieufe étendue, Sc con- 
tient plufieurs Climats diffe- 
rens. Ceux qui ont écrit qu’il 
y croifloit du Thé , 'l’ont en- 
tendu de la Tartarie Septen- 
trionale , voifine de la Chi- 
ne , d’où font fortis les Peu- 
ples qui ont conquis ce vafte 
Royaume. Nos Géographes 
anciens apelloient ce Pais là 
le Cattay , mais nos Moder- 
nes ont découvert , que ce 
qui s’apelloit ainfi en Alie , 
n’étoit autre chofe que la 
Chine Septentrionale. Il eft 
donc encore incertain fi le 
Thé croît en quelques en- 
droits de la Tartarie , puis 
que ce Pais là nous eft fort 
inconnu. 

Plufieurs de nos Ecrivains 
doutent fi- c’efi: un arbrifleau 




D 


140 Traite' 
ou Amplement une plante qui 
nous donne le v Thé. Il y en 
a qui croient que c’eft une 
herbe médiocre , puis que fes 
feüilles ne font point épaif- 
fes , qu’elles font odorantes ôc 
qu’elles communiquent tres- 
facilement leurs qualités à 
l’infu Aon qu’on en fait : mais ' 
ceux qui ont été fur les lieux 
nous ayant alluré que c’eft un 
arbrilTeau nous bayant dé- 
peint tel dans la figure qu’ils 
nous en ont donnée , ce feroit 
à mon avis s’éloigner de la 
raifon que de ne le pas 
croire. 

L’ufage du Thé femble 
n’être pas fort ancien dans la 
Chine * puis que leurs vieux 
Livres n’ont point de Caraéte- 
res pour en exprimer le nom , 
domine en ont toutes les autres 

chofes 

\ . 

\ 


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rrf- Tl '*?'**•" 


du Th eV 2.41 

chofes qui leur font connues 
depuis long- teins. Simon Failli 
croit qu’il y a feulement été 
introduit depuis que les Tar- 
tares s’en font rendus les maî- 
tres : ce qui arriva en l’an- 
née 1644 dequoy il y a bien 
peu d’apparence , puis que 
nous le connoiflîons en Euro- 
pe même déjà dez le com- 
mencement de ce Siecle. Bau- 
hin que j’ay cité en fait men- 
tion dans ion Pinax imprimé 
dez lan 1613. Ce font les Ho- 
landois qui nous l’ont aporté 
par leur commerce dans le 
Japon &. dans la Chine. Sur- 
quoy il efb curieux de remar- 
quer une œconomie qui leur 
ed ordinaire pour ce négo- 
ce, qui nous fera compren- 
dre , qu’ils nous le pour-: 
roient laiifcr en Europe à aulli 

L 


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24L Traite' 
bas prix qu’on le vend fur les 
lieux d’où il vient , & ne pas 
laiffer d’y gagner beaucoup. 
C’eft qu’ils ne l’achetent que 
rarement argent contant,* mais 
qu’ils le troquent tres-fou- 
vent contre des marchandifes 
qu’ils portent de l’Europe &c 
qu’ils font paffer à des prix 
qui leur donnent des profits 
extraordinaires, entr’autres de 
la Sauge , qui ne croit pas 
à la Chine. Ils en font l’élo- 
ge comme d’une herbe dont 
les vertus font extraordinaires 
pour une infinité de maladies 
aufquelles les Chinois font 
liijets. Et en effet ils s’en 
trouvent parfaitement bien , 
tellement que perfuadez par- 
tie par ce qu’on leur en dit , 
& partie par leur propre ex- 
périence , ils ne fe font aucu- 



* t * ‘ * * ' 

du Th je\ 243 
ne peine de donner ordinai*. 
rement deux livres de Thé 
pour une livre de Sauge. Ce 
qui fait connoître les avanta- 
gesconhderables que leur pro- 
cure ce négoce & les moyens 
quils auroient de faire grand 
marché ,du Thé s’ils le vou- 
loient. 

^ - Chapitre IL 

Du choix du Thé , des Pays ou 
il cfl en ufage & de lu ma- 
nière de l'aprêter, 

y • 

U Ne des précautions la 
plusnecelfaire pour avoir 
du bon Thé , eft de le choifir 
le plus recent qu’on le pourra 
trouver : pour être recent , il 
faut qu’il foit verd obfcur. Si 
nous en recevions de celuy 


\ 


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' ) - 

244 Traite 

que les Chinois tiennent pour 
excellent , il donneroit à l’eau 
dans laquelle on le fait infu- 
fer une couleur verdâtre , à 
ce que dit Monfieur Taver - 
nier dans fa Relation du Tun- 
quin 5 mais il ne nous en 
vient point de cette*qualité * 
6e celuy qu’on nous aporte 
ordinairement teint fon infu- 
fion en jaune. Il faut qu’il 
foit amer 6e qu’il ait une 
odeur douce 6e agréable-, fort, 
aprochante de celle de la vio- 
lette. Dans les Païs même qui 
le produifent on fait grande 
différence de Thé à Thé, 
6e le prix s’y réglé par fa 
qualité. Il y en a dans le Ja- 
pon , à ce que nous difent les 
Auteurs , qui s’y vent cent 
francs la livre. Monfieur Ta- 
ycrnicr porte la chofe bien 


Digitized by 


. du The'. i4f . 

plus avant , car je fçay de luy- 
même , de fi je ne me trom- 
pe Tes Relations le marquent s 
quil en a veu vendre jufques 
à cinq cent francs la livre : il 
efl; vray qu’il dit que ce n’efl 
pas de la fcüille , mais de la 
fleur , qui efl: refervée pour 
la bouche des Princes , à 
. caufe dequoy quelques-uns 
l’apellent The Impérial. Ap- 
paremment nous ne fçavons 
en Europe ce que c’eft de ce- 
luy de cette forte , du moins 
chés les particuliers. Sa cou- 
leur efl: d’un verd beaucoup 
plus clair que le commmun. 

Il ne faut pas douter que fes 
effets nefoient aufli beaucoup 
plus fenfibles de fon goût plus . 
agréable. Ceux qui veulent 
conferver le Thé , doivent 
bien prendre garde qu’il ns 

L 3 


Traite' - 
s’évapore , s’il le fait il pert 
tonte fa vertu aufli bien cjue 
le Café. C’eft pour cela qu on 
a grand foin de le renfer- 
mer dans des vafes d’étain les 


mieux bouchez qu’il eft pofli- 
ble, afin qu’il ne prenne point 
d’humidité 6c qu’il ne s’éven- 


te pas. 

Le Thé eft en grande ré- 
putation 6c en grand ufage 
dans la Chine , dans le Japon % 
•dans le Tunquin 6c dans la 
Tartarie , d’où il a pafle dans 
les Indes 5 dans la Perfe 6c 
dans la Turquie , pù pourtant 
il s’en faut bien qu’il foie d’un 
ufage aufli commun que le 
Café. Pour ce qui eft de nô- 
* tre Europe , il eft en grande 
vogue 6c en grande eftime 
en Angleterre : on peut en 
juger par le nombre des lieux . 



. D U T H E'. 147 

publics deflinez à en vendre , 
qui à Londres feulement vont 
au delà de trois mille. On a 
été obligé quelquefois de les 
faire fermer , parla mêmerai- 
fon qui fit que Ton défendit 
il y a quelques années les Ca- 
barets à Café : ce que je ne re- 
dis pas pour éviter une répé- 
tition inutile 6c par confe- 
quent ennuieufe. On fait 
aufli ailes de cas du Thé en 
France , en Holande , en Ita- 
lie : mais peu ou point en Efpa- 
gtie 6c en Alemagne , où les 
Peuples ne font pas fi curieux 
des nouveautés , 6c fe tien- 
nent à leurs anciens ufages. 
Les Al'emands au vin 6c à la 
biere , 6c les Efpagnols aa 
Chocolaté 6c au vin : le Thé 
ny le Café n’étant pas beau- 
coup connus parmy eux. 

A T 1 

i- 4 * 


4 


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V • 

248 Traite' 


Pour ce qui eft de la ma- 
niéré d’aprêter ie Thé & de 
le prendre , elle n’eft pas fort 
differente de celle du Café , 
ft ce n’eft que le Thé étant 
line feüille & par confequept 
1111 corps plus ouvert & moin* 
folide que le Café qui eft 
une fève , donne plus facile- 
ment fa teinture a l’eau 
& a moins befoin d’êtrp 
boüilly. 

Voicy la maniéré dont les 
Chinois fe fervent pouracom- 
moder le Thé 3 à ce que dit le 
n Vere de Rhodes. Vis font bouillir 
„de l’eau dans un vafe bien 
pet , quand elle bout bien ils 
3,1a retirent du feu & y mettent 
„de cette feiiiile félon la pro- 
portion de l’eau 5 c*eft à di- 
„re le poids d’une demy dra- 
? ,gme de Thé , fur un bon 


4 


1 



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J 


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Diç 


V ^ ; : 

* . " 

• ; j 

* du The 7 . 14? 

verre d’eau. Ils couvrent biencc 
* le vafe , 6c quand la feüillecc 
va au fonds de l’eau , c’efttc 
pour lors qu’il eft tems de<c 
la boire > parce que c’eft Iors<c 
que le Thé luy a communi-t« 
que fa vertu , 6c la rendues 
rougeâtre. Ils la boivent la^ 
plus chaude qu T ils peuvent >< c 
ft elle eft refroidie elle ne« 
fera pas utile. La même feiiil-cc 
le qui eft demeurée au fond« 
/ du vaze peut fervir une fe-< c 
conde , fois 5. mais alors on<< 
la laifte bouillir avec l’eau, cc 
Les Japonnois dit enco-^ 
re le même Pere , acommo-«- 
dent autrement le Thé , carte 
ils le mettent en pouffiere } «c 
puis le jettent en Peau boüil-tc 
lante * avec laquelle ilsava-tc 
lent tout. { Je ne fçay pas fi<* 
cette maniéré de le prendre * 

L S 


D 


» r 


1)0 T R A I T E* 

5 ,eft plus falutaire que la pre- 
mière : je me fuis toujours 
fervy & bien trouvé de cel- 
le qui eft commune parmy 
3 ,les Chinois : les uns & les 
3 , autres mêlent un peu de 
Sucre avec le Thé , pour 
en corriger l’amertume , qui 
p, pourtant ne me femble pas 
defagreable. 

Oleariu* dans fon. Voyage 
de Perfè , remarque qu’en ce. 
Païs la on y ajoute quelque 
fois en le préparant un peu 
d anis , ou de fenouil, ou bien 
quelques doux de Girofle. 

Suivant ces avis &. les 




5Î 

3> 


3 > 


épreuves frequentes que y en 
ay faites, pour faire deux bon- 
nes taffesde Thé, il faut pren- 
dre une chopine d’eau que 
l’on fera boüillir dans un co- 
quemar d’argent , de cyivre 


V ** 




du The'. 251 

étamé ou de terre vernilfée > 
& lors c] ue l’eau bout on y jet- 
tera environ une dragme de 
Thé , 6c en même tems on re- 
tirera le coquemar du feu pour 
le laifler un demy quart d’heu- 
re couvert , qui eft le tems 
necefTaire pour que la feüille 
foit allée à fonds , 6c que leau 
ait bien pris la teinture. Alors 
on la verfera doucement dans 
des tafles de Porcelaine ou de 
fayence , ou on aura -mis la 
grolTeur d’une noifette de Siw 
cre commun ou de Sucre can- 
dy > ou bien on tiendra le 
Sucre dans la bouche , com- 
me on a acoutumé de faire 
aux Indes, 6c l’on boira aulîî 
chaud que l’on pourra gorgée 
à gorgée , comme je la y dit 
du Café. 

On peut prendre le Thé à 

L 6 


~ l“l l!BT' 

ijt Traite* 
jeun , immédiatement apres. . 
le repas 6c à toutes heures x 
félon le but qu on fe propofe. 

Si c’eft pour abatre les va- 
peurs qui caufentles maux de^ 
tête, on peut en ufer avant que- 
d’avoir rien mangé. Si c’eft 
pour fortifier l’eflomac 6C pour 
ayder à la digeftion,on doit le 
boire immédiatement après le 
repas. 6c à moins qu’on ne 
veuille dormir, à quelque heu- 
re^ u’on le prenne, il ne fçau- 
roit être malfaifant.. 

Les Chinois ont leurs va- 
fes d’une efpece de Bol rougp 
ou de terre figillée > dans lef- ' 
quels ils font leur infufion * 

6c ils croyent quelle y e£b 
bien meilleure que dans d’au- 
tres : je ne fçay pas fi celaeft* 
mais je fçay bien que la figu- 
re m’en paroît. fort jolie ; on 


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du The': 

en jugera par le delfein que 
j en ay fait graver au com- 
mencement de ce Traité. Au 
defaut d’en avoir de cette for- 
te ce qui feroit affés difi- 
cile en ce Pais r on peut fe 
fervir de to u ce autre forte de 
pots* pourvoi qu’ils ne puif- 
fent point communiquer de 
mauvaife odeur y ny de mau- 
vais goût à l’infufion , 8c qu’ils 
foienn bien couverts. Je dis 
le même de leurs taffes de Por- 
celaines , quoy qu’à la véri- 
té fort jolies & fort propres 
à foufFrir les liqueurs toutes 
boüillantes fans échauffer les 
bords , quand on ne les rem- 
plit pas tout à fait , ce qui eft- 
commode pour ne fe pas brû- 
ler les lèvres : à quoy fe bon- 
nent tous les avantages qu’orr 
en peut recevoir , puis que 


! 


154 Traite' 

d’ailleurs , elles ne communi- 
q uent aucune vertu particu- 
lière à la decochon. Il ne faut 
préparer le The que dans le 
te ms qu’on le veut boire , car 
fon infufion étant réchaufée 
pert beaucoup de fa bonté. 
On fe fouviendra aufTi que les 
mêmes feuilles peuvent fer- 
vir deux fois de la maniéré 
que le Pere de Rhodes l’a ob- 
fervé. Il y en a qui préten- 
dent qu’il peut encor être bon 
plufieurs autres fois > en le 
laiflant relTecher : mais il eft 
certain qu’aprés la fécondé r 
route la force en eft diffipée , 
& qu’il ne vaut plus rien. Si 
ceux qui s’en font fervis en 
veulent tirer la derniere quin- 
teffence , ils peuvent l’emplo- 
yer en falade comme font les 
Holandois aux Indes , en y 

. v 


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du Th e'. 255: 

mettant de l’huile ôc du vi- 
naigre. 

Quand on le laide fecher 
après avoir fervy à une on 
deux infufions , il fe replie 
comme il etoit avant que d a- 
voir été mis en ufage. Ce qui 
me fait croire que les Chi- 
nois , qui luy donnent le pre- 
mier aprêt pour le garder 6c 
l’envoyer hors des lieux où il 
croît , ne le font.qué legere- 
ment bouillir dans l’eau , ôc 
tju’aprés ils le laiflent fecher à 
1 ombre , fans prendre la pei- 
ne , comme difent quelques- 
uns de nos Auteurs , de le 
rouler feüille à feuille , puis, 
que fe feehantilleur évité ce 
foin , fe roulant de foy- me- 
me. U me fembleque s’ils le 
pafloient dans le four , ils en 
^mporceroient tout le meii- 


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** *.'>■*: -t 


Traite" 

leur , comme nous le remar- 
quons dans les plantes que 
nous voulons conferver fe- 
ches , qui confervent bien 
mieux leurs propriétés ,, lors 
que nous les fechons à 1 om- 
bre , que fi nous les expofons 
au Soleil , ce qui feroit bien 
encore pis fi nous les pallions 
au four. Il ne faut pas s’éton- 
ner fi ceux qui nous donnent 
les Relations de leurs Voya- 
ges manquent fou vent de nous 
informer de quantité de par- 
ticularités 6c de circon fiances 
qui fe palfent dans le com- 
merce ou dans les Arts des 
Païs étrangers’: la plufpart des 
Voyageurs négligent de s’in- 
ftruire de leurs propres yeux 
de plufieurs chofes des Pais 
ou ils palfent : outre qu’il peut 
bien arriver que les Peuples 


du The 1 .* 2,57 
tiennent fecrets leurs petits 
tours de métier , 6e n’en par- 
lent qu’en termes obfcurs , ou 
même contraires à ce qu’ils 
pratiquent efFeélivement , par 
la politique qu’ils ont d’empê- 
cher les étrangers de profiter 
de leur fcience. 

Pour ce qui regarde la dif- 
ferente maniéré d’aprêter le 
Thé pour le réduire en boif* 
fon , entre les Chinois & les 
Japonais : voicy ce qu’en dit 
'Tuipius M:decin Hollandois 
dans fes Obfervations Mede- 
cinales. 

„ Quand a la façon de fe« 
fervir du Thé > il faut re-« 
marquer que les Japonois &cc 
les Chinois font bien difFe-« 
rens les uns des autres fur<c 
ce fujet j.veu que les pre-«. 
miers mettent le Thé eu« 


i 5 8 Traite' 

^poudre , la broyant fur une 
«pierre ferpentine , Ôc après 
«la démêlant bien avec de 
«l’eau chaude : mais les Chi- 
«nois la font boüillir dans 
«quelque liqueur , y ajoutant 
«feulement quelques grains 
«foit de fel , foit de Sucre 9 
«laquelle deco&ion encore 
«chaude , ils prefentent en 
«fuite fort courtoifement tant 
«a ceux qu’ils ont conviés 
«à manger , qu’ils \ traitent 
«chés eux , comme à tous 
«ceux qui leur viennent ren- 
«dre vifite : ce qu’ils font avec 
«tant de foin 6c une fi gran- | 
«de application d’efprit , que 
«même les perfonnes de la 
«plus haute qualité parmy 
«eux , ne s’en dédaignent 
«pas , au contraire ils pren- 
«lient à honneur de faire par 


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du The' 2.59 
leurspropres mains la deco-ct 
dion de cette herbe pourcc 
leurs amis , ou tout au moins<c 
de s’aider à la mêler 6c pre-« 
parer comme il faut, tenante 
expreffement pour cét effettc 
là dans le milieu de leurs« 
Palais , des chambres de re-« 
ferve , efqu elles il y a de« 
petits fourneaux faits aveccc 
des pierres les plus precieu-« 
f es & du bois le plus exquis, « 
le tout dédié en particulier^ 
à la fufdite préparation , gar-<c 
dant auffi curieufement danstc 
ces lieux là , les pots , tre-« 
pieds , entonnoirs , gobelets ,« 
cueilleres de autres pièces de« 
vailTelle de cette forte de<c 
cuifine , parfaitement bienct 
travaillées , à quoy ils de-«. 
penfent librement quelquescc 
milliers de eus , les tenante 


i6o Traite' 

^proprement envelopées 8 c 
„pliées dans des étofes de 
3 ,loye , &: ne les faifant voir 
5 ,qu’à leurs plus intimes amis. 

3 , Audi n’en îbnt-t’il pas moins 
5 , d’état que l’on feroit parmy 
3,nôus des diamans , des pier- 
res precieulês , 8 c des rangs 
3,ou colliers de perles de plus 
3,ha uts prix. 

Monjicur Tcncke ProfelTeur 
en Medecine a Montpellier, 
raporte dans Tes Formules de 
Medecine quelques autres ma- 
niérés non communes d’ufer 
„du Thé. L’on fefert * dit-il , | 

3, de cette herbe en plufieurs j 
„façons.Premierement en fub- 
„flàhce,quand étant fechej’on 
„ en donne une demy dragme 
„ ou une dragme* entière dans 
3, un verre d’eau tiede. Secon- 
dement endecoétionjl’on en 


Du The'. 161 

donne jufques à une dragme« 
de demy , en y ajoutant du £C 
fucre pour le prendre avec tc 
plus de plaifir , de on la boit« 
chaude. Troifiémement , en< c 
la diftilation dans le bain« 
Marie j avec les' eaux apro- cc 

Î >riées. Quatrièmement, l’on< c 
a met infufer jufques à une tc 
once de demi dans quelques 
*eau cordiale ou de bon vin« 
délicat, dont Ion en prends 
jufques à trois ou quatre^ 
cueillérées , en y ajoutant un« 
peu de Sucre. Cinquième-^ 
ment, ion en fait des extraits» 
que l’on met en pilules , la» 
doze eft jufques à dix grains.» 
Siziémement, l’on en fait des» 
parfums de la même façon» 
que l’on le fert du Tabac >« 
dans des tuyaux ou pipes,» 
pour les maladies froides de» 


i 6 t Trait e' 

„la tête , de la poitrine, ôc 
„pour la fluxion qui tombe 
„îurles narines. 

Chapitre III. 

i 

Des qualité z, du Thé four empê- 
cher le fommeïl. 

O N peut remarquer dans 
le Thé , aufli bien que 
dans le Café deux fubffances* 
differentes fur lefquelles rou- 
lent les effets qu’il produit , 
l’une volatile 6c fpiritueufe, 
qui fe reconnoic par fon odeur 
douce 6c agréable, qui fe com- 
munique par la moindre cha- 
leur à l’eau dans laquelle on 
l’infufe , 6c l’autre fixe 6c ter- 
re ftre , qui fe remarque par 
fon goût amer , âpre 6c aftrin- 
geant. Mais ce n’eft pas icy 
comme dans le Café , que la 



du Th e'. 263 

torréfaction excite les efprits 
&c les debarralfe du terrcltre. 
Dans le Thé il n’elt point be- 
loin de cela , la moindre Tor- 
réfaction le bruleroit : le Soleil 
qui elt le Pere des Plantes , 
a déjà fait fur cette feuille ten- 
dre , ce qu’on elt obligé de 
faire par le feu fur une graine 
telle que le Café. Il en exal- 
te fuffifamment les efprits, 
pour pouvoir les communi- 
quer à l’infulion qu’on en fait, 
èc en dilîipe autant qu’il elt 
neceflaire le phlegme , pour 
procurer de l’amertume a la 
partie terreltre , fans qu’il foit 
befom de fe fervir du mini- 
Itéré du feu. Ainfi il ne faut 
pas s’étonner s’il convient 
dans prefque toutes fe s quali- 
tés avec le Café , comme nous 
le remarquerons par l’examen 


1^4 Traite' 

• que nous ferons en fuite. 
Yoicy cependant les fentimens 
que Monfieur de la Chambre 
avoit du Thé , comme je l’a- 
prens par le Mémoire fui- 
vant , que l’on m’a commuai- . 
qué, * ... 

3> Comme il y a deux fortes 
„de vertus dans les drogues » 
„Iesmanifeftes Ôc les occultes, 
>,& que celles cy ne fe con- 
5 ,noilTent que par l’experien- 
„ce : nous pouvons aiïurer 
„ que le Thé n’a point de qua- 
ntité fecrete qui foit perni- 
3,cieufe , puis que dans l’u- 
3,fage ordinaire qu’en font 
„tous les peuples de l’Orient, 

„ ils n’ont point reconnu qu’il 
,, en eut aucune , & qu’au 
„ contraire ils croyent qu’ils 
„&>nt exempts de la plufparc 
5 ,des grandes maladies donc 

nous 


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du Th e'. 

nous fommes ataq ués , par le« 
bénéfice de cette plante fa-“ 
lutaire. « 

Quand aux qualitez ma-cc 
nifeftes , elle eft à mon avis« 
chaude au premier degré , 
féche au commencement du« 
fécond : car puis que nous« 
ne pouvons connoître les« 
premières qualitez des dro-‘ c 
gués que par le goût , 
que la faveur amere , la falée<c 
de l’acre , {ont les faveurs^ 
chaudes 5 il faut que le Thécc 
qui eft amer foit chaud : maiscc 
parce que toute l’étendue de<c 
1 amertume n’eft que depuis^ 
le premier degré inclufive-cc 
mentjufques au troifiéme 
fi l’on en excepte les Chi-« 
coracées : il s’en fuit que« 
le Thé , ayant la plus foible« 
amertume que l’onpuifle fen-«« 

M 


Traite' 

3 >tir , a au fiî le moindre de- 
35 gré de chaleur. Il eft vray 
3J qu’il peut échaufer davanta- 
3>ge par lagitation qu’il donne 
jjaux efpnts pour les rai Ton s 
jjque je diray : mais de foy 
3>il eft certain qu’il n’a pas plus 
3 >de chaleur que ce que je 
ajviens de marquer. 

Pour ce qui efl de la fé- 
3)cherefiTe, quoy qu’elle fui- 
3 jve les degrés du chaud dans 
3 îles chofes ameres qui font 
33 d’une fu bilan ce terreflre , 6c 
3 >que le Théfoit par confe- 
3} quent fec au premier degré , 
33 neanmoins j’eflime qu’il va 
jjjuf'ques au commencement 
a>ou au milieu du fécond par- 
afe qu’il efl un peu aflrin- 
3jgent,& que cette qualité 
sjdemande un furcroit de fé- 
vicherefTe. 


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D U T H e', 16 7 

Mais je ne confidere pas« 
tant le The par ces qualitezcc 
* a 5 que parce qu’il efl fortcc 
fpiritueüx Ôc qu’il a quelques 
conformité avec les efprits.« 
C eft pourquoy on fe fentcc 
tout réjoüy quand on l’a prisse 
& il fortifie toutes les partiescc 
où fe font les efprits , & c’efhc 
de là que je crois qu’il tire<c 
toutes fes vertus admira-<c 
blés j parce que toutes lescc 
fonctions du corps fe faifantcc 
par le moyen des efprits ,« 
il eft impofîîble qu’elles ne<c 
fe fafTent plus parfaitementcc 
quand les efprits fe font ren-<c 
dus plus puiflants. ce 

La chaleur ôc la fecheref.ee 
fe , outre que ce font des« 
qualitez imbecilles , commet 
dit Hippocrate , elles y fonte* 
en fi bas degré ôc font cor-«« 

M z 


* - ’ *• -TT* 

xtâ T R A I t e' 

„rigées par une fi grande 
^quantité d’eau , qu’il n’y a 
3) rien à craindre de leur part : 
fi le Thé caufe quelque 
„chaleur par l’agitation des * 
3 ,efprits , c’eft- une chaleur 
3, douce , conforme à la natu- 
relle, & qui n’eft point acom- 
5 ,pagnée des vapeurs, comme 
3 , celle que le vin a de coutu- 
J'.me de caufer. 

Ce qui a beaucoup fervi à 
mettre en réputation le Thé 
en Europe , eft la qualité qu on 
luy atribue d’empêcher le fom- 
meil , & de reparer les forces 
que la veille diflipe : car cela 
le fit rechercher par les gens 
d’affaires , par les Agens , les 
Ambaffadeurs , &: autres per- 
fonnes qui font obligées de 
veiller fou vent. On trouva 
qu’il ne manquent gueres de 


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du The'. i6$ 
produire cet effet s’il étoit re- 
cent & bien choifî. Les Voya- 
geurs qui nous donnèrent des 
Relations , confirmèrent ce 
que la renommée enavoit dé- 
jà publié 6c que l’experience 
juflifîoit. 

Le Perc Alexandre de Rhodes y 
que j’ay déjà cité en parle de 
cette maniéré. Si on prends 
le Thé après le fouper , ordi-« 
nairement il empêche le fom-“ 
meil : il y en a pourtant quel-« 
ques. uns que le Thé fait<c 
dormir , parce que n’abatànt«c 
que les vapeurs les plus grof-<c 
Tes , il laiffe celles qui fontte 
propres au fommeil.Pourmoy^ 

( continue -t’il ) j’ay experi-<c 
menté tres-fouvent , quecc 
quand j’étois obligé d’oüircc 
toute la nuit la confeffion decc 
mes bons Chrétiens , ce quic< 


< I 

170 Traite' 

varrivoit fréquemment , je 
m avoisqu’à prendre du Thé 
l’heure que j’eulfe com- 
mencé à dormir , je demeu- 
5 >rois toute la nuit fans être 
îJprefle du fommeil , &: le len- 
5 >demain jetois aulli frais que 
5’h j’eulTe dormi à mon ordi- 
naire. Je pouvois faire cela 
«une fois la femaine fans en 
>îêtre incommodé. Je voulus 
»une fois le continuer pen- 
dant fîx nuits confecutives y 
jjmais à la fixiéme je demeu- 
5>ray entièrement épuifé. 

Tulpius allure de même que 
la boilfôn du Thé , entre fes 
autres qualitez à celle d em- 
pêcher de dormir. Voicy ce 
qu’il en dit. Le Thé rend les 
„corps vigoureux & preferve 
des douleurs du calcul , ( auf- 
, 3 quelles on allure que dans 
l M y . 


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du The', ïji 

tes lieux d’où il vient perfon-c< 
ne ne Ce trouve fujet , ) 6c de« 
plus il guérit les douleurs de« 
tête , les enrhumûres , les« 
fluxions fur les yeux 6c fur lace 
poitrine , la courte haleine ,c« 
la débilité d’eflomac , leste 
tranchées de ventre , lalafli-ic 
tude , 6c le fommeil lequel ilte 
reprime fi évidemment , quecc 
l’on voit les perfonnes quitc 
boivent cette deco&ion , paf-cc 
fer quelques fois les nuitscc 
toutes entières fins dormir ,u 
6c vaincre fans aucune peinetc 
ny ennuy la necefîité d’ail-cc 
leurs prefque infurmontabletc 
du fommeil : car elle échauf-« 
fe modérément , 6c referrantcc 
l’orifice fuperieur de l’efto-u 
mac , elle bride 6c retient fnc 
bien les vapeurs neceflairesec 
à former le fommeil , qui« 

M 4 


z jl vTrait e' 
^s’élèvent d’embas, que ceux 
„qui défirent "d’employer les 
,, nuits a écrire ou à méditer, 
„ n’en reiTentent aucun em- 
barras ny empêchement. 

Oicar/us 6c plufieurs autres 
Voyageurs afl firent tous la 
même chofe , &. principale- ' 
ment en ce qui regarde fa ver- 
tu de tenir éveillé. La raifon 
de cela eft que le fommeil 
vient principalement de deux 
caufes , de l’épuifement des 
efprits & de leur repos. Par 
la prémiere , les efprits étanç 
difîipez , il n’y en a pas une 
quantité fuffilante pour tenir 
, en action les mufcles d u corps 5 
& c’eft de là que vient le fom- 
meil après la fatigue èc la lafïi- 
tude. Et par la fécondé , les 
efprits étant arrêtez dans leur 
mouvement par les vapeur? 


Digiti. 


j by Goog 


•v 


du Th e'. 2.7$ 

qui s’élèvent du bas ventre 
dans le cerveau , comme les 
rayons du Soleil font arrêtés 
par les nuages qui s’éleventdc 
la terre , il doit arriver necef* 
fairement , que les fens exté- 
rieurs où ces efprits ne bril- 
lent plus , celTeront de faire 
leurs fonctions & l’abandon- 
neront au fommeil .-.delà vient 
que la rofée la fraicheur 
d’un nouveau chyle entrant 
dans le fang , on s’endort fans 
peine, 6 1 principalement (I 
la première caufe eft jointe à 
la fécondé , comme il nous 
arrive à la fin de la journée 
après notre louper. Le Thé: 
empêche le fommeil en s’op- 
pofant à ces deux caufes , car 
par fa partie fpiritueufe > vo- 
latile & odorante il repare les 
efprits dilfipés , & par fa ver- 


174 Traite' 

tu diurétique il emporte par 
les urines une partie de la 
ferolité des alimens, en même 
tems que par fon amertume ÔC 
par fa féchereffe , il en diffipe 
8c abforbe l’autre partie. Peut- 
être aulfi que la chaleur actuel- 
le avec laquelle il eft beu con- 
tribue à cét effet. Un de mes 
amis ma alluré qu’il avoit re- 
marqué que quelques plantes 
de ce pais bouillies 8c bues 
chaudes produifoient le même 
effet : 8c entr’autres la Pulmo- 
naire de chefne , qu’on peut: 
accommoder comme le Thé >, 
mais elle elt beaucoup plus 
defagreable 8c plus aftringen- 
te , 8c à peine en pourroit on 
boire , fi après l’avoir fait 
boüillir on n’en jettoit la pre- 
mière eau. 


Du Th E r . 175 

Chapitre IV. 

De la vertu du The' , four la 
guerifon des maux de tête „ 

I L efï facile à préfumer que 
le Thé tenant éveillé en ra-* 
barantles vapeurs qui mon*»* 
tent naturellement au cer- 
veau, il doitaufli être bon aux 
maux de tête, qui fouvent ne 
viennent que de ces vapeurs 
ou des humeurs abondantes 
armées de pointes acres , qui 
dilatent par trop les vaiffeaux 
du cerveau , ou qui en pico- 
tent trop les membranes. Auf- 
fi eft ce un des principaux 
effets que nos Auteurs iuy 
atribuent. 

La Principale vertu du^ 
Thé , dit Le Pere de Rhodes 
cft de guérir de d’empêcher^' 

, M 6 


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tyè Trait e' 

„les douleurs de tête. Pour 
7) moy , continue - t’il , quand 
3 ,j’avois la migraine , je me 
„fentois fi fort foulage en 
^prenant du Thé , qu’il me 
3,fcmbloit qu’on me tiroit tout 
„mon mal avec la main : par- 
3, ce qu’une de les principales 
„qualitez , eft d’abatre les va- 
leurs grolîieres qui montent 
>,à la tête êc nous incommo- 
dent. Ole aii u* &; Tulpitu en 
conviennent auffi. Simon Pauli 
même qui a fait un Traité 
exprès pour le décrier , ne 
îuy contefte pas cette préro- 
gative. 

Il eft mêmecerrain que non 
feulement l’accez de la dou- 
leur ou la douleur prefente en. 
doit être foulagée , mais aufïi * 
quelles retours en doivent, 
prévenus h puifque l'a.-- 


D H T H E r . Ijj 

mertume legere de ce breuva- 
ge & Ion aftridion , ne peu- 
vent manquer de reiferrer les 
fibres de l’eftomac , & de per- 
fedionner fa fond ion pour 
empêcher qu’il n’engendre 
plus de crudités y qui font les 
fources de ces vapeurs groflie- 
, res àc acres. Pour ces deux fins 
il eft bon d’ufer du Thé , non 
feulement après le repas, mais 
auffi à jeun &; quelques jours 
de fuite : car on n’a pas remar- 
qué comme du Café , qu’il fût 
neceflaire de manger avant 
que d’en prendre.. 

Le Thé par la même* rai- 
son r a encore cecy de com- 
mun avec le Café qu’il defen- 
yvre &; repare les defordres 
que l’cxcez du vin. a fait dans 
le corps. 

Ûn dit que le Vue d'ALbt 


vi 7 S Traite' 

avoit a coutume de boire a la 
fin du repas un grand verre 
d’eau cju’il apelloit le Cafligœ- 
dor , parce que cela châtie les 
fumées du vin. On pourroic 
à plus } ufte titre donner cette 
épithéte a une tafte de The. 

Mon fleur de Bourges dans fa 
Relation de l'Evêque de Ber y- 
the à la Cochinchine dit que 
durant leur fejour à Sia?», après ' 
leurs repas , qui étoient pour 
l’ordinaire depoiflon, ils pre- 
noient du Thé, quon boit 
tres-chaudement avec un peu 
de Sucre , 8c qu’ils s en trou- 
voient fort bien, 8c comparant 
avec les effets du vin ceux 
que produit le Thé 5 quand 
on s’en ferten ces Païs-là , ou 
leftomac eft afoibly par la 
chaleur , 8c fa force combatuë 
par la qualité de la nourriture s_ 


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• • 

Tt U T H 275? 
on peut douter qui des deux 
doit obtenir la preference 
tant eette feuille , dont l’ufage 
efi fi commun de delà , a d’ex- 
cellentes proprietez , dont 1& 
plus remarquable efi: celle de 
defenyvrer. En quoy elle efi: 
bien differente de la plufpart 
des autres liqueurs dont u fie ne 
les hommes qui étant prifies 
avec excès leur ôtent ou leur 
affoibiifient la raifion , &; le 
Thé la fortifie &; la dégagé 
des vapeurs qui empêchent 
fes fondions. 

L’Auteur de rAmbaffade 
de la Chine , que j’ay déjà 
cité au commencement de ce 
Traité , afiure la même choie,. 
Le Pere Martiniu* dans fois 
. Atlas Chinois en convient 
aufïi. Antonio* Mufa Médecin 
de l’Empereur Augufie 3 atri- 


±8o T R A I T b' 

bue à la Betoine les memes 
propriétés que nous atribuons 
au Thé 5 6c fi on l’en veut 
croire elle guérit jufques a 
quarante 6c fept maladies , 
qu il nomme. En effet Tes con- 
formités avec le Thé fonttres- 
conliderables , 6c peut-être Ci 
nous en avions bien étudié les 
qualités y trouverions- nous 
des fu jets de nous repentir 
d’aller chercher fi loin ce que 
nous avons chés nous. Du 
.moins nôtre pareffe n’eft pas 
excu fable d’examiner fi peu 
les plantes de nos Païs 6c d’y 
faire h peu de decouvertes , 
comme h le Ciel 6c la terre , 
étoient plus avares icy que 
dans l’Arabie & dans la Chi- 
ne , 6c comme fi la nature qui 
leur a donné le Café 6c le 
^Thé j n’avoit pas pu nous ac- 


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du The'. 281 

corder aufli quelque fimple , 
avec les mêmes vertus qu’ont 
ces deux arbrifTeaux. Nous en 
avons fans doute , & s’ils nous 
font cachez ,, c’ejft parce que 
nous n’avons pas pris afTés de 
foins pour les rechercher , & 
en cecy nôtre befoin eft une 
jufte punition de nôtre négli- 
gence : ce qui nous devroit 
porter pour nos propres inte- 
rets , à examiner plus que 
nous ne faiions les produ- 
- étions de nôtre climat , qui 
pourroit bien nous fournir li- 
béralement ce que nous allons 
chercher ailleurs avec tant de 
dépence &; tant de rifque. En 
atendant que cela foit, je m’en 
vais continuer à traiter des 
proprietez remarquables du 
The. . 

„ Le dégagement du cerveau 


Di 


±8 L T R A I T £* 
contribue fans doute à ren- 
dre la mémoire de l’efprit fer- 
me. Un cerveau trop humide 
eft comme une cire trop mole, 
qui reçoit bien le cachet, mais 
n’en retient pas l’emprein- 
te. C’eft pourquoy les per- 
fonnes phlegmatiques *6c les 
enfans mont pas de mémoire ; 
il faut une fé cher elle médio- 
cre dans les organes de de la 
pureté dans les humeurs, pour 
retenir de ne pas confondre les 
idées. Le Thé defleche mo- 
dérément & épure le cerveau, 
en le dégageant des images 
importunes qui l’afîîegent, de 
par confequent il doit fortifier 
la mémoire de épurer l’efprit. 
On remarque que les Chinois 
ne crachent de ne fe mou- 
chent prefque point : ce qui 
fait voir que leur cerveau ell 


‘ D U T H V. 
délivré de ces fuperfluités qui 
appefantiftent le fiege de la 
raifon. Les Anciens apclloient 
les gens d’efprit homines {mun- 
ît*. naris : c eft a dire , qui 
n’ont pas befoin de fe mou- 
cher : aufîi convient-on au- 
jourd’huy que les Chinois 
font /pi rituels , fins de adroits. 
Les Médecins font perfua-* 
dez que leur Art n a été por- 
té en partie au point oùil eft 
que par lanalogifme , c’eft 
a dire par les concluions que 
1 on cire de îarefTemblance des 
maladies de de leur commune 
fource, de par la conformité 
d une drogue avec une autre. 
Suivant ce que j’ay déjà fup- 
pofé des operations du Thé , 
je puis conclurre de fon ex- 
cellence pour la plufpart des 
maladies de la tête , ou il v a 


Digitizei 


2.84 Traite' 

afloupiflement, fluxion Scéle- 
vation de vapeurs : par exem- 
ple pour prévenir 6c guérir 
l’apoplexie , la léthargie , la 
paralyiie , les vertiges 6c l’epi- 
lepSie , qui ne viennent Sou- 
vent que d’un regorgement de 
SeroSités dans le cerveau , les 
catharres , les maux des yeux , 
les bruits d’oreilles , 6c Sem- 
blables indilpofitions , princi- 
palement lors qu’avec le Se- 
cours d’un Médecin expéri- 
menté , on en aura diftinde- 
ment pénétré la cauSe : car qui 
ne Sçait que les meilleurs re- 
medes du monde employez 
Sans ordre 6c Sans connoiffan- 
ce , ne Sont capables de faire 
du bien que par hazard , 6c 
ne peuvent preSque pas man- 
quer de faire du mal. 

Que Si quelqu’un s’étonne 


du Th eV 185 

qu’une infufion legere d’une 
hmple herbe , foit capable de 
produire de fi bons effets , ôc 
de guérir des maladies que 
d’autres puifTans remedes ont 
de la peine d’emporter : je les 
prie de confîderer deux cho- 
ies : l’une que les remedes 
ufiiels , tels que le Thé ou le 
Café , impriment infenfible- 
ment &: îurement leurs bon- 
nes qualitez , plutôt que les 
autres remedes , comme les 
juleps > apozemes emul- 
fions , parce qu’on en ufe 
plus long-tems : l’autre qu’ils 
agiffent fans violence , fans 
afoiblir l’eftomac , comme les 
émetiques &c les purgatifs : 
fans epuifer les efprits ôc les 
forces , comme les fudorifi- 
ques , les faignées , &c fans 
dégoûter les malades comme 


ite Traite* 
les drogues ordinaires de la 
Pharmacie. D’ailleurs com- 
me la plufpart de nos maladies 
doivent leur naiflance aux 
erreurs du régime de vivre , il • 
eft certain qu’un breuvage fa- 
milier ôc propre à une in- 
difpofition , foulagera bien 
plutôt- un malade qui en. eft 
ateint , que quelque medica- i 
ment dont on pût fe fervir , 
puis que l’ufage n en fçauroit 
être fi frequent, ny fi amy 
de la nature. 




yr K y T|V 7 ' 


DU The'. 187 

Chapitre Y. 

De la vertu du The' four les 
maux d'eftomac , four la 
goûte , la grave lie , //* «>//- 
. que , les maux de rate , les 
> rhumatifmes , & autres ma- 
ladies , à* du The' avec le 
lait . 

L E Thé ne fert pas feu-« 
lement à la tête *, dit le* 
Tere de Rhodes , il a une« 
merveilleufe force à foulager« 
l’eftomac & à aider à la« 
digeftion; Audi d’ordinaire« 
plulieurs en prenent aprés« 
le dîner. Apres le fouper once 
n en prend pas fi on veut« 
dormir. On n’aura pas de cc 
peine à concevoir pourquoy 
il cil ftomacaLTous les amers 
le font , ôc particulièrement 



*88 Trait e" 

quand avec cela ils font aftrin- 
gens , comme eft le Thé : l’a- 
mertume corrige la trop gran- 
de acidité du levain de i’efto- 
mac , la ftipticité , c’eft à 
dire , la vertu qu’il a d’être 
aftringent , refïerre les fibres 
dont le relâchement caufe la 
foiblefle. C’eft une vérité con- 
fiante. Il eft à remarquer que 
quand on en veut ufer à ce 
deffein il eft bon de ne le 
pas faire feulement infufer, 
mais de le faire un peu boüii— 
lir , parce que de cette ma- 
niéré il prend mieux fon amer- 
tume, &; fon âpreté , qui tien- 
nent à la partie terreftre , & 
non à la fpiritueufe. En ce 
cas la je préférerais la mé- 
thode des Japonois , de le 
prendre en fubftance , à celle 
des Chinois qui ell celle dont 

nous 

9 


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du The'. 

nous nous jfervons dans ces 
Pais. Un. célébré Médecin de 
Grenoble* ordonné à Tes ma- 
lades de le mâcher pour les 
aigreurs d’eftomac, 6c il trou- 
ve qu’il reüffit mieux de cet- 
te maniéré qu’en boilTon pour 
cette forte d’indifpofition. Les 
c Efpagnols ont au lieu de cela 
leur Cachou , qui eft auffi con- 
nu en France depuis quelques 
années. C’eft un fuc âpre 6c 
amer qui vient des Indes: 
q uelq lies- uns di fe nt du Japon. 
Ils le croyent être le fuc d’une 
efpece de Prundla ou bien de 
l’herbe appelle e Arec a , fort 
commune dans les Indes. On 
en fait des petits grains avec 
du fucre ambré , 6c l’on en 
mange quelque peu après le 
repas. Cela ne s’accorde pas 
mal avec le Thé , 6c avec le 

N 


M* Monin 


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*5>o Traite' 

Café , 6c peut merveilleufe- 
ment aider à fortifier l’adion 
de ces deux breuvages fur 
Teitomac. 

Les erreurs de la digeftion 
étant corrigées, on ne tom- 
bera pas dans plulieurs indif- 
pofitions qui en dépendent , 
telles que font- les douleurs 
d’eftomac , les coliques cau- 
fées par des glaires 6c par des 
vents renfermés dans le ven- 
tricule ou dans les inteftins , 
6c les diarrhées qui viennent 
fouvent de la corruption du 
Chyle , 6c des indigeftions. 
Monfieur Mmàelfio , dans fes 
Voyages aux Indes, attribué* 
au Thé non feulement cette 
propriété d’échaufer 6c de 
fortifier l’eftomac , 6c les en- 
trailles , mais il le confirme 
encore par i’experience qu’il 


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DU T H e'. 

en a faite , alTurant qu’il en 
fut guery dune diarrhée im- 
portune dont il avoir été tour- 
menté depuis long-tems. Olea- 
yima t Guillaume Lcyl Danois 
cité par Simon Pauli , de pla- 
ceurs autres, ne luy contellenc 
pas les mêmes vertus. Mais il 
n’y en a point qui lu y foin plus 
univerfellement attribuée par 
les Auteurs, que celle de pre- 
ferver de la gràvellc , de la 
pierre , de de la goûte > de un 
des préjugés qu’ils en ont, eft 
que Jes Chinoi qui en ufenc 
C fréquemment ne font point 
fujets à ces maladies. Un^ c . c 
des chofes que fait le Thé 
dit le Pere de Eludes , eil de tc 
purger les reins de de prefer- cc 
ver le corps de la goûte de de cc 
la gravclle de e’eft peut être cc 
la vrave caule pourquoy ces tc 

•N z 


- ‘Jfl' 


192, Traite' 

5, fortes de maladies ne fe trou- 
vent point en ces Pais là. Sur 
ce même fujet , le Pere CMar- 
tin Mar tintu* dans fa defcri- 
ption Géographique de l’Em- 
pire de la Chine parlant du 
breuvage des Chinois dit : 
„Ils boivent toujours chaud , 
„foit que ce foit de l’eau , du 
3 ,vin on du ris boüilly. Ils font 
toujours tremper cette herbe 
3 >fi célébré , qu’ils nomment 
^Cha , dans ces liqueurs , ou 
3 ,en de l’eau bouillante , ôc la 
3, boivent toute chaude. Quand 
5, j’y ay été acoutumé , j’ay 
3,fortdefaprouvé ceux de l’Eu- 
a, rope qui aiment tant à boire 
„ froid : car les Chinois en 
3,beuvant chaud, apaifent leur 
3 ,foif, fe delalterent &: deife- 
„ client les humeurs. C’eft 
„pourquoy ils nç crachent 




du Th e'. 193 

prefque jamais Se ne font <c 
point in jets à la gravelle, ny cc 
aux crudités d’eftomac com- cc 
me les Européens , ne fouf- tc 
frent point tant de maladies <c 
ny de fi grandes que parmy cc 
nous , de ne fçavcnt ce que cc - 
c’eft que de gravelle, de goû- cc 
te aux pieds de aux mains , cc 
ny d’autres femblables indif- £C 
pofitious. s " c 

'Tnipïtfi dit aufli que la com- cc 
mune opinion qu’on a dans la u 
Chine, eit qu’il n’y a rien de fi ££ 
fouverain que cette plante £C 
qu’ils croyent fortement que tc 
le Ciel leur a donnée par une £C 
bonté linguliére , tant pour £C 
prolonger les jours jufques à £C 
l’extrême vieillelTe, quepour cc 
empêcher tout ce qui peut‘ c 
faire ombrage à la faté .ôc que £C 
non feulement elle rend les" 

N 3 


Digitiz 


ÏP 4 Traite'- 
«corps vigoureux 8c prefer ve- 
ndes douleurs de la pierre, 
«aufquelles on alTure que per- 
sonne dans ces lieux là ne 
Se trouve fujet , mais de plus 
«qu’elle guérit les douleurs de 
«tête , les enrumures , les 
«fluxions fur les yeux & lue 
«la poitrine , la courte halei- 
«ne , la débilité d’eftomac, les 
«tranchées de ventre 8c la laf- 
*>fîtude. 

On tombera d’accord de ces 
effets du Thé , quand on coh- 
fidérera que tout ce qui tienc 
les reins nets 8c qui diminue 
les ferofités , pourveu que 
d’ailleurs il ne laifle point 
d’impreiïion dans les reins ôfi 
de foiblefle dans le corps , 
doit être par confequent ex- 
cellent pour empêcher qui! 
ne s’engendre du gravier 8c 





Du Th e'. 195 

des phlegmes , 6c qu’on ne 
foie ateint de la goûte 6c des 
rhenmatifmes , puis que le fa- 
ble 6c le calcul font caufez 
par le fejour des matières vif- 
queufes dans les reins 5 6c la 
goûte 6c le rlieumatifme par 
le regorgement des ferofités 
qui ne trouvant pas leur fortie 
libre par les voyes ordinaires , 
fe jettent fur les jointures ou 
dans les mufcles. C’eflcequi 
fait que prefquetous les diu- 
rétiques font bons dans ces 
maladies. Or il efl confiant 
que le Thé l’efl beaucoup , 
. jufques là que .quelques Au- 
- teurs ont obfervé que des per- 
lonnes par l’ufage trop fre- 
quent du Thé avoient pris de 
grands flux d’urine que les 
Médecins apellent diabètes , oit 
on rend des urines copieufes 


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,w- 


• \<)6 Traite" 

& femblables à ce qu’on a bett. 
Je m engagérois un peu. trop 
dans la Medecine fi je vouloir 
rechercher les raifons pour- 
quoy il efi: diurétique j je me 
contente d’emprunter ce qu’un 
de mes amis a remarqué fur 
MrSpon un pafiage d’Hippocrate*^/^ 
nov^&é ^ cs chvfis odorantes J ont àiurcti- 
4 aph. 14. ques , parce qu’étant compo- 
sées de parties pénétrantes ôc 
volatiles , elles fondent les hu- 
meurs vifqueufes & les con- 
vertifient en ferofités , qu’el- 
les rendent ainfi plus capables 
d’étre vuidées par les urines. 

On remarq u e q u e 1 es di ure - 
tiques font aufli parfaitement 
bons pour les maux de rate , 
comme les capes , les poix 
chiches , le tamarifc 6e le vin 
blanc 5 c’eft pourquoy Hip- 
pocrate les recommande dans 


Aph< 9, 
feft* j. 


Digilized t 




d u The' 2.97 
ces maladies. Ainfi le Thé 
qui a cette qualité & qui ou- 
tre cela- par Ion amertume peut 
adoucir les humeurs acides 
qui fermentent dans la rate, 
n’y doit pas être d’un léger fe- 
cours. 

Je pourrois ajouter plu- 
heurs maladies aufquellès le 
Thé e fl très-propre auïïi bien 
que le Café : comme les vers , 
les vapeurs , les palpitations ôc 
quelques autres , mais cela’ 
ni ’obligeroit à repeter bien des 
chofes que j’ay déjà dites : ce 
qui feit que je me contente de 
remarquer qu’un de nos Au- 
teurs l’a mis auffi entre les fé- 
brifuges , èc qu’il en a rapor- 
te des obfervations qui font 
connoître qu’il eft utile aux 
febricitans. Je pourrois aniîî 
haire les mêmes conjectures 

N s . 


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2.98 Traite' 


fur le Thé préparé avec le 
laie , que fur le lait cafeté , 
car il ne doit pas être moins 
bon pour les maladies de poi- 
trine. 

Nous en devons l’inven- 
tion aux Chinois , qui en ré- 
galent quelques fois les étran- 
gers , comme nous faprenons 
de l’Ambafïade des Holandois 


la Chine. Les Tartares de 
3îles Chinois les plus quali- 
tés , dit l’Auteur qui l’a 
jîdonnée au jour , prennent 
3 îune poignée des feuilles de 
?>Thé , le jettent dans .l’eau 
jjboüillante 5 puis ayant pris 
ajquatre fois autant de cette 
3îeau j que de lait boüilly , de 
s 5 y ayant mis un peu de fel , ils 
^remuent le tout enfemble de 
^l’avalent avec plaihr. Ceux 
qui au lieu de fel y mettront 


du Th e'. 29^ 

du Sucre en feront un breu- 
vage , non feulement utile, 
mais fort agréable , &: il un 
malade s’en fert il aura le 
plaifir de guérir par un re- 
mede délicieux : ce qui eft 
fi rare dans la Medecine. 
Surquoy Meilleurs les Méde- 
cins 6e Meffieurs les Pharma- 
ciens me permettront de leur 
dire qu’un remede rebutant 
qu’on fait prendre à un mala- 
de , eft fouvent pour lu y une 
nouvelle maladie. Je fçay bien 
que trop d’indulgence pour- 
roit augmenter le mal 5 mais il 
eft des rencontres ou ils pour- 
roienc eux mêmes mieux ob- 
fervcr qu’ils ne font l’aphorif- 
me qui dit , quun rcmede ou un 
aliment moins bon , mais p-tus 
agréable a un malade , eft préfé- 
rable a d'autres meilleurs , mais 


r 3oo Traite' 
flus defagreables. C’eft pour 
cela quon me doit fçavoir bon 
gré de ce que j’enfeigne la. 
maniere.de fe fervir du Café 
£c du Thé , non feulement 
avec profit , mais même avec 
agrément. 

Il efl: des indifpofitions de 
la poitrine , ou le Thé au lait 
doit être plus propre que le 
lait Cafeté , entr’autres aux 
crachemens de fang & à la 
toux de quelque caufe prefque 
qu’ils dépendent. Car le Thé 
par fon aftriction eft favora- 
ble à fermer les extrémités des 
vai ffeaux entr’ou verts ou le- 
gerement corrodez dans le 
poumon , 6c n’étant pas em- 
preint comme efl: le Café 
par fa Torréfaction de parties 
ignées , il ne volatilife pas le 
iang autant queluy, 6c Le rend 



tr n The' 1 . 30Ï 
moins fujet a fe répandre fur 
le poumon de à échaper des. 
veines. 

Par la même ration le Thé au 
lait doit être parfaitement bon 
pour les dyfenteries de longues 
diarrhées, où il eft queftion 
d’adoucir Les humeurs, de for- 
tifier & de refterrerles parties 
deftinéesà la nutrition, de de 
confumer les ferofites acres de 
fuperflues, qui caufentou qui 
accompagnent ces- maladies.. 
Yoicy la méthode dont on 
peut en ufer fi on veut s’en fer- 
vir pour la lanté.. Après s’être 
purgé , s’il eft neceftaire , fui- 
vant l’avis d’un Médecin , on 
prendra une tafte de lait de * 
vache que l’on fera legere- 
ment bouillir pour l’efcremer 
de en ôter les parties butÿ- 
reufes qui chargent i’eftomac 


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3 oz Trait e' 

embarraflent la poitrine , 
on mettra en même tems in- 
fufer une dragme de Thé dans 
deux verres d’eau chaude, puis 
on mêlera le -tout avec une 
cuillerée de Sucre , Sc on en 
avalera une bonne écuellée 
chaudement: continuant ainfi 
pendant un mois 6e même 
deux fi on s’en trouve bien , 
avec la précaution de fe pur- 
ger doucement 6e agréable- 
ment de quinze en quinze 
jours , foit avec deux onces 
de Cafle confite , en beuvant 
après les avoir prifes le The 
au lait 5 Toit avec le Tel Poly- 
Seignete > dont la 
réglée à fix dragmes , 
verres d’eau > 
demi heu- 




Oi^itizcd by ( 



du The': jo j 

far l’iilage du Thé , dont je 
ne pretens pas autorifer l’abus? 
ce qui le met à couvert de tou- 
tes les déclamations qu’a fait 
contre luy Monfeeur Simon Pau- 
li, puis qu’il convient de bon- 
ne Foy que toutes les mauvai- 
fes qualitez qu’il luy impute 
ne font que les effets de l’ufage 
excefïïf qu’on en peut faire» 
Surquoy on peut voir ce que 
j’ay dit en parlant du Café» 
La chaleur naturelle eft com- 
me la flamme d’une lampe qui 
s’éteint quand l’huile eft con- 
fumée. Tout ce qui la confia - 
me trop vite eft dangereux , 
6c je nedilconviens pas qu’un 
ufage immodéré du Thé con- 
fumant trop promtement l’hu- 
midité naturelle , n’éteignit 
la chaleur 6c la vie. Ce n’eft 
pas feulement dans la Morale 


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504 



que les excez font vicieux : 
ils le font aufli dans la Méde- 
cine , ce qui fait dans l’une un 
vice, fait dans l’autre une ma- 
ladie , &: dans toutes les deux 
le bien fe trouve dans la mo- 
dération : heureux eft celuy 
qui s’y içait tenir. 

Fin du Truité du ihi. ■ I 




[le 



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D U 

CHOCOLATE- 


C h A P I T R E I. 


Ce que cefl que le Chocolaté , & Vexa~ 
men des ingrédient qui le cowpofent. 


■ 




du 

~ nocoiate efl 
uficom- 
Eu- 


en 


rope, pn ner- 
vi - tr~ . * paiement en 

Efpagne & en fuite en Angfe- 


1 


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306 T R A I T E' 

terre , en France 6c en Ita- — 
lie , que nous ne le devons 
plus confiderer comme un 
breuvage particulier à l’Ame- 
rique ou il a pris n ai flan ce , . ( 

mais comme une boiflon qui 
s’efl: naturalifée parmy nous. 

Cela m’oblige d’en examiner 
la compofition 6c les vertus , 
comme j’ay fait du Café 6c 
du Thé dans les Traités prc- 
cedens , pour fçavoir au vray 
s’il mérité tous les eloges 
qu’on luy donne , 6c à quel- 
les perfonnes il peut étire pro- 
pre. C’efl: ce qui a déjà fait 
mettre la main a la pluiiie a 
deux fçavans Médecins Efpa- 
gnols , Barthélémy Marraàon 
de la Ville de Marchena , 6c 
Anthoine Colmenero de Ledef- 
ma de la Ville d’Ecija , dans 
l’Andaloufie 5 6c après eux à 


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du Chocolaté. 307 
Monfieur René Moycm , Pro- 
feifeur Royal, en Medecine à 
Paris , qui n’a pas jugé les 
deux Traités de ces Meilleurs 
indignes de Ton eftime, puis 
qu’il s’efb donné la peine de 
les traduire , 6e de les com- 
menter- Depuis encore un cu- 
rieux Voyageur Anglois, nom- 
mé Thomas Gages qui a de^ 
meuré long-tems en Améri- 
que , nous en a donné une 
Relation fort longue. Legrand 
ufage qu’il en a fait fur les 
lieux , luy ayant facilité les 
moyens d’en prendre une par- 
faite connoiflance. Jenepre- 
tens pas d’encherir beaucoup 
fur ce qu’en ont dit ces Mef- 
fieurs qui paroiflent en avoir 
été tres~bien informez. Je me 
contenteray d’être comme leur 
Echo ou leur Truchement, 


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*.7='- 


3o8 /Traite' 
fans m’arrêter pourtant fcru- 
puleufement à Leurs termes , 
quand je croiray d’en avoir 
trouvé de plus expreffifs , 6c 
fans me rendre efclave de 
leurs fentimens , lors que 
des raifons fortes m’en déta- 
cheront. 

Le mot de chocolUtl ou com- 
me nous l’appelions Chocolaté y 
eft purement Américain. Il 
vient , à ce qu’ont écrit quel- 
ques-uns , du bruit qu’il fait 
quand on le préparé dans la 
chocolatière avec le molinet , 
qui aproche fort du fon de 
Choco choco , & du mot Atte , 
ou Atle , qui dans la langue 
des Mexicains fignifie eau. 
C’eft ainfi que ces peuples 
grofliers nomment les chofes 
par certains noms qui donnent 
quelques idées fenhbles de ce 


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du Chocholate.' 309 
qu’ils veulent exprimer, com- 
me lors qu ils apelloienc au- 
trefois les Européens les en- 
fins du Tonnerre , à caufe du 
bruit de no< armes à feu , &c 
une lettre miffive, une chofe 
blanche qui a de l’eiprit , par- 
ce quelle inftruit celuyqui la * 
reçoit. Il pourroit bit n être 
auiîi que le Cacao étant la baze 
du Chocolaté , de ce mot joint 
à celuy d 4tle , on auroic for- 
me celuv de Chocolatc , comme 
qui diroit eau de Cacao , cela 
me paroit alfés vray fembla- 
ble , mais la chofe n’eft pas de 

f grande importance qu’il l’eil 
de fçavoir ce que c’eft que 
Chocolaté. 

Le Chocolaté eft une ma- 
niéré de Pâte folide compo- 
fée de differens ingrediens 
dont le principal eft Te Cacao . 


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310 Traite' 
laquelle decrempée avec une 
liqueur fait un breuvage fore 
agréable au goût 8 c très utile 
à la fanté. Voicy le dénombre- 
ment 8 c la dolè des drogues 
qu’on employé pour cette 
compofition fuivant le fenti- 
ment de Barthélemy Mar ra- 
don. 

„Sept cens Cacaos . 

„Vne livre & demy de Sucre v 
„Deux onces de Cane lie, 

» Quatorze grains de Poivre 
3, , de Mexique , apellé cht • 
,, le ou Pimiento. 

„ Demi once de Cloux de 
3, Girofle. 

„Trois goufles de Vanille , 
3, ou en fa place deux onces 
3, d'Anis. 

„Le gros d'une noifette dl A- 
t 3, chiote . 

«Quelques uns , ajoûte-t’il , y 



du Chocolaté. 31 i 
mettent un peu d’eau de« 
fleurs d'O range , un grain« 
de Mufc ou d’ Ambre gris 
ou de la poudre de Scolo-« 
pendre. De ces choies Colme- te 
nero en bannit les doux de« 
Girofle , le Mufc , l’Ambre^ 
de les eaux . de fenteur , 
il y ajoûte les Amandes , les« 
noifoces , de la poudre des« 
rofes d’Alexandrie. Delaet dit« 
qu’en Amérique on y met« 
encore la fleur d'un arbre refi-« 
neux , odorante comme celle de« 
l y Oranger , de unegoufle apel- tc 
lée Tlixochitla. Il y en a qui 4C 
y font entrer le May s ou le tc 
Panis , de l'Orejevala. 

Ces Auteurs comme on 
vient de voir , ne convien- 
nent pas en toutes chofes pour 
la compofition du Chocolaté. 
Examinons maintenant toutes 




Dulaet 
hift. Occi- 
dent. liv.7* 
chap. x. & 
Ximenes 
après luy 
dans fa 
deferiptio 
des plan- 
tes & d' s 
animaux 
de l’ Amé- 
rique. 


fit T R A I T E' 
des drogues les unes apres les 
autres avant que de parler de 
leur préparation 8c de leur 
meflange. ( 

DU CACAO. 

L’arbre qui porte le Cacao 
eft apellé par les Américains 
Cucahuagudhnitl à ce que dit 
Dulaet ou Cacaotal , comme 
le remarque Thomas Gage. 
Il eft de la grandeur de nos 
Orangers 8c a Tes feuilles 
aftes fèmblables aux tiennes, 
mais plus grandes. Herrerales 
compare à celles du Cha- 
taigner. On peut en voir la 
figure que j’ay fait mettre au 
commencement de ce Traité « 
tirée de la defeription des cu- 
riotités qui font au Cabinet 
d 'Olatts Vormius. Cét arbre 

eft 


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du Chocolaté. 313 

eft fi délicat- , de le terroir 
où il croit, efl fi chaud , que 
pour le garantir des ardeurs du 
Soleil , les Américains plan- 
tent des autres arbres qu’ils 
apellcnt Atlinam : de quand ils 
font crus à une hauteur capa- 
ble de faire ailes d’ombrage , 
ils plantent au defibus ceux 
qui portent le Cacao , afin 
que les Atlinam leur fervent 
d’abry de les défendent des 
rayons brulans du Soleil, com- 
me une mere ou une nourrice 
tendre de fon enfant le pour- 
roit faire, ce qui fait qu’ils 
donnent à cet arbre l’epithéte 
de mere du Cacao, car il n’effc 
deftiné purement de unique- 
ment qu’à cela. 

Le fruit du Cacaotnl ne vient 
pas au fli tout nud , mais cou- 
vert de envelopé dans une 
. O 


é ■* 

314 > Traite'; 
grande goulfa canelee , ôc 
rayée à peu prés comme un 
de nos melons , ils 1 apellent 
Cacahuacintlï . Cette goulfe ren- 
ferme quantité de noix de 
Cacao , qui font comme de 
grolfes amandes : mais plus 
compactes 6c de meilleur goût. 
Il s’y en trouve jufques à vingt 
ou trente , 6c même quelque 
"fois jufques à quarante. Cha- ’ 
que noix fe partage en deux 
parties égalés , bien jointes , 
6c ferrées enfemble , couverte 
d’une peau blanche, pleine 
d’un jus que les femmes du 
Pais fuccentavec delice parce 
qu’il eft rafraichilfant 6c qu’il 
hume&e agréablement la bou- 
che. 

Colmencro Sc Gage né font 
que deux fortes de Cacao. 
„ll y a , dit ce dernier, deux 


f 


•« r *x 


«7 ^ i 


du Chocolaté. 315 

foi tes de Cacao : 1 un eft com-« 
mim dune .couleur obfcureu 
tirant fur le rouge , rond &<c 
picote au bout : l’autre eft<* 
plus large , plus gros & pluscc 
• plat. Il s apelle Patlaxc , blanc« 
àc plus defîccatif que l’autre ,cc 
aulîi eft-t il a meilleur mar-cc 
ché de beaucoup. Celuy-cycc 
empeche bien mieux le (om-« 
meil que l’autre. C’eft pour-u 
quoy on ne s en fertpas tantcc 
que de l’ordinaire , & il n’ycc 
a gueres q ue le commun peu-cc 
pie qui en ufe. 

Mon fleur Moreau marque 
qu il y a de quatre efpeces 
d arbres qui portent le Cacao. 
La première, dit-il, eft apel-« 
lee Cacahuaguahuitl , qui eft cc 
la plus grande de toutes, ôc £C 
porte grande quantité de“ 
fruits. La fécondé eft de tc 


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3I<> T R A I T e' 
unième nom , de moyenne 
«grandeur, pourtant feslêüilles 
«êc fes fruits beaucoup plus- 
«petits. La troifième efî apel- 
«lée Xuchtcacahuaguahuitl en* 
«core plus petite , les fruits de • 
«laquelle (ont plus rouges au 
«dehors , au dedans du tout 
«femblables aux autres. La 
«quatrième eft la plus petite 
«de toutes , c’eft pourquoy oa 
«lapelle Tlalcacahuaguahuitl , 
«ceft à dire petit , ou bas 
«arbre de Cacao , laquelle 
«porte un fruit plus petit 
«que tous les autres , com- 
«bien qu’il n’en différé en 
«rien quand à la couleur.* 
«or tous ces fruité font de 
«mêmes quâlitez & ont même 
«ufage, encore qu’on fe fer* 
«ve du dernier, principale- 
«ment en breuvage, les autres 


du Chocolaté. 317 

lont plus propres à trafiquer. 

,^ es ^°i x de Cacao font 
a un goût moyen entre doux 
amei , tirant fur la faveur 
a P re & aftringente. Pour ce .> 
qui efl de fies qualités , voicy 
comme en raifonne Thomas Ca- 
5 que je copie mot à mot 
comme il a copié Colmcnero . 

Quoy que le Cacao , com -<< 
nie tous les autres fimples 
participe des qualitez des« 
quatre elemens, neanmoinscc 
*■ I opinion qui eft la plus re-<c 
çuë entre les Médecins , eflec 
quilefl froid ôc fieccommecc 
lelement de la terre , & parce 
confequent de qualité aftrin-cc 
gente. Mais comme il par-cc 
ticipe aufii des autres ele~<c 
mens , &: particulierementcc 
de Pair qui efl: chaud & hu-« 
mide : delà vient qu’il a des« 

O 3 


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318 Traite' 

«parties onctueufes , en forte 
«qu’on en tire une maniéré de 
«beurre , dont j’ay vu que les 
«femmes des Crioles fe fro- 
«toient le vilage pour fe ren- 
«dre le teint plus un y. 

« L’on ne doit pas trouver 
«incroyable ce que 1 on dit du 
«Cacao qu’il eft -froid 6c fec , 
5 îôc puis chaud 6c humide : 
«car quoy que l’experience 
«vaille plus que tous les rai- 
«fonnemens du monde, nean- 
«moins les exemples fervjront . 
«à éclaircir cette vérité. 

« Premièrement dans la Rhu- 
«barbe, q uoy q u’elle ait en foy 
«des qualités chaudes 6c pur- 
«gatives , elle en a neanmoins 
«d’autres qui font froides , 
«féches 6c aftringentes , 6c 
«propres à fortifier leftomac 

«6c guérir le mai de ventre. 

O 


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Du> Chocolaté.' 319 

Cela paroît encore dans« 
l’acier , qui bien qu’il parti-« 
cipe de la nature de la terres 
en ce qu’il efl pefant , re(Ter-« 
ré, frqid ôc fec, &; qu’on« 
l-’eftimeroit contraire à la<« 
gueriifon des opilations du“ 
foye & de la rate : on s’en« 
fert neanmoins comme d’un« 
remede fpecifique propre^ 
pour les guérir. « 

L’Authorité de Galien peut“ 
encore éclaircir cecy , car il« 
enfeigne au troiliéme Livrer 
des quaiitez des fîmples que tc 
la plufpart des medicamens^ 
qui paroi {Tent fimpîes à no s« 
fens, font naturellement com-« 
pofez &c contiennent en eux« 
des quaiitez contraires, com-« 
me une qualité expulfive« 
ôc une qualité retenti ve 
une qualité qui groflît , 

V O 4 



•>" 


v ’l 


310 T R A l T B;, t 
«l’autre qui atténué , ou qui 
«raréfié &; qui condenfe. Et 
«dans le quinziéme Chapitre 
«du ‘même Livre , il raporte 
«l'exemple du boüillo.n d’un 
«coq qui lâche le ventre , ôc 
«fa chair à la vertu de le refi- 
«ferrer. 

* « Et pour montrer encore 
«que cette qualité differente 
«fe trouve en diverfes fub- 
«ftances ou parties des medi- 
. «camensfimples* il raporte au 
«dixfeptiéme chapitre dupre- 
«mier livre des Amples medi- 
• «camens , l’exemple du lait ou 
3’1’on trouve trois fubftances 
«differentes que l’on fepa- 
, 3 re les unes d’avec les autres. 
«Sçavoirla fubftance froma- 
«geufe qui a la vertu d’arrê- 
«ter le flux de ventre , la fub- 
«ftance du lait qui eft pur- • 


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-% • 

du Chocolaté. 31 1 
gative, de celle du beurre qui<t 
eft anodine. « 

Nous trouvons aufTi trois« 
fubftances dans le mouft 
1 ça voir lafubftance du marc,« 
qui eft terreftre de la plus« 
abondante , une autre qui« 
en eft comme la fleur , qui« 
eft l’écume ou la lie , 5c fina-« 
lement une troifiéme fub-« 
fiance plus pure qui eft: pro-« 
prement le vin 5 de chacunes 
. de ces fubftances contient en« 
foy diverfes qualitez de pro-cc 
prietez , foit dans la couleur ,cc 
foit dans l’odeur , ou autres^ 
femblables accidens. <c 

Ce qui s’accorde aufïi à« 
la raifon , fi nous confide-«c 
rons que les alimens que nouscc 
prenons , quelques flmples« 
qu’ils foieilt ne biffent pas« 
d’engendrer ou de produire** 

O s 


\ 


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fcïi ' Traite' 

»>les quatre humeurs dans les 
*>foye,qui different non feule- 
ornent en température , mais 
«aufîi en fub fiance } 8c félon 
«que l’aliment participe plus 
»ou moins d’une de ces hu- 
«meurs , l’humeur fe trouve- 
ra aufli plus ou moins prédo- 
3>minante. 

« D’où nous pouvons con- 
«clurre , que lors que le Ca^ 
«caoefl moulu 8c remué, les 
«diverfes parties que la natu- 
re luy a données fe mêlent 
«artificiellement 8c intime- 
raient les unes avec les autres* 
«de forte que les parties on- 
rélueufes , chaudes 8c humi- 
«des fe trouvant mêlées avec 
«celles qui font terreflres , les 
«répriment 8c les temperent ; 
«en forte qu’elle? ne font 
h aflringentçs qu a.upa- * 


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• » 9 * 

. . » » 

du Chocolaté^ 323 

ravant, mais deviennent pluscc 
temperees 6c plus conformes^ 
au tempérament chaud 6c hu-<c 
mide de l’air , qu’à la froi-« 
deur 6c fecherefTe de la ter-«c 
rej comme il paroît lors qu’ont 
le rend propre à le prendre encc . 
breuvage , qu’à grand peines 
a-t’on donné deux tours de«c 
molinet , qu’il s’élève une« 
ecume grade , pat ou l’on‘< 
peut remarquer combien il<c 
participe de cette partie on-« 
élueufe. ce 

De maniéré que par ce< c 
qui a été dit cy-deflus , l’oncc 
peut voiraifément l’erreurdecc 
ceux qui parlant du Choco-ec 
late , difent qu’il engendre« 

• des opilations , parce que lecc 
Cacao eft aftringent , com-« 
me fl fa faculté adringentea 
«etoit pas corrigée 6c tem-« 

O 6 


\ 


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3*4 Traite' 

j,perée par le mélange intime 
„de Tes parties les unes avec 
5 )les autres lors qu’il eft mou- 
lu , comme j’ay déjà dit , ou- 
3 >tre qu’il y entre tant d’autres 
odngrediens qui font naturel- 
3>lement chauds » qu’il faut par 
3,neceflité qu’il ait la faculté 
3, d’ouvrir 6c d’attenuer , &C 
»non pas de reiTerrer. 

3> Mais laiflant à par toutes 
3>ces raifons , cette vérité pa~ 
3 5 roît évidemment dans le Ca- 
3>cao même : car s’il n’eft ny 
3jmoulu , ny remué , ny com- 
3îpofé, comme il eft dans le 
3 5 Chocolate , mais feulement 
3 >mangé comme il eft dans le 
3>fruit , ainft que font plu- 
ssfieurs femmes des Crioles 
3)ôc des Indiens j il caufe de 
sjgrandes obftrucHons ÿ & leu 
«rend le teint pale 6c blême 
. * & 


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du Chocolaté. 315 

comme celles qui ont les pâ-*< 

' les couleurs', &: qui man-** 
'•/ gentde la terre de pots ou du** 
L plâtre de murailles , comme** 
font, fouvent les femmes Ef-** 
pagnoles pour faire venir le** 
teint de cette couleur , qu’el-** 
les efliment par deffus tou-** 
te autre 5 quoy que cela leur** 
caufe des obftruélions fà-«* 
cheufes. De forte qu’on void** 

■ par là , qu’il n’y a point** 
t d’autre rai Ion que le Cacao** 
étant mangé tout crud pro-<* 
duife les mêmes effets , f-*< 
non que les parties difFe-** 
. rentes n’étant pas affez me-** 
lées en le mangeant , ont** 
befoin de ce mélange arti-** 
fîciel dont nous avons parlé** 

, cy-devant.. *« 

■ Tout ce long rationnement 
£erc à établir que le Cacao 


$2.6 T R A I T E'~ 
efl temperé, fa partie terre- 
ftre 8c froide étant corrigée 
par celle qui eft'huileufe 8c 
chaude : car toutes les huiles 
font des liqueurs fouflfrçes 8c 
inflammables. 

DU SUCRE. " ^ 

Le Sucre entre dans la com^ 
pofition du Chocolaté , non 
feulement pour temperer la- 
prêté naturelle qui fe ren^ 
contre à la plufpart des in- 
grediens qu’on employé pour 
cette compofltion j mais en- 
core pour l’aider à fe confer- 
ver, comme on s’en fert pour 
les confitures ordinaires , ce 
qui n’empêche pas que deve- 
nant vieux il ne fe remplifle 
de petits vermiflTeâux , qui 
le percent comme un frema-- 


du Chocolaté. 527 
ge vieux & fur tout fi on le 
tient dans un lieu humide * 
& s’il efi: furchargé de Su- 
cre. > 

DE LA CANELLE. , 

La Canette qu’on employoit 
pour -la compofition du Cho- 
colaté dans l’Amerique avant 
que les Efpagnols s’en fufienc 
rendus les maîtres , ne pou- 
voit pas être celle que les In- 
des Orientales nous fournif- 
fent , puis qu’elle n’étoit pas 
connue dans cette partie du 
monde. Sans aucun doute , ils 
y mettoient celle d,e leur Païs 
décrite par Monaràes dans Ton 
Livre des Plantes chapitre 
vingt-cinquième , qui dit que 
c’eft un arbre de moyenne 
grandeur dont les feuilles apro- 


'32.8 Traite' 
client de celles du Laurier,' 
6c qui porte un fruit fait com- 
me un petit chapeau de la 
grandeur d’une reale , de 
couleur de violette : 6c c’eflr 
ce fruit qui a le goût 6c l’o- 
deur de la Canelle d’Orient J 
l’écorce n’en ayant point. On 
s’en fèrt en poudre dans le 
Pais pour mettre dans les ra- 
goûts. Il fortifie l’eftomac,dif- 
fipe les vents , corrige la mau- 
vaife odeur de la bouche , af- 
fermit le cœur 6c apaife les 
douleurs de ventre : ainfi ce 
n’eft pas mal à propos qu’il 
eft employé dans le Chocola- 
té , puis qu’il eft propre à 
atténuer 6c fubtilizer les par- 
ties terreftres des Cacaos , 6c 
a fortifier leur vertu ftoma^ 
cale : en fà place on peut 
fubflituer la vraye Canelle de 


du Chocolaté. 329 
Ceylan dont les qualitez font 
du moins femblables j mais 
en ce cas il faudra fe fouvenir 
d’en diminuer la dofe , parce 
que fans doute étant plus pé- 
nétrante que l’autre , deux 
onces fur celle de toute la com- 
pofition pourroient être trop 
fortes. 

DU CHILES, OU POI- 
VRE DE MEXIQUE. 

Pour ce qui eft du chilles 
ou Chilli , il y en a de deux 
fortes , l’un d’Orieïit. , qui eft 
le Gingembre, & l’autre d’Oc- 
cident qui eft le Poivre de 
Mexique , qu’on apelle poi- 
vre de Tabafco , parce qu’il 
croit en abondance dans cette 
Province de la nouvelle Ef- 
pagne. Colmcnero dit qu’il y ea 


330 T^r aite' 

a de quatre fortes : il apelle’ 
les premiers Chilcotes , les fé- 
conds qui font fort petits Chil- 
teepn , lefqirelles deux efpe- 
ces , ajoute- t’il, font fort mor- 
dicantes &. picantes 5 les troi- 
fièmes font nommez Tonachi* 
les , qui font chauds modéré- 
ment , puis que l’on les mange 
avec du pain ainfi qu’on fait 
les autres fruits , bien qu’ils 
foient modérément amers , ôc 
ne croiffent en autre lieu 
qu’aux marais de Mexique > 
les quatrièmes font apellés 
Chilpatlagua , qui font fort lar- 
ges, mais qui ne font pas h pi- 
quans que les deux premiers , 
ny fi peu piquans que les troi- 
fièmes , ^ ce font ceux qu’on 
met dans la compofition du 
:GhocoIate. 

Le Bere Jem JEnfebe de Nie - 


- f. *«**'* * * -*■ 


du Chocolaté. 331 
remberg en fait bien davanta- 
ge d’efpeces au chapitre qua- 
tre-vingt du quinziéme li- 
vre de fon Hiftoire naturelle. 
Dulaet dit au dernier cha- 
pitre de fon cinquième livre , 
que ce fruit vient d’un arbre 
domeftique apellé Xocoxochitly 

( lequel eft fort grand, ayant 
les feuilles d’oranger fort odo- 
4. rantes. Ses fleurs font rouges 
comme grenats, de la même 

i odeur que celle des oranges , 
agréables et douces , les fruits 
en font ronds ôt pendans par 
grapes , qui font au commen- 
, cernent verds, & puis apres 
roux j ôt-à la fin noirs , d’un 
goût acre 6t mordicant , de 
bonne odeur , chauds £t fecs 
au troifiéme degré , de forte 
I qu’il peut être mis au lieu de 
poivre. 


33i Traite' 

Il y en a plulîeurs qui veu- 
lent bannir le Poivre de cette 
compofition , parce qu’il eft 
trop piquant ôc trop échaul 
fant. Les plus habiles Méde- 
cins n’ofent prefque jamais 
employer le poivre rond qu’en- 
tier , parce que de cette ma- 
niéré il eft capable d echaufer 
&: de fortiher l’eftomac fans al- 
térer le fang ny les entrailles où 
il ne pénétré pas,au lieu qu’en 
poudre il excite une chaleur 
& une foif intolérable. En ef- 
fet plu heurs perfonnes ayant 
remarqué que le Chocolaté les 
échaufoit éc leur faifoit venir 
des boutons au vifage , fefont 
abftenus de faire entrer le poi- 
vre dans fa compofition , luy 
imputant ce mauvais effet. 

. '• r 


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du Chocolaté. 335 

DES CL'OUX DE 

GIROFLE. 

Les Cloux de Girofle font^ 
aufli rebutez de cette compo- 
fition par la plufpart de ceux 
qui fe piquent de faire de bon 
Chocolaté , fondez peut-être 
fur ce qu’ils referrent le ven- 
tre , quoy que d’ailleurs ils 
fortifient l’eftomac, ôc ayent 
d’autres bonnes qualités , fur 
lefquellçs je n’infilte pas, puis 
que c’efi: une chofe connue 
de tout le monde, 

DE LA VANILLE. 

La Vanille que d’autres apel- Thomas 
lent Mecufuchil , cft une gouf- Ga S es . 
fe d’une odeur tres-agreabie 
&d d’un goût acre.. Elle forti- 
*fie i’eftomàc & le coeur : elle 


Liv. f. 
chap. 4, 
Liv. 14. 
chap. 6f . 


Eufebe <îe 
Nurem- 
berg , lib. 
Jf. chap. 
48 . 


354 Trait bSi* . 
atténue le s humeurs épaiftei 
de vifqueufes, êc eft un excel- 
lent remede contre les venins. 
Mêlée avec le Tabac , elle 
corrige l’odeur defagreable de 
fa fumée. Cette plante eft dé- 
crite au long dans de Laet\ 
de dans Eujebe de Nurem- 
berg. 


DE L’ACHIOTE. - 

* "S 

L’Achiotê eft un fuc épaif- 
fi : cette teinture eft tirée 
d’un arbre fruitier de l’Amer 
rique , que les uns apellent 
slchiotl , d’autres Chancuarica , 
de d’autres P arnaqua. Voici 
comme il eft décrit par Fran* 
fois Ximenes au raport de Laèt 
«livre - 5. chap. 3. C’eft uu 
«arbre femblable en grandeur^ 
«tronc 6c forme à l’O rangers,* 


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du Chocolaté. 335 
fes feüilles font comme cel~ u 
les de l'Orme en couleur 6c cC 
âpreté, l’écorce, le tronc 6c £C 
les branches font roux tirant £C 
fur le verd , fes fleurs font tC 
grandes, diftinguées en cinq £C 
feuilles â la façon des étoil- cc 
les , d’une couleur blanche tc 
pourprine , le fruit efb fem- £ * 
blable aux premières écorces £C 
de Châtaigne , de forme êc tc 
grandeur d’une petite aman- £C 
de verte , quadrangulaire 6c £C 
qui s’ouvrê étant meur, con- ££ 
tenant certains grains fem- £C 
blables à ceux des raifins , £C 
mais beaucoup plus ronds.** 
Les Sauvages l’ont en gran- £< 
de eflime , & le plantent** 
auprès de leurs maifons : il cc 
verdit toute l’année, 6c por- £C 
te fon fruit au Printems , £C 
auquel tems.on a coutume*? 


du Chocholate. 33 7 

6c belle couleur. Gage nous 
aprend que c’efl des grains 
contenus dans les goufles de 
cet arbre qu’on fait l’Achiote, 
L’Achiote, dit-il, croit fur«< 
un arbre dansdesgoufTes ron « 
des , qui font remplies de<c 
grains rouges avec quoy l’once 
fait l’Achiote , qu’on réduite 
premièrement en pâte , puisse 
apres l’avoir fait feclier, l’on<e 
en forme des boules ron des, ce 
des gâteaux ou des petitesec 
briques, que l’on vend en fûi-«c 
te à un chacun. L’Achiote ,cc 
a t’il dit un peu auparavant ,<« 
a une qualité qui pénétré 6c« 
atténué , comme il paroît parce 
la pratique ordinaire des Me-«c 
decins des Indes qui experi-«e 
mentent tous les jours fes ef-i« 
fets , 6c l’ordonnent à leursu 
malades pour incifer 6c atte*« 

P 

\ 


Hift.Nar. 

llv.4,chap. 

» 5 >. 


338 T R A I T e '1 
»nuer les humeurs crafles 6c 
>jgroflîeres qui caufent la dif- 
sjficulté de la refpi. ration , 6c 
3?la rétention de Farine 5 de 
3>forte qu’ils s’en fervent pour 
jjtoute forte d’opilations , 6c 
sïl’ordonnent auffi aux difÇcuh? 
3stés de la poitrine, aux obftru^ 
avions des vifceres, 6c autres 
ajfemblables incommodités» 

DES AMANDES. 

Colmenero croit qu’on ne 
feroit pas mal d’ajouter les 
Amandes aux autres ingre- 
diens qui entrent dans cette 
composition , mais il entend 
les Amandes des Indes Occi- 
dentales décrites par Acofla. 
Voicy ce qu’en dit ce dernier 
«Auteur.-- Il y a une autre ef- 
„pece de Cocos , qui ont dans 


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du .Chocolaté. 339 

leur noyau une grande quan-« 
tiré de petits fruits comme» 
des amandes à la façon des« 
grains de Grenade. Ces A-«c 
mandes font trois fois auflicc 
grandes que celles de Câftil-w 
le de leur reflfemblent an goûta 
encore qu’elles foient un peuce 
plus âpres : elles font auflicc 
humides de huileufes. C’efhc 
un aflfés bon manger, aufli« 
s’en fervent- t’il s aux Indes<c 
en place d’Amandes, pourcc 
faire des mafles-pains de au-« 
très telles friandifes. Il lesc< 
apellent Amandes des Andes, <c 
parce que ces Cocos croif-c< 
fent abondamment és Andes« 
du Pérou , de font fi forts 
fi durs , que pour les ou-« 
vrir il les faut fraper rude-cc 
ment avec une groflfe pierre.ee 
S’ils rencontroient la tête de« 

P a 


340 Traite’ 
^quelqu’un quand ils tombent 
jsde l’arbre , il n’auroit pas 
asbefoin d’aller plus loin. C’eft 
3>une chofe qui Terrible in- 
jscroyable , que dans le creux 
>'de ces Cocos qui ne font pas 
3)plus grands que les autres , 
3)0u gueres d’avantage , il y a 
3>neanmoins une telle quanti- 
3)té de ces Amandes. Elles font 
3 )pourtant bien éloignées de 
3’la bonté de celles qui vien- 
j 3 nent de Chachapoyas j c’eft 
sde fruit le plus délicat , le 
sde plus friand 6c le plus fain 
5 )de tous ceux qu’il y a aux 
jjndes. Jay même connu, dit- 
3)t’il encore , un docle Mede- 
jjcin , qui afluroit qu’entre 
sîtous les fruits qui font en Ef- 
j pagne , il n’y en avoit aucun 
55 qui aprochât de l’excellence 
»’de ces Amandes. Il y en a 


du Chocolaté.' 341 
de plus grandes 6c de plus« 
petites que celles que j’ay dittc 
des Andes , mats toutes font<c 
plus grofles que. celles de<c 
Caftille. Elles font fort ten-«c 
dres à manger , ont beau-ic 
coup de fuc 6c de fubftan-cc 
ce 5 elles font fort onétueu-u 
/es , 6c croiffent en des ar-<c 
bres tres-bauts 6c de grande 
feuillage 5 6c comme c’eft unccc 
chofe precieufe , la natures 
luy a donné une bonne cou-<c 
verture, 6c une bonne defen-<c 
ce, veu qu’elles font dans unetc 
écorce un peu plus gran-cc 
de r , 6c plus piquante quecc 
celle des Châtaignes : tou-cc 
tefois quand cette écorce eftcc 
feche , 1 bn en tire facile-u 
ment le grain. On dit que leste 
Singes qui font fort friandsc c 
de ce fruit , 6c dont il y a« 

P 3 ^ 


34^ T R A I T E' 
j, grand nombre en*> Chacha- 
5 ,poyas du Pérou ( qui eft la 
jjfêule contrée du. monde où 
„il y ait des arbres qui le por- 
tent ) pour en tirer l’amande 
,/ans fe piquer , en jettent 
^rudement du haut de l’arbre 
3) le fruit fur des pierres pour 
,,les rompre , Sc les aiant ain- 
5 ,fi rompues, les achever dou- 
^rir pour les manger à leur 
„plaifir. Il y a apparence que 
ces amandes font meilleures 
pour donner corps à la com- 
pofition que le May s 6c le 
Panis , que quelques-uns y 
mettent qui font trop ven- 
teux, au lieu que les Amandes 
font modérément chaudes , 6c 
ont un fuc délicat, principale- 
ment les feches > les vertes 6c 
les nouvelles n’y étant pas 
propres. 


s . 


> du Chocolaté.' 343 
DES NOISETTES. 

Chrijlofle Acofla décrit les 
Noifettes des Indes Occiden- 
tales en cette forte. Le Noi-« 
fetier eft un fort erand ar-« 
bre , droit , délié , rond 6c « 
d’une matière fongueufe. Il a« 
les feüilles plus longues &:« 
plus larges que la palme qni<« 
porte le Cocos , 6c qui for-c' 
tent de la fommité de l’ar-cc 
bre , entre lefquelles fortent« 
de petites verges déliées plei-<« 
nés de* petites fleurs blan-<« 
ches prefque fans odeur ,« 
d’ou s’engendre le fruit ap-<« 
pelle Areca , grand commet' 
des noix , qui toutesfois n’efttc 
pas rond mais en ovale , ente 
forme d’un petit œuf de pou-<< 
le. L’écorce extérieure e& c 

P ,4 


344 Traite' 

„merveilleufement verte de- 
vant que d’être meure, étant 
,, meure elle devient grande- 
j ment jaune à la façon des da- 
„tes bien meures. Cette écorce 
, eft d’une fubftance mole Se 
, velue , qui contient un fruit 
„gros comme une grolfe cha- 
5> taigne , blanc , dur , plein de 
j, petites veines rouges, que les 
,,habitans mangent. Etant en- 
,,core verd., ils le mettent fous 
„le fable pour le rendre meil- 
leur Se plus agréable : quel- 
„ques fois ils le mangent avec 
„les feüilles de Bethel', autre- 
fois ils le rompent Se le font 
fecher au Soleil , Se puis 
j, s’en fervent ordinairement en 
„leur manger , Se en leur po- 
rtions adftringentes : pour l’é- 
3 ,corce , ils s’en netoyent les 
„dents. Il y a une autre efpe- 


du Chocolaté.' 345 
ce de Noifette , qui croît en« 
rifle de Saint Dominique ,cc 
qui efl: purgative , mais cecc 
n’efi: pas celle qu’on mêlecc 
avec le Chocolaté : elle eft<c 
décrite par Oviedo en fonte 
Hiftoire des Indes livre 2.« 
chap. 4. 6c en fuite par Mo- 
nardes. 

Ce font ces premières Noi- 
fettes que le Médecin de Le- 
defma demande:elles font delà 
qualité des amandes, mais plus 
feches 6e plus bilieufcs : elles 
.fortifient l’eflomac bien fe- 
chées au feu 6e comme gril- 
lées , 6c empêchent que les 
vapeurs ne montent au cer- 
veau. C’eft pourquoi elles 
font tres-utilcs à ceux qui ont 
des vents 6c des fumées qui 
montent des hypocondres àu 
cerveau , 6c qui caufent des 

p 5 


J 


■$4* Trait e ' 

ïongês turbulens, & mettent 
k raifon en defordre. 

DU MAY S. 

• r 

’ y 

J, Ceux qui mêlent le Ma ys 
jjou le Panis dans le Choco- 
, 5) late fonttres-mal r dit Çolme-, 
„nero, parce que ces deux dro- 
„gu£s engendrent Thumeur 
^melan colique , 8c que l’un 
9) &c 1 autre font venteux* 
3 ,Ceuxqniles font entrer dans 
„cette compofition , ajouter 
3î t il , ne le font que par œco-„ 
j,nomie, parce qu’ils font à 
„tres-bon marché. 

Mon fleur Moreau qui a com- 
menté Colmenero , afliire que 
ce que les Américains apel- 
lent Ma*ys , eft le même grain 
que nous apellons Bled dTn- 
de , ou froment de Turquie » 


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du Chocolaté. 547 
afTez connu en France, & dé- 
crit par Ximenes au raport de 
Laët , en ces termes. 

La différence du Mays fe« 
prend de la couleur de fest, 
épies ( que le commun appel 
le Mazoycm ) laquelle varier 
grandement, car les uns font« 
de couleur blanche , les au-çc 
très de rouge : il y en a« 
de prefque noirs , d’autres<« 
pourprés , bleus Sc bigarrez** 
de diveries couleurs , ( ce<c 
qui fe doit entendre de le-<c 
corce de defïus , car la fari-«c 
ne en eft blanche , ) &c. Au<c 
refte, s’il y a aucun bled que<* 
Dieu ait fait qui foit de qua-*c 
lité temperée , &; de grande c 
nourriture , c’eft fans douter 
le Maf s ( que les Mexicains** 
apellent ' TUolli ) car il n eff«« 
n’y chaud n’y froid , 

P 6 


* 348 Traite' 

«moyen entre les deux , com- 
j,me aufli ny humide ny fec , 
3 >mais du tout temperé entre 
5, les deux , bien loin d’être de 
^grofTe 6c vifqueufe fubftan- 
3 ,ce. Voila pourquoy ceux 
3 , qui l’ont jugé être de vif- 
jjqueûfe 6c grofîiere nourri- 
ture, &. d’engendrer des ob- 
,’ftruétions fe font fort trom- 
5 ,pés 5 on a trouvé le contrai- 
nt es Sauvages qui en vi- 
„vent ordinairement , parce 
5 >que jamais ils ne font tra- 
vaillés d’obftruéiion, 8c n’ont 
3 , jamais mauvaife couleur , 
33 mais au contraire ils aflurent 
35 qu’il fe digéré aifément , 6c 
«ayguife l’appetit , que même 
savant la venue des Efpagnols 
jîils ne fçavoient ce qu^c’étoit 
5 >des douleurs néphrétiques. r 
j»enf n il ne fe trouve aucun 


j 


f 


du Chocolaté. 3 49 
plus excellent remede entre* 
les Sauvages contré les mala-* 
dies aiguës. Ce que l’expe-** 
rience témoigné incontelta-* 
blement , car le Mays boiiill y çc 
en l’eau nourrit fuffifamment* 
le corps y 8c fe digéré faris cc 
aucune difficulté ny domina-* 
ge : il adoucit la poitrine , <c 
tempère la chaleur des fié-** / 
vres, principalement la pou--* 
dre de fa racine trempée dans* 
l’eau 8C expo fée au froid du* 
foir, 8c puis après bue. Or* 
ce Mays boüilly n’eft pas* 
feulement une viande faine* 

8c louable , mais peut être c s 
auffi donné fans crainte aux « : 

malades auffi bien qu’aux* ^ 
fains , aux jeunes qu’aux* 

, vieux , aux hommes qu’aux* 
femmes 8c de quelque con-<« 
duion qu’ils foient , enfaq 


350 Traite' 

«en toutes maladies , fans au- 
ijcun rifque. On dit d’ailleurs 
jjqu’il provoque l’urine 6c net- 
3)toye les conduits. Puis donc 
î>que le Mays pris avec pré- 
caution apporte mille com- 
«modités fans aucun danger 
5î( fi ce n’efl qu’on veüille dire 
3’qu’il augmente par trop le 
3’fang 6c la bile ) on ne doit 
èpoint écouter ceux qui affil- 
èrent qu’il efi: plus chaud que 
«le froment , qu’jl fe digéré 
èplus difficilement 6c qu’il en- 
tendre des obftru&ions : fui- 
èvons plutôt les Médecins 
^Mexicains, qui ayant rejette 
3>la ptifane comme ennuyeu- 
se aux malades-, ont mis en 
Sa place l’Atolle. 

Le Paniz des Indes eft dé- 
crit par Dodonee , par Dale- 
thamjt 6c par Lobel que les 

. i 

\ *“ ■ 

■ «t • * ' 


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du Chocolaté.’ J51 

Curieux pourront confulter 
là deflus. 

DE L'OREIE VAL A. 

L’Oreievala eft une fleur 
apellée par les Efpagnols , Flor 
de U Orein , à caufe de la 
reiïemblance qu'elle a avec 
l’oreille. Elle a des feuilles, 
pourprées en dedans , & ver- 
tes au dehors. Elles font odo- 
rantes , aromatiques & chau- 
des , & viennent d’un arbre 
que les Mexicains apellent 
Xuchimacutzli , ou Hucbœa- 
cutzlt. 


^35^ Traite' 

» X* 

DE LA PLEUR D’UN 
ARBRE RESINEUX, 
ET DE LA GOUSSE 
DU TLIXOCHITL. 

i ; ■ _ ; 

Monjïenr Moreau fait voir 
dans fes Annotations fur le - 
Traité de Colmenero , qtî’il a 
obmis quelques ingrediens 
necefFaires pour la compofî- 
tion du Chocolaté. Pour 
5> montrer , dit-il , que notre 
» Auteur fe peut abuferyje . 
j> vais produire deux ingrç- 
j> diens du Chocolaté , def- 
5) quels il n’a fait aucune men- 
5>tion : l’un eft la fleur d’un 
?> certain arbre refi lieux qui 
jj jétte une gomme comme le 
y> Styrax, d’une plus belle cou- - 
» Leur , fa fleur eft femblable 
« à celle de l’Orenger, d’une 


’■* Bigitized by Google 



• r 

du Chocolaté. 353 
bonne odeur qu’ils mêlent « 
avec le breuvage de Cacao , u 
qui eft le Chocolaté , de ils « 
eftiment qu’elle eft bonne cc 
pour l’eftomac. L’autre in- « 
gredient eft la goufte du « 
Tlixochitl , qui eft une herbe te 
rampante ayant les feuilles « 
femblables au Plantin , mais « 
plus longues de plus épaif- ce 
les. Elle monte le long des ce 
arbres, les embrafle de porte te 
des coftes ou gouftes Ion- « 
gués de étroites , de qualité 
rondes , qui Tentent le bau- <c 
me de la nouvelle Efpagne : te 
ils mêlent ces gouftes avec te 
leur célébré breuvage de te 
Cacao : leur pulpe eft noire, rc 
pleine de petites femences te 
comme celles du Pavot. On te 
dit que deux d’icelles trem- <c. 
pées dans l’eau de l’eau beu&> 


354 Traite' 

, .provoquent puiffamment l’u- 
„rine. 

Cesdiverfités font voir que 
la eompofition du Chocolaté 
iveff pas fixe , que les uns y 
ajoutent , &: que d’autres y 
diminuent ou y changent ce 

y • 1 \ 

qu ils trouvent a propos pour 
le goût ou pour les intentions 
differentes qu’ils ont. Le com- 
mun peuple des Negres & de»' 
Américains n’y met ordinale 
rement que du Cacaos , de 
l' A chiot e & un peu de Chilts 8c 
d'Anù. C’eft la caufe qu’on en 
void de diverfes^ couleurs , & 
de different goût. C’efl aufli 
par cette même raifon , qu’il 
y en a de bien plus cher l’un 
que l’autre * Ôt cette diyerfité 
n’eft pas feulement au prix, 
elle l’efl encore dans fes effets. 
Le Chocolaté que nous faifons 


du Chocolaté. 355 
en Europe feroit trop fade 
pour les Américains qui de- 
mandent que le Piemento do- 
mine , 8c celuy que ces Peu- 
ples compofent feroit infupor- 
table à nôtre goût , parce qu’il 
piqueroit trop nôtre palais. Si 
j’ofois décider la chofe , je 
dirois avec bien de perfonnes 
raifonnables , que de tout ce- 
luy qui fe fait parmy nos Eu- 
ropéens , le meilleur nous 
vient de Cadis , principale- 
ment lors que l’on fe fert de la 
précaution qui m’eft ordinai- 
re , qui eft d k y envoyer à ce- 
luy qui le doit faire la dofe que 
je fouhaite qu’il obferve dans 
fa compolition : encores faut- 
il que ce foit quelque perfon- 
ne qui foit extraordinaire- 
ment affidée 3 8c que fi elle 
n’eft pas du métier , elle fe 


3 5 6 T R A I T e' 

donne du moins la peine de 
le faire compofer fous Tes 
yeux , pour prendre garde que 
le tout fe dilpenfe avec fideli- 
té. Sans ces foins on court rif- 
que d’être mal fervy , & bien 
plus mal fi on le fait acheter 
chés ceux qui en vendent 
ordinairement , qui n’en ont 
que très- rarement d’aprochant 
du bon. Ce qui efl fi vray , 
que tous ceux de Cadis même 
qui en veulent avoir d’excel- 
lent , le font faire dans leurs 
maifons & en leur prefence. 
Il efl: du Chocolaté comme des 
autres boifîons : a peine en 
pourroit on trouver qui plût 
a tout le monde — Il y a des 
gens qui ne l’eftimeroient pas 
s’il n’étoit piquant. Il y en a 
qui n’en voudroient point s’il 
n’étoit doux. Les uns veulent 


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du Chocolaté. 357 
qu’il fente un peu la Canelle , 
éc plufieurs n’en fçauroient 
boire fi cela étoit. Je fuis de 
ce nombre. D’autres fans dou- 
te en jugeront autrement : je 
n’en feray pas furpris 5 car qui 
eft-ce qui eft en droit d’ôter 
au goût de chaque particu- 
lier, le privilège de juger par 
foy-même des differentes fa- 
veurs ? S’il en étoir d’autre 
maniéré , que deviendroit le 
proverbe qui dit qu’il ne faut 
jamais contefter fur la diver- 
fité des goûts. 


358 Trait b' v 

Chapitre II. 

Préparation & mélange des dro- 
gues pour faire le chocolaté , 
& manières de le boire. 

> • ** - 

«T E Cacao , & les autres 
JT 1 > drogues qui doivent en- 
trer dans la compofitïon du 
«Chocolaté fuivant la dofe 
«que l’on fe fera preferite , dit 
^Colmenero , fe pilent, & fc 
«broyent dans un mortier ou 
«fur une pierre large ôc unie , 
«qu’on apelle dans les Indes 
^Occidentales CMetatl , ou 
„Metate faite tout exprès» 
«mais avant que de les piler 
«pn les doit faire griller U 
«bien defiecher au feu afin 
«qu’ils fe puijQfent piler plus 
«aifément, excepté l’Achiote, 
«mais il faut les faire griller 


Dig 


du Chocolaté. 359 
avec grand loin , 6c les re- « 
muer fans difcontinuation « 
en les grillant , afin qu’ils « 
ne fe brûlent , 6c devien-« 
nent noirs, ce qui leur fe-« 
roit perdre leur vertu , 6c « 
les rendroit amers. La Ca-« 
nelle 6c le Poivre de Mexi-« 
que ( pour ceux qui les veu- u 
lent employer ) doivent être“ 
pilez les premiers , 6c ce« 
dernier le doit être avec T A- “ 
nis, 6c le Cacao le dernier 5 « 
mais peu à peu jufques a« 
la quantité fuififante , 6c 
chaque fois il faudra luy« 
donner deux ou trois jours 
dans la pierre afin qu’il foit« 
mieux broyé. Chaque cho-<c 
fe fe broyé feparément, 6c « 
puis après on met les pou-« 
dres de tous les ingrediens« 
dans le vaifleau , ou eft le*» 



3<ro Traite' 

3) Cacao où on les mêle avec 
„ une cueillier , 6c aufli- toc .. 
5, apres on prend de cette pâte, 

„ qu’on recommence à broyer / 
„ fur la même pierre , fous 
„ laquelle on met un peu de 
„ feu, apres que la confection 
„ eft faite , en évitant que le 
„ feu ne fut pas allés grand 
„ pour la chaufer exceflive- 
„ ment de peur de refoudre . 
„ 6c de dilïiper la partie bu- 
„ tyreufe. Il faut aulïi obfer- • 
„ ver qu’en broyant le Cacao , 

„ il faut l’Achiote afin que 
„ la couleur s'y prenne mieux. 

„ Les poudres de tous les in- 
„ grediens, à la refervede cel- 
„ le du Cacao , fe doivent paf- • 

„ fer par le tamis. Si on ôte 
„ la coquille j ou l’écorce du 
„ Cacao , la confection en fe- 
„ ra plus délicate 6c plus deli- 

cieufe 





— , r-r s r» 


non pas 
celuy de 
l'Europe. 
Or le Pla- 
tanus des 
Indes à été 
ainfi no:n- 


du Chocolaté. 3^1 
cieufe. Lors que letoutpa-“ 
roîtra être bien broyé, & in- te ^ 3 

corporé ( ce que l’on recon- <t le plane 
noîtra lors qu’on n’y verra « dInde& 
pas la moindre petice paille ) « 
on prendra avec une cueil- te 
lier de cette ma de , qui fera « 
prefque toute fondue 6c li-«e 

1 ni 1 r 1 «mu no;n- 

quefiee, dont on fera des te m / parls 
tablettes qu’on mettra dans et Efpagnols 
des boetes où elles devien- te ^uî 
dront dures à mefure que « nous font 
la ma Ife fe rafroidira. O11 ^ on . u ' s - ’ 

car il n a 

obiervera cependant que pour rien de co- 
faire ces tablettes , il faut m A un ^ cc 
jetter une cueillerée de cet- ne , mais 
te made fur du papier , ou 
fur quelques grandes feuilles palmeAât 
d’arbres comme ed le Plane, * en , f° r n-e 

qu\n gri- 

deur de feuilles , qu’il a fi grandes qu'elles couvrent un 
homme depuis la têce jufqucs aux pieds. Il eft meme 
remarqué au lecond Tome de l’Amérique, que ces 
feuilles fervent à écrire , comme anciennement celles 
du papier. 


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> 1,TW!IIJPPIPJ I 

562, Traite' 

qui efl la façon qu’on le pra- 
tique aux Indes : mais comme 
le Plane nous manque en ces 
Païs , on la verfe fur du pa- 
pier , où elle s’étend , 6c étant 
mife à l’ombre , elle s’endur- 
cit , 6c après en pliant le pa- 
pier j ils en tirent les table- 
tes , qui pour être grades fe 
feparent aifément du papier , 

6c fi on la verfe en quelque 
vafe de terre ou fur un ais 
on ne fçauroit les détacher 
aifément ny les retirer en- 
tières. 

Il n’y a pas moins de di- 
verfïté dans la maniéré de boi- 
re le Chocolaté , que dans la 
méthode de le compofer. Les 
Mexicains le boivent ordinai- 
rement avec l’Atolle. C’eft 
ainfi qu’ils apellent une efpece 
de bouillie claire faite avec la 


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du Chocolaté.' 363 

farine de Mays detrempée & 
cuite dans l’eau qui efl leur 
breuvage le plus ancien & le 
plus commun. Il y a plufieurs 
maniérés d’aprêter l’AtolIe, 
comme on peut le voir dans 
du Laet , * ou je renvoyé les *ii y. 7 . 
Curieux. Car comme c’eft un clup.8. 
Breuvage inconnu en ce païs 
icy , & d’ailleurs venteux ôc 
mal fain , ii n’efl pas necef- 
faire d en parler plus au long. 

Je diray feulement que ceux 
qui s’en fervent pour prendre 
îe Chocolaté , en font diffou- 
dre une tablette dans de l’eau 
chaude , & puis la remuent 
avec le moulinet dans la taffe 
ou l’on le veut boire,& quand 
ü .efl en écume * ils rem- *Ona pe u 
pliffent le refie de la taffe Iee ”F' n- 
d’Atolle tout chaud , ôc puis écume" 6 ' 
ils le boivent chaudement Moufle. 

Q. * 


Digitized 



3^4 T R À I T E' 
gorgée à gorgée, 
i- Il y a encore au raport de 
>> Thomas Gage , diverfe^ autres 
s? maniérés de prendre leCho- 
33 colate 5 qui eft qu’aprés que 
33 Ion l’a diflout dans de l’eau 
33 froide ôc remué avec le mou- 
33 linet l’écume en étant ôtée 
33 & mife dans un autre vafe , 
33 on met le refte fur le feu 
33 avec autant de Sucre qu’il 
33 en faut pour le rendre doux, 
,3> &. lors qu’il eft encore 
.33 chaud , on le verfe deftus 
33 l’écume qu’on en a fepare , 
33 &: puis on le boit. 

33 Mais la façon la plus com? 
33 muneeftde bien faire chauf- 
33 fer l’eau , puis en remplir la 
33 moitié de la coupe ou l’on 
33 veut boire Ôc y diftoudre'une 
>» tablette ou deux , ou plus , 
wjufques à ce que l’eau foi^ 


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du Chocolaté. 365 
aftes épaiflie , puis le bien « 
remuer avec le moulinet, 8c « 
quand il eft aftes battu 8c < c 
converti en écume, de rem- <« 
plir la coupe d’eau chaude « 
8c de le boire , après y «< 
avoir mis du Sucre ce qu’il « 
en faut 8c manger un peu « 
de conferve ou de mafle- « 
pain trempé dedans le Cho- « 
colate. ; «< 

Il y a encore une autre ma- « 
niere d’en ufer, qui fe prati- « 
que principalement en rifle te 
de S. Domingo , qui eft de <c 
mettre le Chocolaté dans un « 
vafe où il y a un robinet « 
avec un peu d’eau, puis le « 
laifter boüillir jufques à ce« 
qu’il foit diftout , dey mct-% 
tre de l’eau 6c du Sucre fuf- « 
fîfamment félon la quanti-» 
té du Chocolaté , 8c puis « 

a 3 



K77 


^64 Traite 
9>le faire bouillir derechef, 
» jufques à ee qu’il fe fafTe 
i> une écume on&ueuf'e par 
ajdefFus ôc le boire après 
« cela. 

» Les Indiens fe fervent 
55 auffi dans leurs feftins , 
3) &. dans leurs réjouifTan- 
33 ces d’une façon de boire 
33 le Chocolaté froid , afin de 
* 33 fe rafraichir , qui fe fait 
33ainfi.- 

>3 On- prend- le chocolaté 
33 dans lequel l’on n’a mis que 
33 peu ou point d’autres ingre- 
33 diens, 6c l’ayant difïbut dans 
33 de l’eau froide avec le mou- 
ssiinct , l’on en ôte lecumè 
33 avec la partie graffe qui s’é- 
3^ leve par defTus «n grande 
33 quantité , principalement 
33 quand le Cacao eft vieux 
- 33 éc commence a fe cor rom- 


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1 ^ T t" 


du Chocolaté^ 3^7 

prc. On met l’écume dans « 
un plat à part , & on met du « 
Sucre avec celuy d’où l’on a « 
tiré l’écume , qu’en fuite « 
l’on verfe de haut fur l’êcu- «c 
me & puis on le boit ainf te 
tout froid. Ce breuvage eft « 
iî froid qu’il y a peu de gens « 
qui s’en puiftent fervir : car « 
l’on a juftifié par l’experien- « 
ce qu’il eft nuifible de qu’il « 
caufe des douleurs d’efto- « 
mac,ôc particulièrement aux « 
femmes. « 

La troiféme maniéré de« 
le préparer, eh: celle de tou- « 
tes qui eft la plus en ufage , « 
parce qu’en cette maniéré là « 
il ne fait aucun mal 5 de je te 
ne vois pas de raifon , pour- « 
quoy l’on ne s’en doive aufli te 
bien fervir en Angleterre , « 
comme on fait en d’autres « 

0.4 


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568 Traite' 

„ païs, dont les uns font chauds 
» ôc les autres font froids ; car 
3> dans tous les endroits ou fori 
3j s’en fert le plus , foit dans 
?» les Indes, foit en Efpagne 
» foit en Italie ôc même en 
3 >plandres qui eft un païs 
3 ï froid , l’on trouve qu’il s’ac- 
3) corde au tempérament d’un 
chacun. 

3> Il y a encore dit Colmcnercr 9 
3> une autre façon d’acommo- 
3> der le Chocolaté , plus b rie- 
33 ve pour les hommes d’affaï- 
33 res qui n’ont pas le loifir 
33 d’attendre une longue prepa- 
33 ration , laquelle eft bien fai- 
33.ne ; &: c’eft celle dont je me 
33 fers. La voicy. Tandis qu’on 
33 fait chauffer de l’eau , on 
33 prend une tablette deCho- 
33 colate,ou bien on en râpe ce 
v donc on a befoin , que l’on 


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du Chocolaté. 3^ 

mêle a v c c du fu cre <i pro- ti 
portion du Chocolaté que te 
I on y a mis , le tout dans un te 
petit pot, l’eau étant chaude ce 
On le verfe dedans , 8c on t« 
le défait avec le moulinet s «c 
on le boit enfuite fans avoir cc 
feparé lecume comme on a <e 
de coutume de faire aux au- <c 
très préparations-. «« 

A Livorne 8c en d autres 
endroits d’Italie où l’on a ac- 
coûtumé de mettre à la gla- 
ce ou à la neige prefque tou- 
tes-le> boilTons, pour chercher 
des temperamens contre les 
exceflives chaleurs qui ré- 
gnent en ces pais là , 011 boit 
fou vent le Chocolaté à la çla- 

, o 

ce : cette maniéré de le boire 
n’efl point defagreabie * en 
quoy il différé parti culieremêe 
du Café 8c du Thé qui ne font 

CLs 



'tfô Traite'. 

bons que chauds. Cependant 
je m’aflure que c’efl plutôt le 
goût ôc le plaiflr qui l’ont in- 
troduite &: authorifee , que la 
taifon &: la fanté. 

Après avoir fait un afles 
long & afles exad détail des 
differentes maniérés dont on 
aprête ailleurs le Chocolaté 
pour le boire , il efl: tems que 
je die de quelle forte nous 
1 accommodons en France. Or- 
dinairement on met dans la 
chocolatière ou dans le co- 
quemart où l’on veut le faire 
cuire, autant de gobelets d’eau 
qu’il y a de perfonnes qui 
en veulent prendre : enfuite 
on fait bouillir cette eau , &c 
dez qu’elle bout , on y jette 
dedans ( fl le Chocolaté efl 
excellent ) une once 6c un 
quart de la poudre qu’on ea 


dû Chocolaté.' 371 

a râpée 6c mêlée avec du 
moins une once de Sucre pour 
chaque gobelet d’eau. Sans 
aucune perte de tems , on lè 
remue dans la* chocolatière 
avec le moulinet pendant 
quelques momens pour le dé- 
layer : ce que l’on continue 
apres l’avoir retiré du feu juf- 
ques à ce qu’on l’ayt bien fau 
moufler. Alors on verfe de 
cette moufle dans le gobelet 
qu’on achevé de remplir du 
refte de la décoction : on re- 
commence après de le remuer 
dans la chocolatière avec le 
moulinet,jufques à ce que l’on 
ait fait revenir de nouvelle 
moufle : ce que l’on continué? 
jufques à ce que la chocol$- ■ 
tierc foit entièrement vu idée 
6c les gobelets entièrement 
pleins. il faut le humer auflï 

. Q.« 


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n* 


372, Trait & 
chaudement qu’on le peut: 
fonfFrir. Il y a des perfo'nnes 
qui prennent avant , un demi 
verre d’eau fraiche , des au- 
tres qui mangent un couple 
de bilcuits qu’ils trempent 
dans le gobelet , mais je trou- 
ve que de cette manière on 
en enleve ce qu’il a de plus 
fucculent , & que le relie pert 
quali tout fon bon goût y 
tellement qu’à mon gré il 
vaut mieux le boire comme 
il fort de la chocolatière. Si 
le Chocolaté n’étoit pas de 
toute bonté , il faudroit en 
augmenter la dofe à propor- 
tion de fa qualité , ôc pour 
ce qui eft du Sucre on en 
réglé la quantité fuivant que 
cê^ix qui en veulent boire 
ai, trient plus ou moins la dou-c 
ceur. Les voluptueux ajoutent 


do Chocolaté.' 375 

à cette préparation quel- 
ques goûtes d’effence d’Ambrc 
qu’ils jettent dans la chocola- 
tière , ou quelque petite por- 
tion dePaftillesambrées^u’on 
met dans le gobelet, ce qui en 
releve extraordinairement la 
bonté. Il y a même des gens 
qui pour en augmenter la de- 
Iicatcife r au Jieu du Sucre 
iubftituent le Sorbet d’Egypte, 
qui étant bon, le rend 1 infini- 
ment plus agréable, Enfin il 
s en trouve d’autres qui rafî- 
nant fur cét aprêt , mettent 
du lait chaud à la place de 
1 eau , & y ajoutent un jau- 
ne d œuf, à quoy je n ’a y ja- 
mais"pu m’accomoder. 

Il faut maintenant dire 
quelque chofe des précautions 
necelfaires pour le choix du 
bon Chocolaté. L’experience 1 

\ . , 


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$74 Trait e' 

pour cela fert beaucoup plus 
que tous les avis que l’on 
pourront donner pour y reüfîir. 
Cependant il n’y a pas du mal 
de fçavoir que cette compofi- 
tion fe faifant en pâte , on 
peut luy donner toutes les fi- 
gures que l’on veut. J’en ay eu 
du long, du carré, du rond, 
en gros en petits morceaux , 
& de plufieurs autres formes î 
ce que je dis parce que j’ay 
veu bien des gens, qui d’ail- 
leurs me paroiüoient ailes rai- 
fonnables , ne pouvoir fe laif* 
fer perfuader qu’un Choco- 
laté fut bon par cette feule rai- 
lon qu’il n’avoit pas la figure 
qu’ils fouhaitoient comme fi 
cela contribuoit de quelque 
chofe à fa qualité. Il faut 
prendre garde qu’il ne fente 
point le moifi , qu’il ne foie 


i 

du Chocolaté. 375 

point trop vieux > ce qui f e 
connoît s’il eft percé ou pi- 
que par de petits vers qui s’y 
engendrent tant foit peu qu’il 
fou furanné , & principale- 
ment lors qu il eft furchargé 
du Sucre. Jl doit n’avoir rien 
en le mâchant qui répugné au 
goût , ny qui fente les épi- 
ceries qui entrent dans fa com- 
pofîtion. Voilà fi je ne me 
trompe , tout ce qu’on peut 
obier ver pour le choifir , lors 
qu’on n’a pas la liberté d’en 
boire : mais lors qu’on peut 
porter la chofe jufques là,il eft 
afte s difficile de s’y tromper 
tant foit peu que l’on ait ac- 
coûtumé d’en ufer , & fur tout 
^ fi on en a bu du bon. Un des 
grands defauts que puifte avoir 
le Chocolaté à mon gré , c’eft 
lors que quelque forte d epi- 



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376 Trait e' 

cene domine, car fi cela eft,en 
le beuvant il pique direcle- 
ment lï fort le go fier, qu’on ne 
fçauroit l’avaler avec plaifir. 

Pour ce qui eif des taffes 
dans lefquelles on boit le Cho- 
colaté , les Américains & les 
curieux de ce païs fe fervent 
de celles qui font faites de Co- 
cos, & cela non pas feulement 
parce qu’elles font extrême- 
ment propres 5 mais parce que 
les bords ne s’en échauffent 
pas fi fort qu’ils puiffent brû- 
ler les levres quand on le veut 
boire bien chaud , comme fe- 
roit l’argent ou l’étain. Ces 
taffes de’Cocos s’apellent dans 
le païs d’où elle viennent 7>- 
comates. Ils font aufîi des go- 
belets des fruits d’un autre 
arbre , nommé par les Efpa- 
gnols higuero. C’eft un grand 



du Chocolaté. 377 
arbre qui a les feüilles fembla- 
blés en figure 6c en grandeur 
à notre meurier , & qui porte 
des fruits comme des petites 
citrouilles , que les Sauvages 
creufent pour faire des gobe- 
lets. Je ne diray rien ici des 
palmes qui portent les Cocos y 
puis que cét arbre a été dé- 
crit par plufieus Auteurs. Il 
faut feulement remarquer, que 
le Cocos eft couverts de deux“^ 
, écorces , dont l une eft velue 
ôc fibreufe , & fort à faire des 
cordages : &c l’autre qui eft in- 
térieure, eft unie & folide , 
propre à être travaillée en 
* gobelets. L’opinion commune 
eft qu’ils ont quelque vertu 
contre l’apoplexie, ce qui leur 
a donné la vogue pour s’en fer- 
vir à boire le Chocolaté : à 
leur defaut on peut fe fervir 


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$7 8 Trait e' ■* 

de talfes de porcellaine ou de 
fayence. 

On peut prendre le Cho- 
colaté en maniéré folide , car 
Ü s’en fait des dragées , des 
bifeuits , du maffepain 6c plu- 
£eurs autres fortes de friandi- 
. fes , & s’il n’efl pas £ utile a 
la fanté de ces façons , du 
moins il eft aufli agréable 
cju’en liqueur. 

"f Si on boit le Chocolaté pour 
la fanté feulement » il faut fe 
contenter d’en prendre deux 
K tafles par jour pour le plus, 
& plutôt le matin qu’autre- 
jnent. Ceux qui font bilieux 
au lieu de le prendre avec de 
l’eau commune , le peuvent 
. prendre avec de l’eau d’Endi- 
ve , &. principalement en Eté , 
•quand on en voudra ufer par 
forme de médicament contre 


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du Chocolaté. 379 

les intempéries chaudes du 
foyej 6c au contraire ceux qui 
auront le foye froid 6c plein 
d obftru&ions , le pourront 
prendre avec la teinture de 
Rhubarbe. On en peut ufer 
regulierement jufques au mois 
de May , 6c fur tout fi l’air efi; 
temperé. Colmcncro n’en aprou- 
vepasl’ufage pendant les jours 
Caniculiers, fi ce n’efta ceux 
à qui il ne fçauroit nuire, par- 
ce qu ils y /ont habituez. Si« 
quelqu un , dit-il , à befoinu 
d u fer du Chocolaté aux j ourse* 
Caniculiers, 6c qu’il foie d’un« 
tempérament chaud , il le« 
prendra aflaifonné avec 1 eaucc 
d’Endive de quatre joursa 
l’un , fpecialement s’il fe fent« 
le matin avoir l’eftomac foi-c« 
ble 5 6c encor qu’il foit veri-<« 
table qu’aux Indes , qui 


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t •- f *. ■sp« ■ 


ÿ8o Traite' 

» un Païs tres-chaud, on le 
?> prend en route Saifon,6c que 
J» par confequent on pourroit 
>î faire le même en Élpagne. 
» Toutesfob je repondray pre- 
» mieremcnt qu’il faut donner 
» cela à la coûtume.En fécond 
» lieu , que l’exceflive chaleur 
J? de ce Païs- là , fe trouvant 
îî conjointement avec une ex- 
j> ceflive humidité , laquelle 
5) ayde à. ouvrir les pores du 
» corps , il arrive qu’il fe fait 
» une fi grande diffipation de 
» la propre fubftance du corps, 
5> que l’on peut, non feulement 
j> le matin , mafs auffi à tou- 
j) te heure prendre du Choco- 
j) late fans aucun préjudice : Sc 
jî il eft tellement vray que par 
>> la chaleur exccfHve du Païs 
55 la chaleur naturelle fe difîipe 
>y 6c s’exhale , 6c que celle de 


r- 


fi-r-'y 


rr-*,"'.7Tv’ r "vr?: rr 
• * " » 


du Chocolaté.' 381 
,1’eftomac 6c antres parties «< 
interieure^du cofps,s’épand <c 
de telle façon aux exterieu- <« 
res j que nonobflaut ces ex- « 
cez de chaleur, les eftomacs <« 
en demeurent rafroidis : en <<- 
forte qu’ils tirent du profit «c 
6c de l’utilité, non feulement « 
du Chocolaté , lequel félon « 
que nous avons prouvé , eft cc 
modérément chaud , mais «c 
auffi du vin pur, lequel com- « 
bien qu’il falTe bien chaud , « 
ne leur fait aucun mal , au << 
contraire il conforte l’efto- ce 
mac : que fi parmy cescha- « 
leurs excefïives les Indiens < 
viennent à boire de l’eau , <« 
ils en reçoivent un notable <c 
dommage par le rafroidifle- ce 
ment de leur eflomac parle- «< 
"quel la coction vient à fe <e 
corrompre, ce qui leur caule «« 


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$8i / Tuait eJjo 

»beaucoup d’autres maladies. 
>îll faut remarquer aulîi que 
»Ies fubftances terreftres que 
j>nous avons dit être dans le 
jjCacao , tombent au fond du 
3>gobelet quand on le reduic 
5>en breuvage , 6c qu’il y a 
«des perfonnes qui croyenc 
. que ce qui demeure en ce 
jjfond eft le meilleur, 6c le plus 
jjfubftantiel , 6c ainfi ils le 
sîboivent avec beaucoup de 
^préjudice. Car outre que tei- 
lle fubftance eft terreflre , 
îîcraffe 6c opilative , elle pro- 
duit l’humeur melancholi- 
?5que i de forte qu’il la faut 
«éviter tant qu’on pourra , fe 
jîcontentant du meilleur qui 
le plus fucculent. 


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r^îi »ï’V‘î <r 


J*"— ; T "î ^TT 3 


du Chocolaté. 383 

* - * * 

Chapitre III. ^ 

Des qualité z qui refultent du 
mejlunge des ingreàiens qui 
entrent dans lu comfofition 
du Chocolute. 

s ' 1 

N O us avons examiné en 
particulier dans le pre- 
mier Chapitre chacune des 
drogues qu’on employé pour 
faire le Chocolaté , Sc expli- 
qué leurs qualitez : mais cela 
ne fuffit pas 5 car comme ces 
qualitez font differentes , on 
peut encore demeurer dans le 
doute quelle eft celle qui pré- 
domine dansle tout,& ignorer 
par là à quel ufage il peut être 
employé pour la faute , ce qui 
eft pourtant le but que nous 
devons nous propofer. 11 faut 
donc coniiderer avecauention 


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4$4 Traite' 

quelle peut être la qualité do- 
minante qui doit relulter de ce 
« mélange. *On s’aperçoit d’a- 
?> bord que la plus part des in- 
3> grediens que l’on mêle dans 
3> le Chocolaté font d’une qua- 
3> lité chaude, & par là on juge 
33 fans doute qu’il doit être 
33 fort chaud. Mais il fautob- 
33 ferver que la quantité du Ca- 
33 cao qui y entre, excede celle 
33 de tous les autres enfemble : 
33 &: qu’étant cxtraordinaire- 
33 ment froid, tous ces autres ne 
33 fervent qu’à corriger fespar- 
33 ties froides &: terreftres. De 
33 forte comme deux medica- 
33 mens de qualité côtrairefonc 
3 * par un mélange une compo- 
33 fition temperée : de meme 
33 par l’aétion Sc réaction des 
33 parties froides du Cacao, &. 
jjdes autres ingrediés chauds, le 

Chocolaté 

H • 

* 


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du Chocolaté. 3S5 
Chocolaté prend une quali- <« 
té temperée fort peu éloi- « 
gnée de la médiocrité. On « 
peut donc dire, particulière- « 
ment fi on n’y met ny Poivre « 
ny Gerofîe , qu’il eft pure- « 
ment temperé, 8c cela le peut « 
.prouver par l’experience ÔC « 
par la raifon. Pour ce qui eft ce 
de la première , après avoir ce 
raifonnablemétfuppoféavec «c 
Galien,quetoutmedicam ntee 
temperé échaufe ce qui eft «c 
froid , ôc refroidit ce qui eft <c 
chaua : comme feroit l’eau ce 
tiede , qui mêlée avëc l’eau <c 
chaude la rafraichit, 8c avec c c 
l’eau froide l’ échaufe : on ce 
n’aura plus de peine à com- «c 
prendre, ce que l’on dit, 8c ce ce 
que l’on éprouve du Choco- cç 
late, qu’il échaufe les efto- <c 
çnacs réfroidis , -8c qu*il ra- « 

K 




386 Traite' 
»fraichit les eftomacs échau- 
ffés. Colmcnero l’experimen- 
»toit fur luy même lors qu’il 
»pratiquoit la Medecine dans 
»l’Amerique. Car il dit que 
»lors qu’il revenoit de vifiter 
» lès malades tout écaufé , 
»cpux du païs luy perlua- 
‘ ’idoient de prendre une tafle 
>’de Chocolaté : ce qu'il fai- 
»foit, 6c il en apaifoit fa foif 6c 
5>fe fentoit rafraichy. Au con- 
5>traire le matin à jeun que les 
^glaires qui relient de la di- 
«gellion alïoiblilTent 6c ra- 
^froidilfent l’ellomac 5 s’il en 
”prenoit une talfe il remar- 
”quoit fenfiblement fon ello- 
5>mac fortifié 6c échaufé. 

3> On connoit encore par l’ex- 
»perience } qu’il n’y a que tres- 
j’pcu de perfonnes qui ncs’ac- 
»commodenc de ce breuvage , 


du Chocolaté. 387 

que de tous les âges , de tous 46 
les fexes , de tous les tempe - 46 
ramens , la plu (part s’en trou - 46 
vent bien. Or il e fl confiant 
que de ceux qui en prennent 
les uns font d’un tempérament 
chaud èc bilieux , ou fanguin > 
les autres froids , pituiteux ou 
mélancoliques : par confe- 
quent il eft évident que puis 
qu’il ne s’en trouvent pas mal, 
il faut qu’il n’augmente point 
les qualitez qui prédominent 
en eux. Caria caufe des mala- 
dies la plus univerfelle feloji 
le fentiment du Prince des 
Médecins *eft lorsqu’une des 
qualitez , ou plutôt une des 
humeurs aufquelles ces quali- 
tez font attachées vient à do- 
miner trop fenfiblement , au 
point de n’être pas corrigée 
par les autres oppo fées. Ou 

R » 


* Hippo- 
crate, 


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388 Trait e' 

peut auffi remarquer dans fu- 
fage de cette boiffon , qu’elle 
ne donne point a la tete , 
quelle n’altere point 5 bien 
loin de là, il m’eft fou vent arri- 
vé apres avoir pris du Choco- 
laté , de faire trois ou quatre 
heures en fuite mon repas, fan s 
boire la moitié de mon ordi- 
naire, 6 c qu’elle n agite point 
le poux : ce qui font des effets 
de la chaleur, comme on le re- 
marque au vin , à 1 eau de vie 
aux liqueurs fpiritueufes , 
pour peu d excès qu’on en faf- 
fe : quelle ne fait point aufïî 
des effets contraires , comme 
d’affoûpir,de faire mal à l’eflo- 
mac , de rendre le poux lan- 
guiffant 5 c le corps pefant, qui 
font des effets de froideur, 
comme on le remarque aux 
herbages , aux légumes , au 


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du Chocholate.' 382 

laitage 6c à l’eau froide. D où 
l’on doit inferer que le Cho- 
colaté eft , comme je l’ay déjà 
dit, unç compofition fort tem- 
pérée. 

Maintenant pour apeller« 
la raifon au feeours de l’ex- 
perience , confiderons que ce 
toutes les parties du Cacao « 
ne font pas froides , puis que «« 
comme j’ay fait voir , il y en « 
a beaucoup de butyreufes 6c « 
fui fu ré es , qui font incon- <c 
teflablement chaudes 6c in- « 
flammables. Quoy qu’il foit «c 
donc vray , que la quantités 
de cette drogue eft plus forte « . 
dans le Chocolaté que tous 
les autres ingrediens,Ies par- « 
ties froides ne reviennent ce 
tout au plus qu’à la moitié. « 
Ainfi bien que toutes ces ce 
parties froides 6c terreftres« 

R i 



390 T R A I T l' 

«du Cacao foient la bafe de 
,î cette compofition , il arrive 
„ par la trituration de le mé- 
* „ lange qu’on en fait , tant 
3, avec fes parties butyreufes de 
» chaudes , qu'avec les autres 
» drogues chaudes au fécond 
'„Sc au troifiéme degré , qui 
3) ont une qualité plus aétive > 
3, que de tout ce mélange il fe 
3, fait un compofé temperé dans 
3> fes premières qualitez : de 
3 î même que l’on voit en deux 
33 perfonnes qui fe touchent les 
33 mains > dont Fune les a froi- 
33 des & l’autre chaudes : les 
» unes & les autres fe tempe- 
3>rent mutuellement fans ex- 
33 cez de froid ou de chaleur. 
33 Pareillement de deux perfon- 
- 33 nés .qui luitent ou fe bâtent 

33 enfemble,&; qui onrau com- 
33 mencement leurs forces tou- 


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du Chocolaté. 391 
tes entières , par l’adion , & « 
parla réaction mutuelle de « 
l’une contre l’autre ÿ il arrive ce 
infailliblement, qu’à la fin du ce 
combat opiniâtré , leurs for- c< 
ces fe trouvent diminuées & cc 
ralenties afies fenfiblement ce 
pour leur faire trouver du cc 
plaifir à finir leur combat &: ce 
à fe repofer. C’efi le fenti- ce 
ment d’Ariftote , * qui dit cc 
que tout agent pâtit auffi bien cc 
que le patient. On voit aufïi cc 
qu’un infirument à couper ce 
eft émou fie par la chofe qu’il ce 
coupe , que ce qui échaufe ce 
fe refroidit, en agiflant con- cc 
tre le corps froid , St que ce ce 
quipoufieefi: en quelque fa- ce 
çon repoufle par la refiftan- ec 
ce qu’il trouve. Je recueille « 
de tout cela , continue CoL ce 
menero , qu’il vaut mieux fe « 

R 4 


* Au 4 .îiv< 
de la géné- 
ration des 
Animaux 
chap. 3. 


il 

I 


391 Traite' 

fervir du Chocolaté quelque 
>5 tems après avoir été fait , 
5, que tout fraîchement : ce 
5) qui doit être du moins un 
jj mois entier , m’imaginant 
s? que ce tems eft necefFaire , 
„ afin que les qualitez con- 
>5 traires des ingrediens s’afFoi- 
5> biilFent , de qu’elles foient 
55 réduites à une médiocrité 
5> de température convenable : 
5) parce que comme il arrive 
55 ordinairement, qu’au com- 
5 î mencement chaque contrai- 
55 re veut imprimer de faire fou 
55 effet , la nature ne foufFre 
55 pas qu’il puifFe s’échaufer 8 c 
55 refroidir en même tems.C’eft 
55 la caufe pourquoy Galien au 
55 Livre de la Méthode , con- 
55 feille de laifFer pafFcr un an , 
5> ou pour le moins fix mois > 
» avant que de fe fervir du 


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r 


du Chocolaté. 393 
Philonium , parce que dans <* 
cette compolition il y entre ce 
du fuc de Pavot, apellé Opium , « 
qui eft froid au quatrième « 
degré , &; du Poivre avec « 
quelques autres ingrediens «c 
qui font chauds autroifiéme. <c 
Cette do&rine e£t confirmée cc 
par la pratique de quelques- « 
uns /que j’ay priés de me di- te 
re quel Chocolaté ils trou- « 
voient le meilleur j qui m’ont <c 
répondu que c’efi: celuy qui te 
eft fait il y a quelques mois, « 
& que le recent leur faifoit te 
du mal & leur relâchoit l’e- <c. 
domac, parce qu’à mon avis, « 
les parties grades &. butyreu- c* 

* lès ne font pas tout à fait te. 
corrigées par les parties ter- u 
redres du Cacao : ce que je t f 
prouve par cette raifon , que « 
£ l’on donne un bouillon au <« 

K y 


* 






394 Traite' 

»> Chocolaté pour le boire , ce 
>, qu’il y a de crafle 8c de bu- 
„ tyreux en luy fe fepare , 8c 
» relâche l’eftomac ( encore 
9> cju’il foit vieil ) comme^’il 
,î étoit fraîchement fait. 

9, Pour donc refoudre ce fe- 
9» cond article , il faut avoüer 
9> que le Chocolaté n’eft point 
9ï li froid que le Cacao , ny 
» aufli fi chaud que les autres 
» ingrediens j mais que par 
9» l’aétion 8e réaction d’iceux 
3J il provient une complexion 
3 > modérée , qui peut fervir 
>> pour les eftomacs qui font 
»> froids 8c pour ceux qui font 
a» chauds 1 pourveu qu’il foit 
3>pris en médiocre quantité 
« comme je diray tantôt , 8c 
3 > qu’il ait été- fait un mois 
» devant ainü qu’il a été dit. 
» Ce fa$on que je ne fjay qui 


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du Chocolaté. 395 
eft celuy qui ayant experi- « 
mente cette confeétion félon « 
qu’il convient pour chaque « 
individu , en puifle dire du c« 
mal : outre que tout le mon- « 
de s’en fervant univerfelle- 
ment il n’y a prefque per- c« 
fonne qui n’en dife du bien , 
tant aux Indes qu’en Efpa-tf 
gne Ce Médecin de Mar- c< 
che na n’a donc point eu de c< 
rail on de dire que le Cho- 
colate faifoit des obftru- « 
liions 5 puis que fi cela étoit, <« 
le foye étant opilé , tout le e* 
corps viendroit à s’amaigrir,** 
&; nous voyons le contraire 
par expérience en ce que le te 
Chocolaté engraifle. « 


5?<jr Traite* 

Chapitre IV- 

A quelles incommodités le Cho- 
, co la te efi propre.. 

I L y a quantité de perfon- 
nesqui ufent du Chocola- 
té plutôt par habitude & par 
plaifir y que par aucune vue 
de remédier, à quelque indif- 
pofition prefente » ou qui 
pourroit arriver. Ce chapitre 
n’eft pas fait pour eux. Tout 
ce que jay a leur dire , c’efb 

? ue s’il s’en trouvent bien ils 
èuvent continuer. Mais com- 
me la Medecine fçait faire 
choix des alimens , &: des 
bo liions les plus ordinaires- 
pour en foulager les malades > 
je crois ne devoir pas finir 
ce difeours du Chocolaté fans 
dire à quelles maladies H peut 


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BU CHOeatATIV tn 
être propre , & à quelles ren- 
contres il ne l’efo pas.. Les 
Auteurs, font: fort fuccints; 
là deflus ,. ce qui m’oblige- 
ra. aufli d’être beaucoup plus, 
court dans ce Traité , qüé: 
je ne l’a y été dans les prece— ; 
dens.. ' 

Comme le- Chocolaté efo 
compofé de drogués la pluf- 
part ftomachiques , ainfr que 
je l’ay remarqué dans leurexa— 
men 5, il s’enfuit neceflaire- 
ment qu’il polfede. cette mê- 
me qualité. G’eft pourquoy les; 
perfonnes qui ont» l’eftomac. 
épuifé & affoibli par la coli- 
quejia diarrhée , les vents v les 
évacuations copieufes,fe trou- 
vent parfaite met bié de l’ufage 
decette boiffon.Aufli s’enfert- 
t»*ori plus fréquemment dans* 
i’Amerique que dans l'Europe* 





39B Traite"* 

»> parce , dit Thomas Gagè. y 
» qu’en ces Pais là on eft bien 
5> plus fujet aux foiblefles d’e- 
« ftomac qu’en celuy~cy , à 
j> quoy l’on remedie par un 
5) verre de bon Chocolaté qui - 
jî remet & fortifie d’abord l’e- 
ftomac. 

>9 Je puis dire pour mon par- 
5) ticulier , pourfuit-il , que je 
>j m’en fuis fervy pendant dou^ 

3 î ze ans fans difcontinuation , 

3? en prenant un verre le ma- 
33 tin, un autre devant dîné fur 
» les neuf ou dix heures , 

« encore un antre , une heure 
33 ou deux après dîné 5 un au- 
39 tre enfin furies quatre à cinq 
33 heures après midy. Mais lors 
3> que j’avois deflein d’étudier 
33 le foir j’en prenois encore un 
>» verre fur les fept à huitf 
heures 3 avec quoy j etudiois 


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g - • .—s « .n jff ifyy r; *■ . 

du Chocolaté. 3^ 
facilement fans dormir juf- et 
ques a minait. « 

Que fi par Kazard ou jpar et 
négligence je manquoisd en *c 
prendre à ces heures là , je « 
ne manquois pas auffi-tôt « 
de fentir des foiblefles d r e- «« 
ftomac , Ôc comme des de- u 
faillances ou maux de cœur. << 
De forte qu’en ufant ainfi je « 
vécus pendant douze ans « 
en ce Pais là dans une par- « 
faite Tante, fans aucunes ob- « 
ftruélions ny opilations , &: et 
fans avoir de fièvre n’y d’au- 
tre femblable indifpofition. <c 
Ce n’efi: pourtant pas que c<* 
je veüiîîè regler autruy par « . 
mov-même, ny faire le Me- 
dccin pour ordonner la do- ce 
fe de ce breuvage , n’y en c« : 
preferire le tems , &: encore ce 
moins deffinir ceux qui s’en- 



4toa T R A IT E /( 

», doivent fervir- • „ 

?» Je diray feulement qu’il f 
v) en a eu quelques-uns qui s’en* 
» font mal trouvez , foit pour 
» y avoir mis trop de Sucre r 
» qui lâche L’eftomac, ou pour 
» en avoir bu trop fouvent.. 

» Mais je puis dire aufli que 
r) ce n’eft pas feulement du 
, a Chocolaté , mais de tousses 
># autres breuvages, que fi. l’on. 

en boit trop au lieu que d eux 
y> mêmes ils font bonsaïs peu- 
»vent devenir nuifibLes. Que 
» fi le Chocolaté a eaufê .des, 
» opilations à quelques-uns» 
„c’efl parce qu’ils en prenoiét 
M trop fouvent , comme lors 
» qu’on boit trop de vin , au 
ar lieu de fortifier &: échaufer 
» il engendre des maladies froi- 
des , parce que la nature ne 
ir le peut furmonter ,n y digérer; 


du Chocolaté. 401 
cette grande quantité pour 
la changer en bonne nour* <* 
riture. « 

De même celuy qui boit « 
du Chocolaté plus qu’il ne « 
faut, parce qu’il a des parties «' 
on&ueufes ou grades , dont <* 
la diftribution étant en trop « 
grande quantité , ne fe peut 
pas faire facilement par tout, «• 
il faut par neceffité que ce «« 
qui refte dans les petites vei- oc 
nés du foye, y caufe des opi- « 
lations &. des obftrudions. 

Il faut remarquer pour ne 
fe pas laifler tromper à une 
efperance de guerifon vaine 
& mal fondée, que quand on 
parle de ces foiblefles d’efto- 
mac aufquelles le Chocolaté 
eft bon, il faut entendre celles 
qui fe font par fon inanition s, 
foit que les alimens foient trop 


402. Traite' 

peu nourriflans comme Ion 
croit qu’ils le font dansl’A- 
merique , loit que le corps 8l 
l’eftomacen particulier l'oient 
dpuilez par quelques évacua- 
tions : foit que cela vienne 
d’un air trop fubtil , qui dif- 
lîpe promptement les alimens 
que l’on a pris , comme il ar- 
rive dans les pais froids 8c 
de montagne , où l’appetit eft 
toujours à l’erte. Mais lors que 
ces foiblefles viennent d un 
amas de chyle corrompu , de 
glaires , ou d’autres humeurs 
corrompues qui dotent dans 
leftomac , qui ôtant l’appetic 
l’afFoiblilTent , 8c cherchant 
iftuë , caufent des cours de 
ventre, des vomiflemens ou 
des foulevemens de cœur 5 en 
ce cas là le Chocolaté eft un 
tres-mé chant remede : comme 





du Chocolaté. 403 

il eft vifqueux 6c pefant , ii 
fe mêle avec ces glaires ou ce 
chyle crud , 6c émou fie enco- 
re davantage les pointes du 
ferment. J’ay oüy dire à une 
perlonne de qualité , que fe 
trouvant en un femblable état,, 
elle prit à la perfuafion de 
quelque amy , un couple de 
tafles de Chocolaté, croyant 
d’y trouver du remede en fon 
mal. Mais cela ne fit que l'au- 
gmenter, jufques à ce qu au 
bout de dix ou douze jours , 
il luy furvint un vomiirement 
d’humeurs bilieufes 6c glai- 
reufes , 6c à la fin d’une efpe- 
ce de mortier, qui avoit en- 
core le goût du Chocolaté , 
qui par confequent étoit refié 
tout autant de tems au fonds 
du ventricule, fansfe pouvoir 
digérer. 


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404 Traite' 

Il en eft de même de la 
colique : fi elle vient de quel- 
ques humeurs bilieufes, fubti- 
les j acres êc piquantes j qui 
irritent & rongent, pour ainft 
dire, les inteftins , quelques 
tadfes de Chocolaté prilesavec 
peu de Sucre , feront capables 
d’en rompre fenfiblement la 
pointe. Mais fi cette douleur 
provenoit de quelque pituite 
vitrée, collée contre les mem- 
branes des boyaux , il faudroit 
choifir en ce cas tout autre 
remede plutôt que le Choco- 
laté , qui eft incapable de les 
difToudre. 

La plufpart des Prédica- 
teurs fe trouvent fort bien de 
Ion ufage, foit avant , foit 
après l’aélion. Avant l’aétion 
il foûtient leur vigueur beau- 
coup . mieux qu’un bouillon 


T *' TJ • 


du Chocolaté. 405 

quipaffe trop vîtc, 6c après 
Faction il repare les forces 
èpuifées. J’en connois qui 
• alîurent qu’il reveille 6c forti- 
fie la mémoire. Les Voya- 
geurs s’en trouvent parfaite- 
ment bien : c’eft pourquoy 
on lit fréquemment dans les 
Relations de ceux, qui ont par- 
couru le nouveau Monde , le 
foin qu’ils prenaient dans leur 
voyage, de boire du Chocolaté 
avant que de partir 6c après 
être arrivés , 6c le bien qu’ils 
en recevoient. 

s- Tous ceux qui ont bû du 
Chocolaté conviennent qu’il 
eft fort nourrijGTant.il l’eft tant, 
qu’il n’y a point de bouillon 
de viande , qui foutienne plus 
long-tems ny plus fortement. 
Bien deperfonnesqui s’étoient 
réduites pour la fanté à en 


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4qé Traite' 

boire fouvent , ont pafle plu- 
fleurs jours à fe contenter d’en 
prendre trois tafles par jour 
fans autre nourriture ôc ne 
s’en font pas mal trouvées. 
Un de mes amis travaillé d’u- 
ne indifpofition qui l’empê- 
choit de manger , partit de 
Paris dans cet état par le Car- 
rofTe pour venir à Lyon. Il 
fut onze jours en chemin, 6c 
pendant tout ce tems-là il ne 
prit que trois talTes de Cho- 
colaté par jour, & bien loin 
d’en être incommodé il s’en 
trouva beaucoup mieux. On 
n’en fçauroit prendre une 
bonne talTe le matin, fans fe 
tirer de l’impatience d’atten- 
dre le dîner. Cette qualité de 
nourrir extraordinairement , 
luy eft -fi naturelle , que per- 
sonne ne la luy contefte. Ce 


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wr 


r *• 




du Chocolaté. 407 

qui eft fi vray , que Caldera 
Médecin Efpagnol dans un 
Traité qu’il avoit fait, intitulé 
T'ibunal Medico- Magicum, avolt 
foutenu l’opinion qu’il rom- 
poit le jeûne : fentiment qu’il 
a eu jufques à ce qu’il enaic 
été détrompé par les fortes rai- 
fons qu’à employées le Car- 
dinal Brancacio dans une dif- 
fertation qu'il a donnée au 
Public pour prouver le con- 
traire. Voicy ceque dit fur ce 
fujet, le Journal des Sçavans 
de l’année ié66. imprimé à 
Paris de à Amfterdam , dans 
l’opinion que les Curieux qui 
ne l’auront pas leu ailleurs , le 
liront icy avec plaiiir. 

Au lieu que dans l’Euro- « 
pe on fe fert de biere au de- <c 
faut de vin , dans l’Ame- « 
rique on fe fert de Chocola- 



4oS Traite' 

« te. Ce Breuvage eft fait d’u- 
39 ne certaine pâte dont la 
5) bafe eft le fruit d’uu arbre 
fort commun en ce païs-là , 
5> que l’on apelle Cacao , avec 
)> lequel on mêle de la Canel- 
î» le , un peu de poivre & des 
35 goulfes de Campefche , qui 
35 ont lodeur & prefque les 
55 mêmes qualités que le fe- 
» noüil. On prend une once 
35 de cette pâte , que Ion de- 
»laye dans un demi feptier 
35 d’eau , & on y ajoute une 
35 demi once de Sucre pour 
33 rendre cette composition 
33 plus agréable. Les Indiens 
33 ayment paffionnement ce 
?5 breuvage , & ils en boivent 
39 en fi grande quantité , que 
V dans la nouvelle Efpagne feu- 
>5 le, on y employé par an plus 
» de douze millions de livres de 

Sucre 


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du Chocolaté. 409 
•Sucre,La raifon pour laquel- ce 
lë iis en font tant d’état, c’eft <c 
non feulement parce qu’il eft ce 
agréable au goût, maiscnco- ce 
re parce qu’il a de merveil-cc 
leulës qualitez pour confier- ce 
ver la fanté. Car on dit qu’il ce 
aide à la digeftion , qu’il en- ce 
graille , qu’il échaufe lescc 
eilomacs. qui font trop froids, ce 
qu’il rafraichit ceux qui font* ce 
trop chauds : enfin qu’il a ce 
pluiieurs autres vertus ad- ce 
mirables que les Médecins ce 
Espagnols vantent extraor- ce 
dmairement. * t c 

Le Chocolaté ayant été ce * 
apporté de l’Amerique en ce 
Europe, l’ufage en eft de- ce . 
venu, en peu de tems fi com- < c 
raun, qu’en El pagne oneiti- ce 
me que c e 11 la derniere mi- ce 
1ère o û un homme pin lie « 

s T' 

* » 40* v & * r » . 

r • ■ 


l 


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4io ‘Traite' 

s> être réduit que de manquer 
3> de Chocolaté. Et en Italie il 
s? y a beaucoup de perfonnes 
35 de toutes fortes de condi- 
3> tions , même des Religieux 
33 qui fé font accoutumes à en 
35 prendre tous les jours. Mais 
35 lefcrupule que quelques-uns 
3? ont fait d’en prendre les jours 
35 de jeûne , a donné lieu à 
35*une queftion célébré , qui a 
3 î partagé les Cafuiftes : fça- 
3? voir , fi on peut boire du 
3> chocolaté les jours de jeûne 
s? fans contrevenir au com- 
33 mandement de l’Eglife. 

33 Ce qui fait la difficulté , 
33 c’eft que fui.vant le fenti- 
33 ment ordinaire des Théo- 
33 logiens , après S. Thomas, il 
33 n’y a que l’aliment qui rom- 
93 pe le jeûne , & non pas le 
3 î breuvage. Or d’un côté il 


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*r » ij* m 





TT*' 


du Chocolaté. 41 i 
femble que le Chocolaté Toit « 
une elpece de breuvage , 8c « 
de l’autre plulleurs preten- « 
dent que l’on le doit plutôt c t 
mettre au nombre des ali- <e 
mens. Car ife difentque c’eft ce 
une nourriture très folide : cc 
8c Sttibbe Médecin Anglois , ce 
qui a fait un Traitédu Cho- ce 
colate , a expérimenté que ce 
l’on tire plus d humeur on- ce 
clue ufe 8c ' nourri liante d’u- ce 
ne once de Cacao, que d’une ce 
livre de bœuf ou de mouton. c« 
Neanmoinsle Cardinal Bran-« 
cacio foutient que le Choco- cc 
late ne rompt .point le jeune 
8c il a fait expré s'unedifler- ce 
ration pour le prouver. ce 
Sa raifon principale eftcc 
que le Chocolaté de fa natu- ce 
re eft un breuvage , 8c palfe a 
autant pour tel dansl’Ameri- « 

S 1 


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. # 

* 


4 12 , T R A I T 

>, que, que le vin & la biere 
« dans l’Europe : d où il con- 
clud que h on peut boire 
5 î du vin & de la biere fans 
>5 rompre le jeûne , il efl aufB 
5» permis de boire ‘du Choco- 
j> late. Il ajoûte que la quan- 
- 5 î tiré de la pâte que l’on re- 
9ï diût en boifon pour chaque 
55 gobelet, n’étant que d’une 
55 once , n'eft pas fuffifante 
55 pour rompre le jeûne > d au- 
95 tant plus que dans cette once 
55 de pâte , il n’y entre pas la 
55 moitié de Cacao. Et à ce 
95 que l’on objecte que le Ca- 
95 cao eil fort nourri {Ta nr, il 
95 Répond que cette raifon con - * 
95 clud autant contré le vin ôc 
95 contre la biere , que contre 
95 le Chocolaté , puis qu’au ra^ 

55 port de Galien il y a du vin ' 
97 qui nourrit autant que U 


f 


Digiti 


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; 

t>ü Chocolaté^ 413 
chair de porc , -laquelle, ce* e< . 
pendant efl cenfée lanour- « 
riture la plusfolidedetoutesi « 
6c pour cette raifon étoit l’a- « 
liment ordinaire des Athle- ce 
tes r 6c la biere étant faite « 
comme elle efl , avec du « 
bled 6c de l’orge , ne peut 
pas quelle ne nourrifîe , 6c \c 
neanmoins *ny le vin ny la « 
biere nepaffent point pour te 
alimens,mais feulement pour « 
breuvage , 6c félon le fenti- *c 
ment ordinaire des Theolo- f e 
giens ne rompent poirçt le te 
jeûne, ^ 

Au refie ce Cardinal ad- « 
ve.çtit prudemment , .que** 
S uo y • < î ue de foy-même le«c 
Chocolaté aufli bien que te «c 
vin > ne rompe point le «c 
jeûne , cela ne doit pointe* 
jfervir de pretexte pour en « 

S* 3 


414 T R A I T E' ' 

„ abufer 6c pour en boire avec 
> 5 excez. Car en ce cas il eflr 
35 vray que l’on ne pecheroit 
» pas contre la Loy Ecclefia- 
.35 llique qui commande le 
33 jeûne , mais on pecheroit 
>3 contre la Loy de nature qui 
j) oblige à la tempérance. Ec 
33 quand même on n’en boi- 
33 roit pas avec excez fi on 
33 en beu voit exprez pour frau- 
33 der le commandement de 
3> l’Eglife , l’intention feroit 
33 mauvaife , quoy que l’adionr 
33 d’elle même ne fût pas cri- 
>3minelle : 6c ai nû on meri- 
33 teroit toûjours d’être puny , 
>3 non pas pour avoir tranf- 
33 greffé le precepte deJ’Egli- 
33 fe , mais pour avoir eu iri- 
33 tention de l’eluder. < 

Le même Journal des Sça- 
yans quelques pages apres ce 




Digitized by Googl» 



t>u Chocholate. 415 
que je viens de dire, ajoute 
ce qui fuit. 

Quelques perfonnes ont 
trouve a redire que dans le 
Journal precedent on ait avan- 
cé en parlant du Chocolaté , 
qu’il échauffe les eftomàcs 
qui font trop froids, & qu’il 
rafraîchit ceux qui font trop 
chauds. • 

Mais cette difficulté ne 
peut pas avoir été faite par 
des gens qui ayent quelque 
connoilfance de la Medecine. 
Car toute l’école enfeigne 
après Gai en , que dans la na- 
ture la même caufe produit 
fouvent des qualités contrai- 
res dans des fujets differents , 
&: que cette diverfité d’effets 
eft le privilège de toutes les * 
chofes temperées. Par exem- 
ple > la main qui n’a qu’une 

S 4 




fv- 


« «■* .* * 




T RAI 

chaleur modérée paroi* chau> 
de à celuy qui a exceflive- 
ment froid , 6c froide à celuy 
qui a exçefliyement chaud-, 
6c comme elle refroidit l’un 
elle échauffe l’autre. La raifon 
eft , que les chofes tempé- 
rées participent également des 
quaiitez contraires , 6c^ainfi 
ce qui n’eft que modérément 
chaud , ayant quatre degrez 
de froid Ôç autaqc de chaleur, 
agit fur ce qui eft chaud par 
fes degrez de froid , 6c fur ce 
qui eft froid par fes degrez de 
chaleur. . \ 

La même chofe fe trouve 


encore dans la Morale : car 
comme les vertus confiftent 
toutes dans la* médiocrité, 
elles combattent également les 
deux extremitez , 6c la même, 
vaillance qui. anime ,les lâ^ 

* ' ' ; . y fCf 

P, 




\ 

* Digitized by Google 


du Chocolaté. 417 
ehes au combat , en retire les 
temeraires.' 

Apres cela on ne doit pas 
trouver étrange que les Me— 
de ci ns Efpagnols , qui. tien*- 
nent q ue le Chocolaté efl fore 
temperé , luy attribuent des 
effets contraires fuivant la dif- 


ferente difpofition des fujets 
qu’il rencontre;. 

Le Chocolaté ne nourrir; 
pàs feulement , il engraiffe' 
auffi. Je l’ay déjà dit , & voicy 
un Juge bien recevable qui le: 
confirme. C’eft Thomas Gage 
qui écrit qu’il* a oui dire de: 
ce bffeuvage auxMedecins des. 
Indes , & qu n i a vu par ex^- 
perieiuce en plu fleurs perfon- 
nés ,, quoy qu’il ne l’a y t pas; 
trouvé en effet en luy , que: 
ceux qui en boivent beaucoup* 
dev.iennent.gras &. replets y ce: 

- & $ 



4lS T RAITE' 

qui femble difficile à croire v 
puis que cous les ingrediens 
qui le compofent à la refer- 
ve du Cacao , amaigrirent 
plutôt qu’ils n’engraiffent , 
parce qu’ils font chauds ôc 
fecs au troifiéme degré , ôc 
que d’ailleurs les qualitez qui 
prédominent dans le Cacao > 
font le froid Sc le fec , qui ne 
font nullement propresi nour- 
rir &. à augmenter la fubftan- 
ce du corps» 

Mais, pourfuit-t’il, on peut 
répondre à cela que les parties 
onchieufes qui font dans le 
Cacao font celles qui engraif- 
fenc , 6c que les autres ingre- 
diens qui entrent dans cette 
ccmpofition qui font chauds 
leur fervent de véhiculé pour 
palier au foye & aux aûtres. 
parties jufques à ce quelles • 

!■ 

* ‘ 


Digitized by Cooq c 


du Chocolaté.' 41 ? 

vi ennen taux parties clîarn u ès, 
où trouvans une fubffance 
qui eft chaude 6c humide* 
comme le font ces parties 
on&ueufes , elles s’y couver* 
tiffent en la même fubftany 
ce, 6c ainfi nourriffent la chair 
& engraiffentle corps. 

Cet effet du Chocolaté non 
plus que les autres n’efi: pas 
univerfel. Ceux en qui il pro^ 
duira des obftrticfcions n’au-t 
ronc garde d’engraiffer $ au '* 
contraire le paffàge des ali- 
mens*érant embar rafle . le 
corps fera "privé de fon fuG 
nourriffier éc tombera dans la 
maigreur. Car il eft certain 
que non feulement le Choco- 
laté produit des obfh unions 
à ceux qui en ufenc avec ex- 
cez , mais encores à ceux qui. 
y ont déjà quelques difpoii.- 



♦ 


"410/ Tr A r T E' 
tions 5* car les veines là&éesv 
& les autres petits vaififeaux 
* où lesalimens palfent avec le 
£àng , fe trouvant en eux nà** 
turellemens petits, affailfez on 
embarraflez de quelques- hu-^ 
meurs gluantes & platreufes r; 
il ne faut pas douter que les. 
parties terreftres du Chocola- 
té ne s’y arrêtent 6c ny augr 
mentent le mal. C eft pour-~ 
quoy toutes les perfonnes op*. 
pilées font fort bien de s’em 
abftenir. Gn^ ouvrit: ^ y- a?, 
quelquesannées en cette Vil* 
le , une perfonnequi en ufoit; ' 
avec excez-, : on luy trouva,^ 
dans la veflie du fiel une vingi 
taine de pierres. Cela ne dero-t 
ge rien au mérité dû Chocola- 
té, 6c il n’en faut point blâmer - 
i’ufage modéré , comme, fail- 
le Medéçim Mm filon ,, quh 


V-j 


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T** -- 


du Chocolaté.', 41* 
n’étoit pas trop Ton amy. La. 
preuve qu’il fait du mal feu- 
lement en certains rencontres,, 
établit invinciblement qu’il 
doit faire du bien quand lé 
corps eft dans un état oppofétv • , 
aufli eft-t’il vray qu’il eft ex- 
cellent à ceux qui tombent 
dans des fièvres hetiques , 
qui ont des toux importunes’-,. » . 
par un fang trop acre & trop 
fluide , qui a befoin d’être 
adouci 8c épaifli. .Voilà tout 
ce que j’avois à dire du Cho- 
colaté , ôe par où je me vois 
obligé de finir, fort fatisfair 
de mes Recherches &• de mes 
Reflexions , fi quelqu’un en> 
profite pour conferver fa fan— 
té , ou pour ménager celle des. 
autres*. 

fin du Traité, du Chocolatée 




œiœi 


sÿi 



AVERTISSEMENT. 

N. » ^ 

^ ' ' '/.*'* ' *”♦ 

0#r râ» oublier de 

ce qui peut contribuer 
à F agr éement de ce 
Traité , j'aycru que j'y 
dcvois ajouter un Dialogue qu a 
composé fur le même fujct Bar r 
theUmy Marradon Médecin Ffpa- 
gnol , du voyfinage de la ville de 
Marchcna y qui a été imprimé À 
Seville r année mille fx cent dix 
huit , ér qui a été traduit depuis 
long . tems en François. Je Fay co- 
pié avec une extrême exaffitude .* 
fefpere que les Curieux auront 
plaifir de le voir é, Mon unique 
objet a été de leur en faire , et qup 
tes doit obiger d'en foujfrir quel- 
ques ebfcurités que je ri ây pu 
éclaircir y faute d'en recouvrer 
JéQrigwaL 


•** 


Digitized 



4 z$ 

8» •£**.«*«» *ï*-6«~HM •&**•£<** 

DIALOGUE 

DU 

CHOCOLATE. 

Entre un Médecin y un Indien 
f&) un Bourgeon. 

• * T 

Le Medecfk. 

L y a un breuvage' 
apellé Chocolaté du- 
quel on ufe fort aux 
Indes &c en Efpa- 
qu’ils eftiment medici- 
duquel il eft à propos, 
d’apprendre les vertus. v 

L indien.. 

Il fe fait du fruit: de ce£- 



gne 

nal 


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4^4 Dialogue 
tains arbres qui fe trouvent 
en la nouvelle Efpagne : leurs 
■feuilles font comme celles des 
Orangers, un peu plus gran- 
des : leur fruit refïemble un 
gros concombre rayé , ou ca- 
nelé 6c roux > il eft plein de 
grains qu’on apelle Cacao v 
ou petites Amandes , dont les 
unes font moindres que les 
autres , 6c félon leur g ro fleur 
on les divile dans le Païs en 
quatre eiç>eces Ils plantent 
les plus petits arbres du Cacao 
à l’ombre d’autres arbres, pour 
empêcher que J 'extrême ar- 
deur du Soleil ne les brûle 6c 
les defleche. Les Cacaos font 
a prefent en tres-grande efti- 
jne fur toutes les marchanr- 
difes qui ont cours , parce' 
qu'ils fervent de monnoye ÔC. 
que. Ion en fait ce breuvage 


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• rm Chocolaté. 41$ 

fî renommé , que Ton apel* 
le Chocolaté. 

• 1 

Le Médecin. 

Je n ay vu 6c goûté : mais 
pour vous dire la vérité , il 
ne me plaie ny pour breuva- 
ge ny pour monnoye, quel- 
que louange qu’on piaffe lu y 
donner. J’en ay oüi faire grand 
récit à un Médecin de nom 
6c de réputation , tant pour le 
gain qu’il ciroit de la compo- 
sition de ce breuvage , qu’on 
a de coutume de faire venir 
en forme de petites tabletes ou 
de conferve 5 que pour la gran- - 
de expérience qu’il a de fes 
effets , qui l’obligent même 
à en donner à fes malades. 
Quant à la qualités de Ca- 
caos , bien que pour fervit 
- à faire ce breuvage ils doi- 


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4 \G Dialogue • 


Vent être cueillis un peu vef-. 
delets j fi efb ce qu’on a de 
coutume de choilir les plus 
jfecs 6c les plus , vieux 5 6c 
nonobftant cela ils ne laiflenc 
pas d’avoir un goût âpre aftrin* 
gent 6c fi delagreable * qu’il 
. n’eft pas de merveille û ceux 
qui en goûtent , ont en hor* 
re.ur le breuvage qu’on en fait* 
Ceux qui s’en 1er vent dilent 
qu’il eftrafraicki fiant, 6c qu’il 
n’enyvre jamais , ainû que 
l’experience leur a fait con- 
noître. Voila donc la qualité 
des Cacaos , lors que l’on s’en 
fert fans autre mélange qui eft 
d’être defficatifs 6c aftringens, 
& par conlequent terreftres 6c 
refrigeratifs ainli que font 
tous' les medicamens ftipti- 
ques,au nombre defquels nous 
mettons les âpres 6c les aigres. 


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-s — v t yi pr 





du Chocolaté. 42.7 

jJ Indien. 



Je ne veux point donne? 
mon jugement touchant leurs 
qnalrtez : toutefois ayant veu 
fou vent faire aux Indes de ces 
petit'- pativ defquels on coin- 
pôle le Chocolaté &: ayant 
remarqué qu'on mêle avec les , 
Cacaos moulus & mis en pou- 
dre , fans poids fans mefu- 
re * du Poivre , de la Canel- 
le , des doux de Girofle , de 
f Anis & autres ingrediens ex- 
traordinairement chauds : je 
me ris de ceux qui difent que 
ce breuvage rafraîchit , 6c 
qu’il eft grandement médici- 
nal : foit qu’on le prenne difl- 
fout dans de l’eau tiede , foit 
qu’on le prenne épais comme 
de la viande à mangçr^ 




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42.8 Dialoôliê 

Le Bourgeois. 

Donqucs félon ce que j’en^ 
tens , celuy qui donne de ce 
breuvage à les malades n’eft 
pas alluré , 6c n’a pas la con- 
noilfance de fes facultés , puis ' 
qu’il ne fçait pas ny les Migre- 
; diens quilecompofent,ny leur 
quantité î 'voilà une grande 
malice * puis que les doctes 
Médecins reconnoiffent avec 
* Au pre- Galien , * qu’il ne faut jamais 

des Facui- donner aux malades le Poivre 
tcz tics battu & mis en poudre , ny 
Meilc: t meme aux perfonnes laines* 

mens cha- ri* • 

pitre xi, mais feulement entier : car 
échaufant l*’eflomac, .aida ne 

la digeftion , il ne peut paf- 
fer julques au foye &: es autres 
parties nobles pour les échauf* 
fer outre mefure. C’eft pour 
cette raifon que les fçava n$> 


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du Chocolaté. 419 

Médecins n’ordonnent point 
•d’eaux chaudes Sc Aromati- 
ques , comme eft celle de Ca~ 
nelle 6c autres femblabl.es , h 
elles n’ont été premièrement 
diftillées au bain Marie. 


jJ Indien. 

Dites moy je vous fupplie 
fi le Chocolaté .eft aufli mai 
iàin que le Tabac ? 

Le Médecin. 

j. . 

Non , mais l’Auteur * qui 
a fait l’Hiftoire .generale des 
Plantes , ôc qui a vu préparé): 
ce breuvage en * Nicaragua 
& autres lieux de la nouvelle 
Efpagne , dit que c’eft plutôt 
un breuvage pour les pour- 
ceaux que pour les r hommes : 
toutefois qu’au défaut du vin, 
$c pour ne pas boire toujours 


* Il entend 
Benzo, les 
paroles 
duquel sot 
raportéet 
par Clu- 
îius au fé- 
cond livre 
des dro- 
gues étrâ- 
geres c. *8. 

* Ni car a» 
gua eft une 
Province 
de la nou- 
velle Ef- 
pagne dé- 
crire par 
Laet fiv. 4. 
chap.ij. 




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430 „„ DIALOGUE' 
dejeau,il s'y accoutuma com- 
me les autres. D’où ilfautcon-- 
clurre que la necelTité du vin 
quoi! a aux Indes , a fait in- 
venter le Chocolaté , duquel 
ils le fervent en diverfes fa- 
çons 6c fous divers goûts , 
parce que la pâte des ingre- 
diens que nous nommerons cy- 
aprés , 6c qui fe broyé en une 
pierre . appellée Met ut e , elî: 
detrempée par les uns dans de 
l’eau , 6c mêlée par les autres 
avec l’ Atolle, ( qui eft l’an- 
cien breuvage des Indiens) 
lequel fe fait avec du May s 
blanc , cuit 6c lavé ? 6c qui ne 
relfemble pas mal à l’Amydon 
qui fe faicenEfpagnepour les 
malades , avec des eaux pro- 
pres 6c convenables â leur mal, 
6c lequel étant donné feul , 
doit etre tenu pour temperé , 


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du Chocolaté. 431 
comme il paroit à Ton goût 
doux & agréable j reflemblant 
même aux Amandes , lefquel- 
les ont ce tempérament mé- 
diocre & modéré. C’eft pour- 
quoy les Médecins dé la nou- 
velle Efpagne donnent ce 
Mays mêlé avec du Sucre à 
leurs malades avec tres-bon 
fuccez,lorsqu’ilsne font point 
travaillez de chaleur excéflî- 
ve : car en ce cas , félon la 
doéh ine à' Hippocrate & de Ga- 
lien , ils fe fervent plutôt de 
Panade , de Ptilànes & d’orge 
mondé , comme en Efpagne, 
Or l’ufage du Chocolaté eft fi 
familier 8c fi frequent par tou- 
tes les Indes , qu’il n’y a place 
ny marché où il n’y ait une 
Nègre ou une Indienne avec 
fa tante, fon Apajllet , qui eft un 
vailfeau comme une terrine, & 



432. Dialogue 
fbn moulinet qui eft un bâ- 
ton fait en forme de fufeati 
dont il tordent du fil en E f- 
pagne , avec leurs retraites 
pour recueillir le vent- 6c re- 
froidir leurs écumes. Ces fem- 
mes mettent premièrement â 
part une partie de la pâte ou 
du gâteau de Chocolaté , 6c la 
détrempent dans de l’eau , 6c 
après elles retirent de cette 
portion l’écume , qui eft ia 
meilleure 6c principale fub- 
1 fiance , qu’elles feparent en 
des vaifTeaux qu’on apelle Te- 
cometes , defquels elles lont en- 
tourées , ou tout à fait , ou 
• â moitié. En fuite elles diftri- 
buent cela aux Indiens , ou 
aux Efpagnols , defquels elles 
font environnées. Elles mêlent 
â ce breuvage fAtolle chaud , 
qu’elles tiennent dans des 
; pots 


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] 


t» 



dli Chocolaté. 433 
pot , auquel elles attribuent 
de grandes vertusjôc de grands 
effets. Quelques-uns veulent 
que l’on leur en donne de teint 
ac de coloré avec rAchiote,qui 
eft une poudre, ou palfiïïe fai- 
te d’un fruit qu’ils difent être 
Souverain contre la colique. 
Car les Indiens font de grands 
impoffeurs, qui donnét à leurs 
plantes des noms Indiens par 
excellence , qui les mettent en 
haute reputatiÔ.Ceft ce qu’on* 
peut dire du Chocolaté qu’011 
vend aux foires & aux mar- 
chez , 6 c qui efl le plus com- 
mun 6 c le plus ordinaire : car 
il s’en fait de diverfes couleurs 
qu’ils apellent Xocoatole^chilla- 
tôle. Vu Laet raporte pluficurs au- 
tres cfpeces cl A toile en Jon ~j liaj t 
chap .3 o. Au rejle Xocoatole 
fie de l'eau aigre qui efi faite de 

T 


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434 Dialogue 

Mays^ér. d eaity trempez toute une 
nuit enjemble h l'air : pour le ChiL 
latole il fe fait de Chille , ou de 
Poivre melez enfemble . Pour le 
Chocolaté qui fe fait aux mai- 
fons particulières, que l’on pre- 
fente aux bonnes amies, 6c aux 
voifînes , - 6c fingulierement 
celuy qui eft préparé dans les 
Con vents par les Religieufes î 
celuy qu’on fait en tablettes , 
qu’ils apellent Pinolen , 6c qui 
fe boit froid au foir, bien qu’il 
foit compofé de pareils ingre- 
diens, Ci eft-ce qu’ils different 
de nom 6c de qualité , 6c font 
en plus grande eftime. Voicy 
la recepte ufitée parmy les 
peuples plus polis , 6c la dofe 
precife de chaque ingrédient 
pour fa compofition. 

- Prenez fept cent CacaGS qui pe* 
fent un poids ou huit reales , qui 



du Chocolaté. 43 j 

font quatre cent cinquante pour 
renie en la nouvelle Efpagne , une 
livre & demi de Sucre Blanc, deux 
onces de Canclle , quatorze grains 
de Poivre de Mexique apellé chiU 
le\ ou Pimiento, demi once de doux * 
de Gerofle , trois petites goufles ou 
Cajfes de * Tefaffa , ou en fon lieu * t j cf j. 
le poids de deux reale s d*Anis,pour apdiê Ci . 

I Achiote , on y en mettra autant iç C j r ^ s 
c[h il en faut pour luy donner cou - 
leur ,ainfl qu on fait du Safran, qui 
fera peut être aujfi gros quune noi - 
fet 0 . £fu elques- tins y ajoutent des 
Amandes ou des noifetes. De tout 
cela grillé , & enfuite pilé dans 
la pierre apellée CMetate : on fait 
avec le fuc qui en fort & du Sucré y 
des petits gâte aux , ou une pâte 
pour mettre dans des bo'ètesy quefc 
ques-uns y mêlent quelques goûtes 
d'eau de fleurs d'Orange , un 
prain de mufc, ^ dé Ambre grif^ 

T 

* / •>. 

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V*4 ' 


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43<j Dialogue* 

é>» <k A* />o#^ de Scolofendre , 
Pour ce qui regarde la façon 
de s en fervir,foit pour le boi- 
re fbit pour le manger , on 
prend les matins du Chocola- 
té avec un macaron ou un bil— 
cuit , ainfi qu’on fait en Efpa- 
gne, un laiét d Amandes ou de 
noifetes,un jaune d’œuf, quel- 
ques pâtes de iemences froides 
ou de l’Amydon. Or que tous 
ces coulis faits d’orge, de farine 
8c de Sucre loient donnez a 
ceux qui font échauffez 8C 
atenuez , ce n’eft pas fans rai- 
fon. Mais de donner le Cho- 
colaté indifféremment en tout 
tems, â tout fexe, en tout âge 8c 
à toute heure , c’eft ce qui cft 
-à reprendre Si à blâmer. 

L'Indien. ‘ 

Je fuis bon témoin de cela» 



du Chocolaté.' 4# 

car j’en ay vu plufîeurs telle- 
ment accoutumés à prendre le 
Chocolaté , qu’ils ne s’en pou- 
voient pafler. ]’ay vu même en 
lin port de mer ou nous débar- 
quâmes pour puifer de l’eau , 
un Prêtre qui nous difant la 
MelTe comme un Apôtre , fut 
obligé par neceflité, étant fort 
gras ôc fort fatigué, de s’affeoir 
fur un banc devant l’aélion de 
gracesqu’on fait après la com- 
munion, où étoit une fervante 
qui tenoit un vafe de Theco- 
mate plein de Chocolaté qu’il 
beut , 6c Dieu luy donna les - 
forcesd’acheverla Melle après 
s’être repofé. 

Le Médecin. 

Il meritoit d’être excufé £ 
caufe de fon infirmité : mais 
ceux qui font fans infirmité ■> 

T J 


*rw t ” T T ***y frj» f- 


438 Dialogue 
& hors delà neceffité , ne doi- 
vent rien donner à la coutume) 
cela n’étant pas honnête ny 
loiiable principalement en la 
perforai e des Religieux , les 
vertus desquels nous doivent 
fervir d’exemple à bien vivre. 

Le Bourgeois. 

x II y a une chofe que j’ay re- 
marquée , depuis que je fuis 
entré aux Indes , qui eft qu ils 
boivent le Chocolaté dans les 
Eglifes pendant qu’on célébré 
le divin Office , ce que j’ay vu 
de mes yeux. 

Le Médecin. 

. . Je fus i C’eft avoir une gran- 
de irreverence , 8c porter peu 
de refpect au culte Divin : c’eft 
même manquer de civilité 8c 
4’honneur aux affillans 5 & il 
S 


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du Chocolaté." 43* 
efl tres-vray que cela ne fe 
devroit point faire. Or parmi 
les autres incommoditez qu’a- 
porte le Chocolaté, je tiens fans 
difficulté que la principale 
caufedes obftructions , opila- 
tions 6c hydropifïes, qui font ' , 
familières aux Indes, doit être 
attribuée , 6c au Chocolaté 6C 
au Cacao, pour être d’une na- 
ture terreflre 5c froide. Pour 
les Dames , elles mandent le 
Chocolaté comme fi c’étoient 
des Amandes , 5c ainfi l’excez 
qu’on fait a >s’en fervir produit 
une infinité de maladies aux 
parties intérieures , comme la 
Cachexie , la mauyaife habi- 
tude 6c la couleur dépravée 
duviiâge. . 

Le Bourgeois. 

- Jay une parfaite connoif^ 

7 . 4 


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440 Dialogue 
lance de tous ces breuvages , 
mais je m’accommode mieux 
du boüillon,6c je laiiTe le Cho- 
colaté fous fa bonne foy à ceux 
qui s’en trouvent bien. Mais 
je demande, quand on mange 
le Chocolaté, eft-t’il auiîi bon 
pour ceux qui fe portent bien 
comme une tranche de jam- 
bon, ou de fa u ci ffon, ou comme 
la pâte d’alberges , qu’on met 
dans des boëtes, celle de pom- 
mes’de capendu, 6c. une infini- 
té d’autres conferves qui le 
font en ce pais > 6c quand on 
le boit eft il aulîl friand que le 
vin de S. Martin, que le vin de 
la Ciutad, ou que le vin Paroxi- 
tnenes , c’eft à dire du Peu Xi . 
9 nette z, natif de Eciia ville de 
l’Andalouzie ? Ceux qui boi- 
vent fobrement 6c modéré- 
ment dénieront abfolument 


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dü Chocolaté. 441 

que ce Toit un merveilleux 
foûtien du corps , ou qu’il ait 
de l’advantage fur le ne&ar 
tant vanté par les Poètes du- 
quel les Dieux Payens s’en- 
y vroient , puis qu’il donne £ 
la tête 6c fait d’autres maux : 
êc qu’on voit un nombre in- 
finy de perfonnes qui boivent 
grande quantité d’eau tant 
crue que cuite , avec un peu 
de Canelle, d’Anis ou d’autres 
drogues connues , vivre très 
long-tems , frais 6c gaillards 
fans vin , & fans tous ces au- 
tres breuvages qu Chànaan n a 
jamais plantez , éc qui n’ont pas 
çté connus par fon grand Pere. 

Le Médecin. 

On pourroit fe fervir d’une 
grande variété de vins mede- 
cinanx qui ont été décrits par 

J S 


44& Dialogu m 

Diofcoride , bc raportez, par 
W echer de divers Auteurs , 
defquels on a fait de tres-heu- 
reufes expériences , leurs in- 
grediens bc leurquantité étant 
tres-bien connues. 

L'Indien. 

Je ne fçay fi j’oferay dire 
pour concluiion des facultez 
du Chocolaté, qu’il eft la prin- 
cipale caufe des necefîitez qui 
font en la nouvelle Efpagne 
pour y être trop commun , fa 
dépenfe furpaüant le refte de 
la dépence ordinaire que l’on 
fait chaque jour : car il eft 
certain qu’en certaines mai- 
fons on dépenfe par jour deux 
poids bc davantage de Cacao , 
fans mettre en ligne de com- 
pte le Sucre, duquel la quanti- 
té qu’on employé eft exceüive. 


du Chocolaté. 44$ 
revenant à plus de cinq cens 
mille ArrobeTf* c’eft à dire 
douze milllions cinq cens mil- de vingt ; 
le livres de Sucre , lequel fe 
préparé 6c fe fait en la nou- le , Sc en 
velle Efpagne , dans les mou- P° rtu s Jl 
lins deflinez à cela : 6c c’ellla & deuiH- 
vérité qu’en l’année mille fix YÎCS * 
cens feize , l’Arrobe de Sucre, 
valoit trois poids, 6c les années 
fui vantes cinq 6c fix poids, au- 
tant qu’il vaut en Caftille, qui 
eft la caufe qu’il fe trouve fl 
peu de Sucre en la nouvelle 
Efpagne.Qr comme les Dames 
ont ufé de ce breuvage , il leur 
a donné occafion de fe venger - 
de leurs jaloufics, enaprenant, 

6c fe fervant des fortileges des 
Indiennes , qui en font gran- 
des MaitrefTes, comme étant 
enfeignées par le Diable : c’efl 
pourquoy les perfonnes fages 


W" 


m 1 -■'•VX '>T r - gfrt t' ’ ’• 



444 Dialogué 
doivent éviter la fréquenta- 
tion des Indiennes , pour le 
feul foupçon de fortilege,6c je 
n oferois dire pour ne point 
donner fujet de fcandale à per- 
Tonne , le nombre des meur- 
tres 6c des homicides qu’un 
Pere de la Compagnie de Je- 
Tus , prêchant en l’Eglife de 
la ville de Mexico, racontoic 
être arrivez par ce feul moyen: 
de forte que quand il n’y au- 
roit que cela, fans y compren- 
dre les autres inconveniens , 
il eft tres-bon de s’abftenir du 
Chocolaté , afin d’éviter la 
familiarité 6c fréquentation 
d’une nation fi fufpede de 
Sortilège. 


TABLE 

DES 

CHAPITRES 

V * 

contenus dans ces trois T raitez. 


Traite 1 

DU CAFE'. 

Chap.I. E que cefl que Cul 
\^/fé , & de fon vert - 
table nom. Page y 

Chap. 1 1. Vu lieu dloù vient le 
Café', & de lu quantité q» il en 
fort toutes les années. i o 
Chap. III. Depuis quel tems U 
Café eft en ufage Public parmy 
nous & chez, les Orientaux * 

n 


Table 

Chap. I V. Ve quelle maniéré 
le Café a été découvert, 

33 ’ * 

Chap. V. obfervations four le 
choix du Café , maniéré d'en 
faire la tornfaftion à propos , 
& précaution pour le confer - 
ver lors quil cft en farine. 
‘38 ' ; -• 

Chap. VI. Ve quelle forte on 
doit faire cuire la far me du 
Café pour en boire , quelle 
doze on en doit prendre , à* 
de quelle mauiere on doit s’en 
fervir. ~ 54 

Chap. VII. Ve s qualité z pre-, 
. mi er es du Café. 6 5 

Chap.- VIII. Analyfe du Café , 
& fes qualitez fécondés. 

$7 V 

Chap. l'X. Ves effets du Café , 

& particulièrement fur l'e-*- 
fiomac. top 


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des Chapitres 

Chap. X. Des maladies du bas 
ventre, cr de celles des fem- 
mes aufquelles le Café efl 
' propre, de la gravelle & de la 
^ g°“te 1 2 3 

Chap. X I. De Puf âge du Café 
pour les maladies de la Poi- 
trine , du lait Cafeté & de 
l effet favorable du Café pour 
la gucrifon des fièvres . 137 

Chap. XII, De P utilité du Café 
pour les maladies de la tête , & 
s il tient les pcrfonnes éveil - 


lées. 


*Î5> 


Chap. XIII. DesTemperamens 
& des Maladies ou le Café 
ne fi pas propre. igj 

S f avoir s’il cnervc les hommes . 

J 5>2 

Lettre de Moufle ur Per nier fur 
le Café. 207 

Avis fur les Traitez, du Thé & 
du Chocolaté . vx-*!/ 



D U T H .JE/ 

Chap. I. De la nature du The ' , 
de fin nom , des lieux d'où il 
vient , dr àe l'ancienneté de 
fon ufage. : 3.2.3 

Chap. 1 1 . Vu Choix du The ' , 
des Pays où il ejl en ufage , dp 
de la maniéré de l'arrêter. 
243 

Chap. III. Des qualité z, du The 
four empêcher le fimmeiL 161 
Chap. IV. De la vertu du Thé 
pour la guéri fin des maux de 
Tête. i 75 

Chap. V. De la vertu du Thé 
pour les maux d'ejlomac , pour 
la goûte , la grave lie , la coli- 
/ que , les maux de ratte , les 
rhcumatifmes & autres mala- 
dies 9 dr du Thé avec le lait . 
*87 

Traite' 


Table des Char 

Traite' 

DU CHOCOLATE.. 

Cliap. I. Ce que c eft que le Cho- 
colaté , é° l examen des ingre- 
diens qui le compofnt . 3 o y 

Chap . II. Préparation & mé^ 
lange des drogues pour faire 
le Chocolaté , & maniéré de 
le boire „ 35g 

Chap. III. Des qual'ttez qui re- 
fultent du mélange des ingre- 
diens qui entrent dans la com- 
pofition du Chocolaté . 383 

Chap. I V. A quelles incommo- 
dités le Chocolaté ejl propre . 
396 

Dialogue dé un Médecin , d un Ind. 
dien & d'un Bourgeois , tou - ♦ 
thant le Chocolaté . 42.3 

FIN.. 

. ’ ... .. . I . . • 

T 


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r RIV1 LE G E D V Ror. 


L OUIS PAR LA GRACE DK 
Dieu Roy de France et 
X>e Navarre, A nos amez & féaux 
Conseillers , les' gens tenant nos Gours 
de Parlement , Maîtres des Requêtes or- 
dinaires de nôtre Hôtel , Prévoit de Paris, 
Baillifs, Sénéchaux, & autres Prevofts, leurs 
Lieutenants & autres nos Jufticiers & Offi- 
ciers qu’il appartiendra, S a lut. Nôtre bien- 
amé le Sieur Sylvestre Dufour, 
Nous a fait remontrer qu’il defirecoit faire 
imprimer un Livre qu’il a composé, intitulé 
Traitez du Café , du 1 Thé & du Chocolaté > 
s’il nous plaifoit luy en accorder la per- 
mi/fion , nous requérant très - humble- 
ment nos Lettres fur ce ncceflaires ; 8c 
voulant le traiter favorablement. A c e -s, 
causes Nous avons permi s & accordé ». 
permettons & accordons par ces prcfcntes 
audit Dufour , de faire imprimer ledit 
Livre par tel Libraire ou Imprimeur , & 
en tel volume , tomes > marges , caraéte-, 
• *cs> & .autant de fois que bon luy fem— 
blera pendant le tems de (îx aniiçs con— 
iècutives , à commenter du jour qtie le- 
dit Livre fera achevé d’imprimer poiîx la, 
première fois. Iceluy vendre; & débiter 
par tout nôtre Royaume , -Pais & terres de 
Nôtre obeÜFaace ; faifous deifèace&à cous- 


f 


Libraires , Imprimeurs & autres , d’impri- 
mer , faire imprimer , vendre & difèribuer 
ledit Livre fous quelque prétexte que ce 
foit , même d’impreflion étrangère > fans le 
contentement; dudit expofant , fur peine de 
confifcation des exemplaires contrefaits, 
amande Arbitraire , dépens dommages & 
intérêts > à la charge de faire imprimer ledit 
Livre fur de bon papier & en beaux cara&e- 
res, conformement aux Rcglemens , & d’en 
mettre deux Exemplaires en Nôtre Biblio- 
thèque publique , un en Nôtre Cabinet des 
Livres de Nôtre Château du Louvre , & un 
en celle de Nôtre tres-cher & féal Chevalier 
Chancelier de France le Sieur le Tellier , 
avant de l’expofer en vente , à peine de nul- 
lité des prefentes -, du contenu defquelles 
Nous mandons & enjoignons faire jouir & 
u fer ledit expofant , pleinement & paifiblc- 
ment , cefl'ant &c faifant celfer tous ttou- 
bles & empêchemens au contraire , Vou- 
lons qu’en mettant au commencement ou 
à la fin dudit Livre l’extrait des prefentes » 
elles foient tenues pour duëment lignifiées » 
& qu’aux Copies collationnées par l’un de 
nos amez, &c féaux Confeilliers Secrétaires , 
Foy foit ajoutée comme au prefent Origi- 
nal. Mandons au premier Nôtre Huiffier 
,qu Sergent fur ce requis, de faire pour l’exe** 
cutiondes prefentes , toutes lignifications.» 
deffènfes , & autres Attes neceflaires , fana 
demander autre permiflion, car tel eft Nôtre 
plaifir. Donné à Paris le yingt-fixiéme jqujj 


/ 


de May , l’an de grâce mille fix cens qua- 
tre vingts quatre , & de Nôtre règne k 
quarante-uniéme. Par le Roy en fon 
Confe-ilr 

! JüNQJJIERES. 


Regiftré fur le livre de lu Communauté 
des Libraires & imprimeurs de Paris , le 
•vingt- unième jour de Juin mille fix cens 
quatre vingt-quatre , fuivant l'Arreft du 
Parlement du R Avril iôîj. Et celuy du 
Confeil privé du Roy du vj. Février i/>6f h 
condition de faire vendre les Livres par les 
mains & au nom d un Libraire eu Impri- 
meur , fr d’en fournis# u» Exemplaire prur 
nôtre Communauté. < 

C. AN'GOT» Syndic 


Cédé , & tranfporté les droits que me 
donne Je fufdit Privilège j à Meilleurs G v- 
* i N & Riviere, fuivant les con- 
ventions faites encre Nous. A Lyon le 7.. 
de Septembre 1684. 

DUFOUR. 


Le Privilège fufdit a été adjugé ap 
Sr Thierry, par Sentence de la Cou. 
fervation de Lion , & cédé êu Sr Deville. 
Ç ar .Jc dit Thierry, fuiyant leurs pachc«*. 


«S- ^ ^ É353» 

MXTRAIT Î)V PRiyiJjB CB 
du Roy r . 

P A r. grtcc & Privilège du Roÿ> 
Donné a Paris-lc x i .Aouft i 6 88*- 
Signé par le Roy en for» Confcil , 
BoUcHSii-rit cft permis à J e Am* 
Baptiste de V i l l e , Marchand^ 
Libraire à Lyon d’imprimer oii faire 
imprimerie livre intitulé, Traittés ; 
du Caphé , du Thé & du Choca* 
latte, compofés par le Sieur du Four»» 
ôc cy-devant imprimés en vertu dc : 
nos Lettres de Privilège , en tel volu- 
me & Cara&cres que bon luy fem- 
blera pendant le temps & efpacc de' 
quatre années à compter du jour de : 
l’efcheance de nôtre dernier Privi- 
lège , avec deffenecs à tous Librai- 
res , Imprimeurs & autres de l'im-* 
primer, vendre ôc débiter fous pre-- 
texte d’augmentation a corrcétion? 
& changement de titre , impreflioiv 
étrangères ou autrement à peine de 
Confïfcation des exemplaires , mille-’ 
livras d-amande de cous dépçns ^ 


'dommages & interets & aux chat* 

ges portées pat icciuy* 

Regiflré fur le livre de la Communau- 
té des Libraires & Imprimeurs de 
Taris ^ le t. Septembre l<>88* 
Signe J. B. Co I gnàr.d«_' 

Achevé d'imprimer le O&obra 
.« 688 , - 


V. 



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